Lundi, une découverte passionnante a été publiée par la revue Nature Astronomy : une équipe d’astronomes affirme avoir trouvé de la  la phosphine, un gaz, dans les couches supérieures des nuages de Vénus. La phosphine est ce que l’on appelle un biomarqueur, c’est l’un des produits que les astronomes recherchent dans l’atmosphère d’une planète pour déterminer si celle-ci peut abriter la vie.

Soyons clairs : non, les scientifiques n’ont pas trouvé de vie sur Vénus. Ils ont constaté la présence d’un composé chimique qui est généralement un sous-produit de la vie. Certes, il est difficile d’envisager que ce dernier puisse être présent en ces quantités sans que de la vie soit présente, mais il faut faire preuve de prudence dans l’interprétation des résultats.


Dans les détails, de la phosphine (ou PH3) a été détectée à 15-sigma, soit une présence très, très claire. En supposant que les astronomes aient pris les précautions nécessaires lors de leur calcul, il semble que de la phosphine pourrait bien se trouver dans les nuages de Vénus.

Ce qui n’est pas encore clair à ce stade, c’est l’origine de cette phosphine. En général, la production de phosphine est associée à la vie. Mais il est possible que la phosphine détectée provienne d’un processus encore inconnu. Il est même encore plus probable qu’un processus inconnu soit à l’œuvre dans les nuages de Vénus. Pour déterminer laquelle de ces hypothèses est la bonne, il faut poursuivre les recherches.

Les auteurs de l’étude le signalent eux-mêmes : « Même si c’est confirmé, nous soulignons que la détection de PH3 n’est pas une preuve solide de la présence de vie, mais seulement d’un processus anormal et inexpliqué. Il existe des problèmes conceptuels substantiels quant à l’hypothèse de la vie dans les nuages de Vénus : l’environnement est extrêmement déshydratant ainsi qu’hyperacide ».

Alors comment cette découverte affectera-t-elle notre compréhension de l’origine de la vie ? Comment cela agira-t-il sur notre compréhension de notre place dans le cosmos ? Et que cela dit-il sur notre propre avenir sur cette planète ?

 

D’où vient la vie ?

La première question à laquelle cette découverte pourrait nous aider à répondre est la suivante : d’où vient la vie ?

Les scientifiques ont une bonne compréhension de la vie et de son évolution. Mais ce qu’ils ont le plus de mal à expliquer, c’est l’origine de la première étincelle de vie, qui a permis à la vie de se développer sur Terre.

Une hypothèse (appelée la panspermie) est une théorie selon laquelle la vie a commencé ailleurs dans l’Univers et a été amenée sur Terre par des astéroïdes ou des météores par une forme de contamination. Si nous trouvions de la vie sur Mars, il se pourrait qu’elle ait eu une origine commune avec la vie sur Terre (en supposant qu’elles aient été « semées » par la même source, ou si la vie a commencé sur Mars avant d’arriver sur Terre, et vice-versa).

Mais cette hypothèse ne fonctionne pas aussi bien pour Vénus.

Dr Ted Peters, professeur de recherche en théologie systématique et éthique au Center for Theology and the Natural Sciences, nous explique pourquoi : « Parce que le type de vie sur Vénus serait si différent… À base de soufre… Il est peu probable qu’il appartienne au même arbre généalogique que celui trouvé sur Terre et [potentiellement] sur Mars ».

Cela ne signifie pas qu’il est impossible que Vénus et la Terre aient pu partager la même source de vie. La vie est assez résistante et adaptable sur Terre, ainsi les chemins de l’évolution sur ces deux planètes auraient pu être très différents. Mais si la vie a pris naissance séparément, cela signifie qu’elle est apparue deux fois, et non une seule. Deux fois dans le même système solaire.

Guy Consolmagno, de l’Observatoire astronomique du Vatican, précise : « Tant que nous n’avons qu’un seul exemple de vie, nous ne pouvons même pas commencer à deviner la probabilité de l’apparition de la vie. Avoir un deuxième exemple nous permettrait immédiatement de déterminer qu’il n’est peut-être pas si difficile que ça de trouver la vie ».

Dr Seth Shostak, astronome principal au SETI, ajoute : « C’est comme si les fourmis dans mon jardin pensaient qu’elles étaient les seules fourmis de la planète. Et puis elles trouvent une autre fourmilière à 30 mètres de là, et décident qu’il y en a au moins deux, et que donc il doit y en avoir beaucoup plus ».

 

Une mauvaise nouvelle ?

Trouver de la vie un peu partout dans l’Univers semble à première vue être très excitant, mais cela pourrait, en réalité, être une mauvaise nouvelle.

Vous connaissez peut-être l’équation de Drake, qui calcule le nombre de civilisations extraterrestres avec lesquelles nous pourrions entrer en contact. Elle est le produit de 7 facteurs : le taux moyen de formation d’étoiles dans notre galaxie, la part d’étoiles dotées de planètes, l’espérance du nombre nombre de planètes potentiellement propices à la vie par étoile, la fraction de planètes où la vie se développe effectivement, la fraction de celles-ci où la vie intelligente se développe, la fraction de celles-ci qui sont capables et désireuses de communiquer, et la durée de vie moyenne d’une civilisation.

À l’évidence, nombre de ces données nous sont encore inconnues. Nous connaissons le taux de formation des étoiles, et commençons à comprendre combien d’étoiles peuvent supporter des planètes habitables. Mais pour les autres composantes de l’équation, surtout celles qui ont trait à la vie, nous ne savons pas grand-chose.

Mais penchons-nous sur un autre aspect. Jusqu’à présent, nous n’avons jamais été contactés par une civilisation extraterrestre. Or si la vie est née sur Vénus, si proche de nous, où se cachent toutes ces civilisations avancées ?

Selon Dr Benjamin Pope, membre du programme Sagan de la NASA et astronome à l’université de New York : « Elles doivent être rares. Certains avancent qu’il doit y avoir un grand filtre qui empêche la formation de civilisations comme la nôtre : l’un des facteurs de l’équation de Drake doit être très très faible ».

Mais qu’est-ce que le grand filtre ? D’abord proposée par Robin Hanson, cette théorie veut qu’une sorte de barrière fasse obstacle aux civilisations qui envoient des signaux dans l’espace. Dans une argumentation de Nick Bostrom, on apprend que ce grand filtre est peut-être derrière nous. C’est possible, car s’il n’est pas rare que la vie naisse, il est peut-être rare qu’elle se développe à partir de procaryotes (un organisme cellulaire très basique) ou d’eucaryotes (plus complexes).

Si le grand filtre fait partie de notre passé, ce serait en fait une bonne nouvelle pour nous. Mais s’il s’inscrit dans notre avenir, il ne reste qu’une seule composante de l’équation de Drake : la durée de vie de la civilisation. Cela signifie qu’il est rare que les civilisations durent très longtemps avant de disparaître ou d’anéantir leur planète par le changement climatique, ou par une autre catastrophe que nous n’avons pas encore envisagée.

Mais tout n’est pas si noir. La raison pour laquelle nous ne sommes pas entrés en contact avec des civilisations étrangères est peut-être bien moins grave. Le Dr Seth Shostak explique : « Il pourrait y avoir un millier d’autres raisons pour lesquelles nous n’avons pas trouvé les extraterrestres ». 

 

Quelle est notre place dans l’Univers ?

Philosophiquement parlant, s’il y a de la vie sur Vénus, cela implique qu’il pourrait potentiellement y en avoir de partout, bouleversant ainsi la façon dont nous nous voyons dans l’Univers.

Seth Shostak avoue : « Si c’est bien vrai, je pense que cela fait de cette découverte l’une des plus importantes du XXIe siècle, voire de toute l’histoire de l’homo sapiens ».

Dre Sara Seager, astrophysicienne et planétologue au MIT, également coauteure de l’article, rappelle : « Depuis que Copernic a émis l’hypothèse que la Terre n’était pas le centre de l’Univers, notre place dans le cosmos est devenue de moins en moins spéciale. Nous avons réalisé que notre Soleil n’était pas non plus le centre de l’Univers, mais qu’il tournait autour du centre de notre galaxie, la Voie lactée. Nous avons aussi appris que notre Voie lactée n’est qu’une galaxie parmi la centaine de milliards qui existent. Trouver la vie sur une autre planète serait l’achèvement de la révolution copernicienne, nous montrant que la Terre n’est pas le seul endroit suffisamment spécial pour accueillir la vie ».

Le Dr Michael Varnum, travaillant au Culture and Ecology Lab de l’université d’État de l’Arizona, a réalisé avec ses collègues une étude portant sur 7 pays et 4 000 participants dans laquelle ces derniers ont été interrogés quant à leur réaction si l’on découvrait l’existence d’une vie extraterrestre. La plupart des sondés ont réagi de manière positive, avec curiosité et enthousiasme.

 

Quelles répercussions sur la religion ?

Comment les adeptes des grandes religions réagiraient-ils à la découverte d’une nouvelle Genèse ? Peut-être que personne ne serait chamboulé. C’est en tout cas ce qu’estime le Dr Michael Varnum : « La découverte que la Terre n’était pas le centre de l’Univers, ou même du système solaire, n’a pas mis fin à la religion organisée, pas plus que la théorie de l’évolution de Darwin, ou une foule d’autres découvertes scientifiques dont les gens pensaient qu’elles pourraient éradiquer la religion. Selon moi, la même chose se produirait si nous découvrions que nous ne sommes pas seuls dans l’univers ».

 

Cela peut-il changer nos vies ?

Si la présence de vie sur Vénus est confirmée, cela pourrait bien changer notre compréhension des formes de vie, de leur prévalence dans l’Univers, et de notre place dans le cosmos.

Mais d’ici là, peu de choses vont changer. Vous vous souvenez peut-être qu’en 1996, des microbes qui semblaient avoir été fossilisés ont été découverts dans une météorite martienne, avant que cette hypothèse ne soit réfutée quelques années plus tard pour cause de mauvaise interprétation des analyses. Le président américain de l’époque, Bill Clinton, avait même prononcé un discours mémorable au sujet de cette découverte. Pour autant, cela a-t-il changé notre vie quotidienne ? Pas du tout. Alors qu’en sera-t-il avec la découverte d’une vie potentielle sur Vénus ? Seuls le temps, et de nombreuses recherches complémentaires, nous le diront.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Elizabeth Fernandez

 

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