Le co-fondateur de Google, Sergueï Brin nous a prévenu : « Nous ferons des machines qui raisonnent, pensent et travaillent mieux que les humains ». Les experts ne s’attendaient pas à ce qu’une machine batte le plus grand champion de go avant des décennies. Le futur s’entrechoque déjà avec le présent. La vitesse d’apprentissage fulgurante de l’IA est bouleversante. Le machine learning, le deep learning, permettent de créer des intelligences artificielles extrêmement puissantes dans leur domaine. La rupture avec l’ancien monde va être telle que nous devons nous interroger sur son impact inéluctable en matière d’emploi (productivité, compétitivité, création et/ou destruction de postes).

La moitié des emplois d’aujourd’hui est menacée par l’IA et la robotisation de demain. En France, c’est 3 millions de postes qui devraient disparaître avant 2025. 42 % des emplois font face à une forte probabilité d’être automatisés tôt ou tard. Et pas seulement les métiers manuels ou nécessitant peu de connaissances intellectuelles. Le diagnostic des cancers, qui pour rappel est la première cause de mortalité prématuré en France avec presque 400 000 nouveaux cas chaque année, est aussi en passe d’être automatisé. Devant l’incapacité des groupes pharmaceutiques à endiguer le développement des cancers, (en augmentation de plus de 300 % depuis 1980 pour certains cancers, prostate, thyroïde, poumon etc..), l’IA est déjà aux avant-postes. L’IA Watson, candidat malheureux d’IBM à la présidentielle américaine de 2016, peut déjà diagnostiquer certains cancers mieux que les cancérologues.


L’équipe « Cognitive solutions » affirme que son bébé peut comprendre notre langage et qu’il peut faire le lien entre plusieurs concepts. Pour faire simple, l’IA explore et comprend des informations contenues dans une base de données (Big data), tel qu’un corpus de publications médicales (qu’un homme mettrait une vie à lire) ou l’historique médical d’un patient. C’est ce que l’on appelle le deep learning ou la méthode d’apprentissage de l’IA. Elle peut ainsi réaliser des diagnostics bien plus fiables que ceux des humains pour peu qu’on lui fournisse un rapport médical détaillé dans lequel elle pourra trouver l’évolution de notre santé, grâce à une collecte régulières d’informations médicales (tension, analyse sanguine, poids etc…). En 2012 déjà, elle a diagnostiqué le cancer du poumon avec un taux de succès de 90 % avec seulement 600 000 données médicales, 2 millions de pages de revues spécialisées et les dossiers médicaux de 1.5 million de personnes.

D’ici 2030, il sera probablement interdit de faire des diagnostics sans un système expert de ce type. Si nous décidons de collecter régulièrement des données pour que l’IA puisse réaliser son diagnostic, ses chances de succès sont énormes. Se prendre en photo chaque semaine via son smartphone, lequel peut permettre à une IA de détecter un cancer de la peau. Les dermatologues ont du souci à se faire devant leurs difficultés à régler le problème de l’acné. L’IA se chargera de trouver la solution pour eux. Bref, des pans entiers de la médecine ne nécessiteront bientôt plus l’avis humain.

Les médecins au coeur de la révolution technologique

En 10 ans, le coup du séquençage ADN a été divisé par 1 million. Cela ne coûte désormais plus que $1000 pour lire son génome alors qu’en 1990, en raison de la capacité de calcul des ordinateurs d’alors, on pensait que cela prendrait plusieurs siècles pour décrypter le génome humain. Le raisonnement linéaire amène désormais à faire beaucoup d’erreurs de jugement.

Certains médecins font la sourde oreille, ne se tenant pas au courant des nouvelles avancées scientifiques, comme s’il n’y avait plus rien à découvrir en médecine. C’est en tout cas la réalité de certains praticiens qui ont réagi au tweet de Luc Ferry (@FerryLuc) : « Un médecin se vante d’ignorer ce que signifient les NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, informatique, Sciences cognitives). Il ferait mieux de retourner à la fac ou de changer de métier ». Je suis entièrement d’accord. Un médecin digne de ce nom se doit de comprendre la transformation à l’œuvre liée aux biotechnologies et à l’IA.

Si un médecin n’est pas au courant que d’ici 2025 nous pourrons manipuler le génome humain afin d’éviter certaines mutations responsables de cancers et autres maladies, il doit vite comprendre qu’il en va de sa survie professionnelle de se former régulièrement pour apprivoiser ces nouvelles technologies avant que les géants de la data ne deviennent les maîtres absolus de la nouvelle médecine. 15 % des cancers sont héréditaires mais ils sont quasi tous « génétiques ». Il s’agit généralement d’une instabilité génétique liée le plus souvent à notre mode de vie (alimentation, stress, pollution, tabac, etc..). En séquençant des milliards de génomes nous parviendrons à trouver les liens entre génome et pathologies. L’utilité de plusieurs domaines d’activité médicale sera bientôt sérieusement remise en cause.

Les lignes sont en train de bouger dans de nombreux secteurs et cela se voit comme le nez au milieu de la figure dans le domaine de la médecine. Le marché de la santé représente des centaines de milliards et attise l’appétit des géants technologiques qui ont décidé de se tailler la part du lion. Google a l’ambition de tuer la mort… Difficile d’être plus ambitieux et, surtout, difficile de ne pas comprendre que nous sommes à l’aube de révolutions gigantesques dans le domaine de la santé comme dans d’autres.

Que vont devenir nos docteurs ? Ils devront trouver leur place à côté de l’IA ou assistés par l’IA. Nous pouvons imaginer qu’ils auront plus de travail face au besoin de monter un dossier médical beaucoup plus étoffé pour chaque patient afin de « nourrir » l’IA. Si le diagnostic sera réservé à l’IA, l’empathie et d’autres qualités humaines deviendront plus recherchées chez un médecin. Nous en revenons à la même conclusion qui est que l’automatisation du travail va redonner aux métiers du contact humain, où l’émotion rentre en jeu, leurs lettres de noblesses. Elle va également permettre la multiplication des nouveaux emplois de services permettant de prévenir et de corriger par exemple une mauvaise alimentation, un manque d’activité physique et sa nature, des problèmes de santé.

Etre acteurs de la dynamique

Le domaine de la médecine n’est qu’un exemple parmi d’autres. Encore une fois, c’est environ la moitié des métiers que nous connaissons aujourd’hui qui sont menacés par la puissance de l’IA et l’automatisation informatique, ou robotisée qui en découle. Les maîtres de la data ne se gêneront pas pour rendre les docteurs tout bonnement inutiles. Allons-nous devenir une colonie des GAFA comme le prédit Laurent Alexandre, président de DNA Vision ? Où allons-nous parvenir à limiter la casse en trouvant la complémentarité entre l’homme et la machine dans la plupart des cas. Nous pouvons aussi nous demander s’il est souhaitable de brider l’innovation en s’efforçant dans certains cas de créer cette complémentarité faisant de l’homme un simple assistant de l’IA sous prétexte qu’il faille préserver un type d’emploi ?

La transition technologique sera aussi économique. Les emplois perdus et le saut technologique nécessiteront des investissements colossaux pour permettre à la population active de s’adapter et lui offrir une autre perspective que le chômage de masse. Jusqu’à présent, la robotisation a surtout fait évoluer les métiers au lieu de les détruire. La plupart des ingénieurs sont désormais davantage des animateurs de projets, des managers. Les techniciens ont augmenté leurs compétences.

Il faudra attendre très longtemps avant que les robots aient des capacités se rapprochant de l’humain. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’adaptation s’est faite en douceur vis-à-vis de l’automatisation robotique (usine de voiture par exemple). Mais l’automatisation robotique affiche une vitesse de progression bien moins rapide que celle de l’IA. Le Deep Learning rendu possible par un Big Data renouvelé en temps réel et de grande qualité permet à l’IA d’apprendre à une vitesse fulgurante qui n’a rien à voir avec les prédictions de la dernière décennie.

Il est urgent de percevoir l’impact à venir de l’IA et de s’y préparer en adaptant les formations. Les entreprises tétanisées par l’IA disparaîtront. Et leurs emplois avec. Pour éviter cette brutalité destructrice, les entreprises doivent avoir l’audace d’embrasser la révolution technologique et faire évoluer les compétences de leurs salariés afin de gérer le tournant technologique à l’horizon.