Avast Software, l’entreprise tchèque qui développe le célèbre antivirus du même nom et valorisée à plusieurs milliards de dollars, ne s’enrichit pas simplement en protégeant les données de ses 400 millions d’utilisateurs. Elle gagne également de l’argent en vendant des informations concernant les habitudes de navigation des internautes, et ce, au moins depuis 2013.

Certains de ses outils sont étiquetés comme spyware (logiciel espion), alors que c’est précisément de ça quAvast est censé protéger ses utilisateurs. Début décembre, les navigateurs Mozilla et Opera, inquiets, ont ainsi fait le choix de supprimer certaines extensions Avast de leur interface.


Pour Ondrej Vlcek, récemment nommé directeur général d’Avast Software, il ne s’agit pas d’un scandale de diffusion des données privées. Il explique à Forbes que toutes les informations vendues par l’entreprise ne peuvent pas être rattachées aux utilisateurs en question.

Voici donc, selon lui, comment cela fonctionne : l’activité en ligne des utilisateurs d’Avast est récupérée par les extensions pour navigateurs. Mais avant d’arriver sur les serveurs d’Avast, les données sont anonymisées, pour ne pas pointer vers l’identité des clients. Toutes ces données sont analysées par Jumpshot, une société détenue à 65 % par Avast Software, avant d’être vendues comme « aperçus » à des clients, qui peuvent être des investisseurs ou des brand managers.

Que récupèrent donc ces clients ? Ondrej Vlcek explique que la société Jumpshot fournit « des informations concernant la façon dont les internautes utilisent le Web ». Cela peut notamment correspondre à un pourcentage de visiteurs qui sont passés d’un site à un autre. Ces informations peuvent être utiles dans le cadre d’une campagne publicitaire par exemple.

« Les clients classiques sont par exemple des investisseurs intéressés par la progression des nouvelles campagnes de publicité des entreprises en ligne », poursuit le nouveau chef d’Avast. Imaginons qu’Amazon lance un nouveau produit : Jumpshot pourrait déterminer l’intérêt qu’il suscite en ligne.

Le site de Jumpshot est un peu plus détaillé et promet « des données incroyablement détaillées sur l’activité de 100 millions de consommateurs en ligne et de 20 millions d’utilisateurs d’applications mondiales ». Il est possible de « suivre ce que les utilisateurs recherchent, la manière dont ils interagissent avec une marque ou un produit particulier, et ce qu’ils achètent, dans n’importe quel pays ou secteur ».

Avast se vendant comme un logiciel de protection de la vie privée, ces informations peuvent paraître troublantes, mais Ondrej Vlcek compare ce type de commerce à celui que l’on observe dans le domaine des soins de santé. Sur ce marché, les données anonymes sont utilisées pour créer des études de cas, où les tendances des données permettent de déterminer le type d’individus le plus susceptible de contracter une maladie en particulier.

Le PDG d’Avast Software reconnaît que les internautes font confiance à Avast pour protéger leurs données, et indique qu’il ne peut donc rien faire qui pourrait « contourner la confidentialité des données, y compris le ciblage par les annonceurs ». Il ajoute : « Nous ne permettons à aucun annonceur ni à aucune tierce partie […] d’avoir accès, par l’intermédiaire d’Avast, à toute donnée qui leur permettrait de cibler un individu en particulier ». Ondrej Vleck estime que cela représente environ 5 % du chiffre d’affaires total de Avast Software. Puisque le chiffre d’affaires au premier semestre 2019 s’élevait à un peu moins de 430 millions de dollars, l’activité de commerce des données privées représenterait tout de même plus de 20 millions de dollars.