Un dirigeant de transition pour gérer la réforme des retraites ? Quelle soit bonne ou mauvaise, la réforme de notre système de retraite est un détonateur de sensibilités et il fallait le gérer tel quel. Avec une France bloquée et sous tension, il est évident que la manière de traiter ce dossier sensible n’est pas à la hauteur.

Comme nos grands groupes font appel à des dirigeants spécialisés pour traiter des dossiers difficiles, il serait bien utile que notre élite fasse appel à ces mêmes pratiques bien rodées et dont l‘efficacité a été démontrée. Sans donner la recette magique, un dirigeant de transition aura par sa formation et par son expérience :


  • Fait une différence entre stratégie et tactique. La stratégie est d’harmoniser nos multiples systèmes de retraites vers un système unique. La tactique est par définition « l’ensemble de moyens habiles employés pour obtenir le résultat voulu » et s’applique ainsi dans des actions ponctuelles pour atteindre l’objectif initial. Notre gouvernement avec ses énarques, spécialistes, communicants a manqué cruellement d’un fin tacticien.
  • Ensuite, pour reprendre les termes militaires, identifier le terrain. Le terrain actuel est un champ de bataille laissé par les Gilets Jaunes où s’opposent deux types de rationalité : l’une instrumentale qui réfléchit à l’optimisation du système actuel et l’autre irrationnelle qui conteste tout changement. Ces deux mondes ne se parlent plus et chacun accuse en même temps l’autre être le résultat d’une idéologie capitaliste et/ou socialiste suivant le thème. Dans cet environnement non-objectif, il fallait démarrer via les éléments non-discutables (par exemple, tout le monde concorde le problème des salaires de nos enseignants). Il est à noter que le mouvement de perturbation actuel est surtout présent à Paris et en Ile-de-France et que les régions sont beaucoup moins perturbées. Serait-ce un témoignage d’une confrontation des élites, syndicales et gouvernantes ?
  • Prochaine étape, identifier les différents acteurs. Non pour les mettre autour de la table mais pour savoir comment les diviser. Certains seront des alliés quand d’autres seront des ennemies de la réforme. En fin tacticien, il fallait ensuite donner de la voix aux alliés de la réforme pour diminuer la voix des opposants. C’est quelque chose qu’on apprend à toutes les écoles de management. Vu la situation en France ou beaucoup le monde est dans la rue, il est évident que notre élite politique a séché à ce jour les cours sur le cadrage.
  • Comme dans le célèbre livre « L’art de la guerre » de Sun Tzu (5ème siècle avant JC), il fallait entrer en « guerre douce » contre les opposants en épuisant l’ennemie avant la bataille. Pour ceci, nos dirigeants avaient plusieurs leviers à disposition : demander plusieurs études/avis aux opposants, imposer un rythme soutenu de consultation pour fatiguer les adversaires, alterner les efforts pour les épuiser. L’art de la guerre se traduit dans l’art du débat autour de vrais sujets où la recherche de solutions est au centre des discussions. Ce n’est pas le débat à la Française (comme nous voyons tous les jours sur les chaines d’information en continue) ou chacun présente sa solution, sans écouter l’autre, dans l’espoir vain et stérile de convaincre l’autre.
  • Quand nos dirigeants sont conditionnés pour aller d’un point A vers un point A++, le monde industriel a bien compris que pour faire passer des moments difficiles avec des prises de décisions radicales (plan de licenciements, arrêt d’une activité…), la seule piste viable est d’utiliser des dirigeants de transition pour aller d’un point A à un point B et ceci avec une certaine aisance et sans créer de situation conflictuelle.

Hélas avec la gestion du dossier de retraites, notre gouvernement est entré dans une gestion de crise vers une solution insatisfaisante d’un verre à moitié vide tandis qu’avec une bonne approche, on pouvait arriver à avoir le verre bien rempli.

Dommage.