WAIR, c’est la start-up lyonnaise qui monte. Il y a deux ans, Caroline Van Renterghem, alors dans le milieu de la mode, a eu l’idée de créer un foulard anti-pollution connecté. Porté par le mouvement de la fashion tech, WAIR n’a depuis cessé son ascension au point d’être conviée au Consumer Electronic Show, à Las Vegas. De retour de cette messe des innovations technologiques, où elle s’est rendue pour la première fois, Caroline Van Renterghem nous confie ses impressions. Interview. 

Pour une start-up comme WAIR, qu’est-ce que cela représente d’être invitée au CES ? 

C’est énormément de stress, de fatigue et un nombre de galères logistiques incroyables, mais c’est une véritable consécration. J’ai commencé le projet il y a deux ans et j’ai l’impression que je vais lentement. Il y a un an, j’ai trouvé mon associé, puis nous avons créé la boîte, fait une campagne de crowdfunding et été invités au CES : au final, nous n’avons pas chômé ! Nous sommes la première start-up de notre incubateur Sensecube à aller au CES. C’était un peu une fierté de se dire « on y est », même si j’ai l’impression que nous n’étions pas tout à fait prêts. Nous sommes encore loin du produit fini, mais les gens comprennent l’intérêt du concept et c’est pour ça que nous étions là. 

Quelle rencontre a été la plus marquante ? 

Nous avons rencontré un investisseur de Nest Investments qui nous a invité à pitcher à San Francisco. Nous étions douze entreprises françaises sélectionnées. Avec mon équipe, nous avons fait l’aller-retour dans la journée et nous avons découvert tout l’éco-système de la Silicon Valley. C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai rencontré un investisseur polonais très intéressé par notre foulard anti-pollution. 

Avec 248 exposants (dont 172 start-up), la France représentait cette année la 3ème délégation la plus importante derrière les USA et la Chine. La French tech a-t-elle de véritables atouts face à la concurrence internationale ? 

La France était la seule délégation ultra visible. Certes, il y avait plus d’Américains et de Chinois, mais on pouvait voir des petits coqs absolument partout. Le gouvernement a vraiment fait un gros travail de communication et ceux qui passaient devant notre stand partageaient leur étonnement en nous disant : « Ce n’est pas possible, on n’arrête pas de croiser des Français ! » Évidemment, il y avait majoritairement des start-up réunies dans l’Eureka Park, mais aussi des grosses boîtes françaises comme Holi ou Sigfox. Tous les gens que nous voulions rencontrer en France, mais qui étaient jusqu’à présent difficilement accessibles, comme Withings, sont passés à notre stand. Au French Village, j’ai pu rencontrer François Fillon, Laurent Wauquiez… Je suis finalement allée à Las Vegas pour rencontrer des Français !

Qu’est-ce que le CES a apporté à votre start-up 

Ça crédibilise énormément, ce qui est essentiel pour lever des fonds. Le CES nous ont apporté beaucoup de retours sur notre produit : sur le positionnement, le prix, l’intérêt, les marchés qu’il faut que l’on creuse… Par exemple, beaucoup de personnes nous ont demandé s’il y avait un capteur de qualité de l’air à l’intérieur du masque, ce qui était à l’origine ma vision du produit. Ça me confirme que c’est intéressant d’aller dans ce sens, même si dans un premier temps nous avions enlevé ce capteur pour des raisons de faisabilité technique et économique. Le CES nous a apporté énormément de contacts de distributeurs potentiels et beaucoup de confiance en nous. Les gens sont très enthousiastes : en quatre jours, nous avons vendu quasiment autant de foulards sur notre site que sur tout le mois de décembre ! 

Quelles sont les ambitions de WAIR sur le plan international ? 

Nos foulards sont entièrement fabriqués en France. Nous cherchons à déplacer une partie de la production afin de réduire les coûts. Le deuxième aspect à prendre en compte est la distribution : nous avons plus d’une centaine de distributeurs internationaux notamment sur les zones Asie, Inde et Amérique latine qui sont intéressés pour acheter notre produit. Suite à notre campagne de crowdfunding qui s’est terminée début décembre sur Ulule, plusieurs personnes nous avaient déjà contactées, mais c’était essentiellement des Français. Le CES nous a permis de toucher un public de distributeurs internationaux. 

Quelle était la place des femmes au CES ? 

J’ai passé quasiment tout mon salon avec 100 % de mecs. Quand nous sommes allés à San Francisco, j’étais la seule femme à pitcher, sur douze start-up. Il y a des filles dans les équipes, mais c’est très rare qu’elles soient porteuses de projet. En dehors de l’Eureka Park, il n’y a que des hommes, et les seules filles sont des hôtesses… Mais dans le milieu de la tech, être une femme est plutôt un atout, parce qu’on est une exception. C’est certes sexiste, mais le fait que tu sois un peu mignonne fait que tu es davantage invitée sur les plateau tech que les hommes. Il y a un côté : « C’est super ce qu’ils font et en plus c’est une fille qui dirige ! ».  Mais ça ne me dérange pas, je suis même plus à l’aise dans ce milieu que dans celui de la mode où j’évoluais avant. 

Quelles sont les prochaines étapes de développement pour WAIR ?

La pré-commande est aujourd’hui disponible sur le site. Nous sommes en train de finaliser différents prêts – un prêt d’amorçage auprès de la BPI, prêt d’honneur auprès d’Initiative France et des prêts bancaires – pour financer les six prochains mois. En parallèle, nous commençons toutes les discussions de levée de fonds. Nous travaillons aussi sur l’industrialisation de WAIR I, notre première version du foulard et du masque anti-pollution, qui sera livré avant l’été et disponible en boutique cet été. WAIR Active, notre nouveau modèle avec un boîtier électronique connecté doté d’un système de filtration mécanique, sera en pré-commande à partir de septembre. Les prochains mois promettent d’être intenses.