La configuration politique en Allemagne risque fort de changer avec les élections à venir de l’Automne 2017. Ceci ne manquera pas de modifier la physionomie des équilibres européens dès 2018.

Tout d’abord, un constat s’impose. Cela fait près de 10 ans que l’axe Paris-Berlin fonctionne mal et ne produit plus d’élan positif pour l’ensemble de l’édifice européen. Certains se souviendront même de la “Lettre à mes amis allemands” écrite par DSK peu après les tensions survenues autour du dossier grec.


La question délicate des migrants a ajouté encore un peu plus d’incompréhensions et nul n’a besoin de rappeler qu’entre la France et l’Allemagne, les divergences sont un phénomène à proscrire car difficiles à contingenter du fait du poids terrible de l’Histoire. On sait où commence un refroidissement diplomatique, on ignore son caractère potentiellement exponentiel.

L’Allemagne de la Chancelière Merkel ressent des doutes et son peuple aussi. Au niveau de l’Exécutif Outre-Rhin, on s’interroge sur cette France qui ne décline pas – n’en déplaise à Zemmour & Co – mais stagne car prise dans les filets d’un conservatisme sociétal. Nous sommes loin de l’élan de 1969 et de la ” Nouvelle société ” de Jacques Chaban-Delmas notamment élaborée par Jacques Delors, Yves Cannac et Simon Nora.

Oui, l’Allemagne doute désormais fortement de notre capacité à changer et singulièrement à rétablir la trajectoire de nos finances publiques. La lecture de certains programmes des candidats à l’élection présidentielle a en effet de quoi susciter plus d’inquiétudes que de sérénité.

L’Allemagne doute aussi de notre capacité de résilience face aux maux qui traversent la société française : gestion du dossier terroriste et question des ” revenants ” du djihad, montée de l’intolérance et perte corrélative d’un sentiment d’appartenance nationale, paupérisation de la France de la périphérie.

Alors que les patriotismes exacerbés ont provoqué des drames entre nos deux pays, l’Allemagne – dans certains milieux éclairés – regrette l’étiolement de notre fierté nationale.

D’autre part, instruite par le rapport Gallois de 2012, l’Allemagne sait fort bien que la France a décroché en compétitivité. A la fois sur le thème de la stricte compétitivité par les prix mais aussi sur le sujet plus délicat de la compétitivité hors-prix : qualité, niveau de gamme, délais de livraison, etc.

Le peuple allemand partage les doutes de la Chancelière et de son sonore ministre des Finances. Le résultat actuel est net : plus de 40% ( venus initialement des extrêmes ) ne veulent plus de l’Europe sous sa forme actuelle et près de 30% sont prêts à quitter l’Euro car ils ont bien compris qu’il y a un risque croissant non-négligeable d’appel à la solidarité pécuniaire de l’Etat le plus prospère.

Autrefois – il y a cinq ans environ – certains souriaient du programme maximaliste de l’AfD : désormais, ce parti farouchement anti-européen frôle les 20%. Compte-tenu du système fédéral et de la dose de proportionnelle qui lie les législatives, il n’y a plus matière à sourire. Ni de près, ni de loin.

Parallèlement, le Groupe de Visegràd continue sa contre-révolution en Europe centrale et nul ne peut nier le dynamisme diplomatique de la Pologne et de la Hongrie du fameux Victor Orban.

Pour les lecteurs et lectrices qui veulent approfondir ce sujet, je suggère la lecture idoine du texte joint en lien. ( Cyril Bret :  http://www.telos-eu.com/fr/europe/le-groupe-de-visegrad-un-pole-de-puissance-souvera.html ).

Pour conclure, il faut énoncer aussi brièvement qu’avec componction un risque qui se profile : si les eurosceptiques croissants en Allemagne croisent les conservateurs d’Europe centrale, ils pourraient avoir le rêve de se débarrasser des pays dits du “Club Med” ( expression péjorative visant les pays du sud de l’Union ) et de construire une nouvelle configuration politique axée sur le vieux rêve de la Mitteleuropa.

Au plan strictement économique, cela aurait du sens, beaucoup de sens, comme le montrent des notes de banques d’affaires qui traitent de l’Allemagne et de son ” hinterland “, c’est-à-dire de cette immense zone germanophile qui a su constituer dans de nombreux secteurs des chaînes de valeur aussi cohérentes qu’efficaces.

A la lumière du fait tendanciel qu’est la Mitteleuropa, raison de plus pour relancer l’axe franco-allemand. Il y a désormais urgence. D’autant que le Brexit version “hard” retenu par Theresa May ne sera pas sans conséquences sur l’Europe.

( Revue ENA mensuel : http://fr.slideshare.net/ARCHER58/ena-mensuel-le-brexit-et-ses-consquences-pour-leurope ).