Si l’internet était un pays, il serait, selon certaines estimations, le septième plus grand pollueur du monde. Si les émissions de gaz à effet de serre ont temporairement baissé pendant la pandémie, la crise qui en a résulté a également accéléré la dépendance du monde à l’égard des activités en ligne, exacerbant la pollution numérique. Voici comment utiliser la technologie pour atteindre à la fois des objectifs commerciaux et de durabilité, selon Manish Bahl, futurologue au Center for the Future of Work, chez Cognizant.


 

Si l’internet était un pays, il serait, selon certaines estimations, le septième plus grand pollueur du monde. Si les émissions de gaz à effet de serre ont temporairement baissé pendant la pandémie, la crise qui en a résulté a également accéléré la dépendance du monde à l’égard des activités en ligne, exacerbant la pollution numérique.

Rien qu’en Asie du Sud-Est, 40 millions de personnes supplémentaires se sont connectées en 2020, contre une moyenne de 20 millions par an au cours des cinq années précédentes, et le pourcentage de personnes qui se sont connectées toutes les heures (au lieu de plusieurs fois par jour) a presque doublé pendant les périodes de confinement. Aujourd’hui encore, cette population d’internautes intensifs est supérieure de 10 points de pourcentage à celle de la période pré-Covid-19.

Alors que les comportements en ligne (comme l’envoi de documents par voie électronique au lieu de les imprimer, la vidéoconférence au lieu de prendre l’avion pour se rendre au bureau d’un client, la commande en ligne au lieu de se rendre en boutique en voiture) sont souvent considérés comme « une alternative plus verte », mais cette notion est loin d’être vraie. Par exemple, les centres de données qui permettent de réaliser ces tâches numériques produisent environ 3,8 % des émissions mondiales de carbone. Pendant ce temps, chaque interaction en ligne, chaque clic, chaque pouce levé ou baissé, contribue discrètement au changement climatique.

 

L’augmentation de la pollution numérique

En fait, les technologies numériques représentent désormais 4 % des émissions totales de carbone dans le monde, et leur consommation d’énergie augmente de 9 % par an. On estime que pour compenser l’impact environnemental de l’utilisation accrue d’internet en 2020 seulement, il faudrait une forêt deux fois plus grande que le Portugal, suffisamment d’eau pour remplir 317 200 piscines olympiques et un terrain de la taille de Los Angeles.

À mesure que de plus en plus de produits, d’activités et d’industries se déplacent en ligne – crypto-monnaies, jetons non fongibles (NFT), etc – l’impact des expériences en ligne ne fera que croître.

Par exemple, les NFT sont généralement achetés et vendus sur la plateforme blockchain Ethereum, ce qui implique des milliers d’ordinateurs qui consomment autant d’électricité par an que le pays entier de la Libye. Bien qu’Ethereum se soit récemment engagé à devenir plus économe en énergie, la puissance nécessaire pour soutenir le marché cryptographique au sens large pourrait encore causer des ravages environnementaux et même augmenter la température de la Terre de deux degrés. Dans cette optique, Elon Musk est récemment revenu sur sa décision d’accepter les paiements en bitcoins pour les Teslas, invoquant l’augmentation rapide de l’utilisation de combustibles fossiles pour l’extraction de bitcoins.

 

Une arme à double tranchant

Si les technologies numériques peuvent aider les entreprises à lutter contre le changement climatique, elles constituent également une menace environnementale alarmante.

À l’heure où presque toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, deviennent de plus en plus informatisées, les organisations doivent utiliser les technologies numériques de manière à faire progresser leurs objectifs commerciaux tout en préservant l’environnement. Les consommateurs l’exigent déjà : 80 % des consommateurs d’Asie du Sud-Est affirment accorder de l’importance à la durabilité et ont modifié leur mode de vie pour devenir plus respectueux de l’environnement. Les fournisseurs de services cloud ont pris des engagements ambitieux pour réduire leur impact négatif sur l’environnement. Google promet de fonctionner sans carbone d’ici 2030, tandis qu’Amazon, Facebook et Microsoft se sont engagés à utiliser 100 % d’énergie renouvelable pour alimenter leurs centres de données.

Mais s’il est facile de qualifier une cheminée d’usine ou une voiture polluante de non durable, il est beaucoup plus difficile de déterminer les dommages environnementaux infligés par des technologies numériques invisibles.

 

Agir pour rendre le numérique « vert »

Voici six façons dont les entreprises peuvent devenir plus durables sur le plan numérique au fil du temps.

  • Évaluez l’impact de votre infrastructure numérique

Commencez par mesurer l’empreinte carbone de votre site web en utilisant des outils tels que le Website Carbon Calculator. Par exemple, Volkswagen Canada a opté pour une conception Web respectueuse du climat pour promouvoir sa nouvelle voiture électrique. Les personnes qui font des recherches sur la Volkswagen ID.4 peuvent choisir entre l’expérience typique d’un site Web et une interface moins chargée en données qui utilise des images en noir et blanc et du texte formaté simplement. Selon le constructeur automobile, son site Web à faible émission de carbone est 50 % plus propre que la page ID.4 standard.

En proposant à ses clients des options flexibles qui répondent à leurs besoins, le fournisseur de solutions de gestion des charges de travail multi-cloud Yellowdog affirme pouvoir aider les entreprises à réduire leur impact carbone de 52 % en moyenne par rapport aux solutions sur site.

  • Adoptez une approche logicielle écologique

Les ingénieurs et les développeurs de logiciels peuvent adopter des approches plus respectueuses de l’environnement en matière de développement de logiciels. Goldman Sachs a récemment adhéré à la Green Software Foundation, qui a été lancée par Microsoft et d’autres entreprises pour mesurer avec précision les émissions et construire des logiciels plus durables.

  • Repenser la collecte et le stockage des données

Ce n’est un secret pour personne que la plupart des organisations sont confrontées à une surcharge de données. On estime qu’une réduction de 75 % des données équivaudrait à une réduction de plus de 75 % des émissions et de la consommation d’énergie. Cela implique d’éliminer les données redondantes, obsolètes et triviales, ainsi que de créer de nouvelles politiques de données qui définissent ce qu’il faut collecter, la quantité à collecter et la durée de stockage. Grâce à cette approche, les entreprises peuvent réduire les besoins et les coûts de stockage tout en consommant moins d’énergie.

  • Encourager les consommateurs à adopter un comportement numérique plus durable

Une enquête récente a révélé que 80 % des consommateurs souhaitent des technologies qui les aident à surveiller leur empreinte carbone. Par exemple, les titulaires de comptes de la Islandsbanki (banque islandaise) peuvent suivre leur empreinte carbone grâce à l’application mobile de la banque. De même, le prestataire de services financiers italien Banca Mediolanum a lancé Flowe pour aider ses clients à faire des choix écologiques dans leurs achats et leurs finances.

  • Ajoutez la durabilité numérique à vos initiatives environnementales, sociales et de gouvernance (ESG)

Les consommateurs apprécient les marques qui font preuve de transparence quant à leur empreinte carbone. La ville de Milan, en Italie, a mis au point un outil qui calcule les résultats de la numérisation en termes de temps, d’argent et d’émissions économisés, afin de fournir des informations claires aux habitants, aux services et aux responsables politiques.

  • Formez vos concepteurs, développeurs et experts

Les principes de durabilité peuvent désormais être ajoutés aux pratiques de conception de sites web et d’applications pour renforcer la réflexion environnementale. Par exemple, les concepteurs et les ingénieurs peuvent proposer une option permettant de passer en mode sombre ou d’utiliser des images plus petites pour réduire le transfert de données, le poids des pages et les consultations inutiles.

Nous approchons rapidement du point de basculement dans la sphère numérique, et les implications environnementales sont plus urgentes que jamais. Les marques qui intègrent les principes de durabilité dans leur utilisation des technologies numériques non seulement réduiront les dommages causés à la planète, mais gagneront également la confiance et la fidélité des consommateurs dans un monde où le changement climatique devient rapidement à la fois un obstacle et une opportunité pour générer de nouvelles formes de valeur commerciale.

Article traduit de Forbes US – Auteur : Manish Bahl, Cognizant (brandvoice)

<<< À lire également : Florian Delmas, CEO d’Andros : « Il faut réconcilier l’économie et l’écologie » >>>