Depuis maintenant un demi-siècle, la valeur recherchée par les clients d’une ESN, une entreprise de services du numérique (ex-SSII), est d’accéder à un réservoir de ressources compétentes et disponibles à tout moment. Jusqu’à présent, cette offre s’appuyait sur une capacité des ESN à recruter de bons profils très rapidement et à les onboarder chez le client final tout aussi rapidement. Mais cette offre de valeur semble se fissurer à mesure que le cœur du réacteur s’essouffle : l’acquisition de talents.

En parallèle, l’essor des plateformes d’indépendants démocratise aujourd’hui de nouveaux modèles auprès des entreprises en recherche de toujours plus d’expertises et de réactivité mais installe surtout de nouveaux environnements propices à l’émancipation des freelances.


Cette transformation du marché des talents est-elle une bombe à retardement pour les ESN ? Ou bien de nouveaux modèles sont-ils à inventer ?

 

La guerre des talents 

Les besoins de compétences IT explosent. Selon Eric Hazan directeur de McKinsey Digital en France, les besoins en compétences tech devraient augmenter de 90 % d’ici 2030. Seulement, la disponibilité en ressources qualifiées ne grimpe pas aussi vite que la demande et la pénurie s’accélère.  La guerre des talents est désormais bien lancée. Dans un contexte où 85 % des ESN peinent à recruter et à retenir leurs effectifs (source : Syntec Numérique), il devient de plus en plus compliqué pour ces acteurs historiques de servir convenablement leurs clients (délais de recrutement, délai de staffing, pertinence des profils disponibles). L’équilibre sur lequel reposait le modèle ESN jusque-là est sur le point de basculer ?

 

Des talents à la recherche d’un nouveau cadre

46 % des Millenials déclarent ne pas être attirés par le format du salariat traditionnel, et plus de 87% de cette génération réclament plus de flexibilité au travail. En témoigne l’augmentation du nombre de freelances sur le marché aujourd’hui (+145 % ces 10 dernières années selon Eurostat). Les profils les plus talentueux et positionnés sur des expertises convoitées ont compris qu’ils bénéficieraient d’un meilleur « deal » en sortant des rangs de leur ESN ou de leur cabinet de conseil pour voler de leur propres ailes : choisir leurs propres clients, définir les contours de leurs missions, fixer leurs tarifs, agencer leur emploi du temps ou encore travailler d’où bon leur semble.

 

L’essor des plateformes 

Malgré cette tension sur le marché des compétences tech, le réservoir des plateformes d’indépendants continue de se remplir chaque jour à mesure que les talents sautent le pas de l’indépendance ou quittent leur ESN. En conséquence certaines plateformes de freelances regorgent aujourd’hui d’un nombre toujours plus important de talents qualifiés et disponibles. C’est le cas de crème de la crème, plateforme spécialisée sur les métiers tech et les besoins des corporates, qui a fait le choix d’une forte sélection à l’entrée de sa communauté. Seulement 10% des freelances sont acceptés dans la communauté chaque mois.

Les plateformes de freelances comme crème de la crème peuvent aujourd’hui satisfaire les besoins des grandes entreprises en quelques jours,  avec une hyper-réactivité permise par leur modèle technologique et leur volume d’experts disponibles. Elles ajoutent à cela une transparence la plus totale sur la qualité des profils qu’elles mettent à disposition et les coûts réels des prestations.  

Enfin elles diffèrent surtout des structures traditionnelles de part la manière dont elles considèrent la population des freelances. En effet plutôt que de les considérer comme des « fournisseurs » ou des « sous-traitants », elles considèrent les freelances comme des entrepreneurs à part entière pour qui elles créent et animent des environnements favorables à leur succès.

Dans la communauté crème de la crème, les freelances bénéficient d’un accompagnement, d’offres de services avec d’avantages exclusifs qui viennent améliorer leur quotidien, mais aussi d’événements où les membres se retrouvent pour échanger entre eux.

 

Une nécessaire adaptation des ESN aux nouvelles attentes du marchés, en combinant  le modèle incontournable des plateformes ?

L’émergence de plateformes qui développent des modèles plus transparents et plus rapides, combinée aux difficultés qu’éprouvent aujourd’hui les ESN à recruter du fait d’un modèle en perte d’attractivité,  pourraient former une bombe à retardement sur un pan du marché en profonde transformation.

Néanmoins face à l’explosion des besoins IT aujourd’hui, le modèle de l’ESN semble plutôt à réinventer, en combinant les forces en présence sur le marché. En effet une partie des ESN excelle sur un savoir-faire d’orchestration de projets IT complexes ainsi que sur une forte capacité de conseil technologique, tout en développant une hyper-spécialisation qui leur est propre. Sur un marché où le modèle des plateformes séduit de plus en plus de talents et gagne du terrain du côté des grandes entreprises les plus consommatrices d’expertises,  un nouvel équilibre pourrait naître d’une association entre les plateformes les plus efficientes et le savoir-faire des acteurs historiques.

Les ESN qui se repositionneront sur leurs expertises à forte valeur ajoutée et qui sauront saisir les opportunités offertes par ce schéma d’association de modèles pourraient alors survivre aux turbulences d’un marché en forte tension, mais pourraient également offrir un nouveau modèle d’excellence opérationnelle auprès de leurs clients en recherche de plus d’efficacité et de réactivité.

Si une révolution silencieuse est bien en cours, il semblerait que nous ne soyons qu’au début des mutations à venir sur le marché de la prestation intellectuelle, en particulier sur le secteurs des compétences digitales. La pluralité des nouveaux acteurs en présence laisse présager de nouveaux scénarios où les forces et faiblesses des différents modèles pourraient donner naissance à de nouveau schémas complémentaires, qui bénéficieraient in fine aux entreprises en recherche de davantage d’expertises, de vitesse et de transparence, mais également aux communautés d’indépendants en recherche de projets innovants à forte valeur ajouté.

Jean-Charles Varlet, Co-fondateur & CEO de crème de la crème

 

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