La campagne vaccinale contre la Covid-19 est un enjeu essentiel pour protéger les populations les plus exposées des formes graves de la maladie, diminuer la mortalité et progressivement rouvrir les secteurs de l’économie qui sont actuellement fermés. Si les vaccinodromes doivent prendre leur part, il ne faut surtout pas négliger le maillage rural constitué par les pharmacies dofficine qui, en lien avec les cabinets dinfirmières et de médecins, ont une bonne connaissance des besoins de la population locale et des contraintes spécifiques.

 

La population rurale, plus âgée et isolée, cumule les fragilités

Environ 40 % des personnes âgées de 65 ans et plus vivent dans les territoires ruraux, où la transmission est ordinairement faible, mais dont les capacités d’accueil hospitalières, notamment en termes de lits de réanimation, peuvent être vite saturées. À titre d’exemple, le département de Corrèze ne compte qu’une quinzaine de lits, celui de la Creuse moins d’une dizaine et la Dordogne à peine vingt. Un état de fait qui nécessite de donner à la stratégie vaccinale toute sa puissance.

Si nous ne disposons pas des taux de vaccination par cantons, hors des villes, les Français sont plus fortement impactés par les difficultés d’accès aux soins. Raréfaction des cabinets médicaux et infirmiers, moindre connectivité numérique des personnes âgées, mobilité défaillante, moindre institutionnalisation, fragilisent, depuis de nombreuses d’années l’accès des populations rurales aux soins. Plusieurs études scientifiques, comme celle du Rural and Underserved Health Research Center,  ont mis en évidence que la vaccination contre le pneumocoque ou celle des enfants est bien moindre dans les zones rurales que dans les centres urbains. Un phénomène qui ne peut seulement s’expliquer par une défiance vaccinale plus importante des populations rurales. Il importe, dès lors, de maintenir un lien fort entre les populations rurales et les professionnels de santé jusqu’au bout de cette campagne de vaccination. Ce lien se concrétise physiquement à travers les pharmacies qui sont ouvertes sur de larges plages horaires, disposent d’une logistique bien rodée pour la dispensation des médicaments et dont le personnel est au fait des conditions de conservation des vaccins.

 

La campagne de vaccination n’est pas une campagne de communication

La première préoccupation est celle de l’allocation des flacons par les agences régionales de santé (ARS). Il faut éviter que les doses de vaccin qui arrivent soient en quelque sorte attribuées préférentiellement, voire sur des critères politiques, à des structures dont on veut soudain promouvoir le démarrage. Les vaccinodromes sont, à cet égard, symptomatiques d’une volonté de vacciner vite en permettant à un nombre important de personnes d’aller au vaccin alors qu’en ruralité, au regard des distances, de la durée des trajets ou des aléas climatiques il est efficace d’apporter le vaccin au plus près des populations sans oublier personne. Les exécutifs régionaux par leur connaissance fine des territoires ruraux doivent être impliqués dans cette allocation optimale des flacons afin d’éviter certaines prises de décision arbitraires et verticales. Par exemple, il y a quelques jours, l’ARS Nouvelle-Aquitaine avait annoncé la fermeture de deux centres de vaccination en Corrèze, avant de reculer sous la pression des élus locaux. De surcroît, le maintien d’un lien interactif entre cabinets infirmiers, médicaux, pharmacies et d’autre part les ARS, est essentiel pour optimiser la logistique. Par exemple, avant d’envoyer une équipe mobile, solution utile quand rien n’est possible à la place, il faut miser sur la subsidiarité. Or le maillage est tel que c’est possible dans de très nombreux cas. 

 

Face à la défiance anti-AstraZeneca, pédagogie et alternatives

Les semaines à venir pourraient voir émerger une perte de confiance dans le vaccin AstraZeneca. Ce vaccin est très efficace et protège très bien des formes graves et mortelles. Le risque exceptionnel de thromboses particulières chez des sujets plutôt jeunes est réel mais surévalué dans l’imaginaire collectif. Il s’agit d’un état de fait dommageable que l’on peut déplorer, mais qui, chaque jour, ralentit la campagne de vaccination. Si la communauté scientifique et le gouvernement doivent renforcer leurs efforts de pédagogie à destination des populations, offrir aux populations une alternative à l’AstraZeneca est essentiel. 

Or dans les zones rurales, le vaccin AstraZeneca est au cœur de la stratégie vaccinale, car jusqu’à présent les conditions de conservation et de déplacement du vaccin Pfizer ont rendu sa diffusion plus difficile dans les territoires isolés. Récemment, l’Agence européenne du médicament a autorisé le transport et le stockage du vaccin Pfizer à des températures de -20°C (+/- 5) pendant deux semaines, ce qui permet en théorie aux pharmaciens de l’utiliser. Le gouvernement doit donc permettre aux pharmaciens de commander, stocker et administrer des vaccins à ARN messager, une offre alternative en ruralité. Dans ce contexte, le fléchage des vaccins à ARN messager vers les vaccinodromes ou d’autres centres de vaccination est contre-productif, car certains Français préfèrent s’abstenir plutôt que de se faire vacciner avec l’AstraZeneca.

Il y a urgence, le retard dans la campagne de vaccination ne doit pas être aggravé en laissant pour compte certains Français. Il s’agit avant tout d’efficacité. Plus vite les personnes de plus de 50 ans seront vaccinées à plus de 80% plus vite nous pourrons avec d’autres moyens maîtriser l’épidémie. Comme depuis le début de la Covid-19, il faut agir et choisir de rassembler les forces et les moyens nécessaires aux soins, et particulièrement à la vaccination, sur tout le territoire.

 

Tribune rédigée par Guy André Pelouze, chirurgien des hôpitaux

 

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