Lundi, la société pharmaceutique Pfizer a annoncé que son vaccin, développé avec la société allemande BioNTech, serait efficace à 90 %, selon les résultats préliminaires. Le vaccin pourrait être prêt à recevoir une autorisation d’utilisation d’urgence de la FDA d’ici la fin de l’année.

 

Le vaccin de BioNTech est un vaccin à ARNm, similaire à celui développé par la société Moderna, basée à Boston, ainsi que par Translate Bio, qui est partenaire du géant pharmaceutique Sanofi. Ce type de vaccin a été mis au point pour d’autres maladies, dont la grippe, mais aucun n’a encore été approuvé par un organisme de réglementation. Le développement de vaccins contre de nouvelles maladies, un processus qui peut prendre près d’une décennie, s’accélère en raison de l’urgence sanitaire. 

 

Voici ce qu’il faut savoir du nouveau vaccin Pfizer : 

Le vaccin de Pfizer est basé sur un nouveau type de technologie

Ce nouveau type de vaccin est différent des vaccins traditionnels. Pour le mettre au point, les scientifiques ont d’abord analysé les gènes du virus du SRAS-CoV-2, qui est à l’origine de la Covid-19, afin de localiser la partie qui code sa protéine « Spike », c’est-à-dire celle qui permet au virus d’infecter les personnes. Les codes de cette protéine sont ensuite isolés et copiés sous forme de fragments d’ARNm (le mode d’emploi des cellules pour fabriquer des protéines). Ces fragments sont emballés dans des molécules spéciales, puis injectés dans les cellules du patient.

À l’intérieur des cellules, l’ARNm entre dans les usines à protéines du corps, appelées ribosomes. Les ribosomes décryptent l’ARNm et suivent ses instructions pour fabriquer des copies de la protéine de pointe. Ces copies de la protéine de pointe ne peuvent pas, à elles seules, causer de dommages. Mais elles vont inciter l’organisme à fabriquer des anticorps contre le virus. Ces anticorps, à leur tour, protégeront les patients contre l’infection Covid-19. Du moins, c’est l’idée.

 

Le vaccin doit encore être approuvé par la Food and Drug Administration

Avant que le vaccin puisse être distribué, il doit d’abord être approuvé par les organismes de réglementation appropriés. Aux États-Unis, c’est la FDA. La société Pfizer a déclaré qu’elle avait l’intention de demander à la FDA une autorisation d’utilisation d’urgence pour permettre la distribution et l’administration du vaccin à la fin novembre, date à laquelle la société disposera en moyenne de deux mois de données sur la sécurité pour chaque patient. En effet, la plupart des mauvaises réactions aux vaccins surviennent peu de temps après l’infection. En outre, Pfizer continuera à suivre les patients de son étude pendant deux ans après l’administration du vaccin.

 

La distribution de ce nouveau vaccin est plus complexe que celle d’un vaccin classique

Bien que l’un des avantages des vaccins à ARNm soit qu’ils sont potentiellement plus rapides à développer que les vaccins traditionnels, leur administration et leur distribution sont beaucoup plus compliquées. Par exemple, le vaccin de Pfizer est actuellement testé sur un calendrier à deux doses, à 21 jours d’intervalle, contrairement à la dose unique d’un vaccin typique pour des maladies comme la grippe.

Pour un stockage à long terme, le vaccin doit être conservé à des températures très froides – environ -70° C – ce qui nécessite un congélateur spécialisé. (Les vaccins antigrippaux, en revanche, peuvent généralement être conservés au réfrigérateur.) La société a mis au point un conteneur thermique spécial, qui peut être conservé au froid avec de la glace sèche et être utilisé pour stocker les doses de vaccins pendant une période pouvant aller jusqu’à 15 jours. Si le but est de l’utiliser rapidement, le vaccin de Pfizer peut être conservé au réfrigérateur pendant cinq jours maximum.

 

Pfizer a développé son vaccin sans aide financière du gouvernement 

Plusieurs entreprises, telles que Moderna, ont reçu un financement et un soutien fédéral pour le développement de leurs vaccins et de leurs traitements par le biais du processus de recherche et de développement. La société Pfizer a choisi de ne pas participer à ce processus, préférant financer seule le développement de son vaccin. « Un milliard de dollars ne va pas nous conduire à la banqueroute », a déclaré le PDG Albert Bourla à Forbes au début de l’année.

Cela dit, BioNTech a reçu une subvention de 442 millions de dollars du gouvernement allemand pour l’aider à développer le vaccin. Et en juillet, les deux sociétés ont signé un accord pour vendre au moins 100 millions de vaccins au ministère américain de la santé et des services sociaux (HHS) pour 1,95 milliard de dollars. L’Espagne a également obtenu 20 millions de vaccins.

 

S’il est approuvé, le vaccin devrait être disponible à tous au printemps 2021

Lors d’une apparition dans l’émission Today mardi matin, le secrétaire du HHS, Alex Azar, a déclaré que la distribution de vaccins sera initialement axée sur les travailleurs de la santé de première ligne et les populations vulnérables telles que les résidents des maisons de retraite. Ensuite, il a déclaré qu’il devrait y avoir suffisamment de doses pour commencer des programmes de vaccination plus généraux d’ici mars ou avril. En outre, Larry Merlo, PDG de la chaîne de pharmacies CVS, a déclaré en début de semaine que son entreprise serait prête à distribuer des vaccins l’année prochaine. Les pharmacies devraient jouer un rôle clé dans la distribution des vaccins.

L’entreprise Pfizer a déclaré qu’elle travaillait avec d’autres gouvernements afin de s’assurer que le vaccin ne « coûterait pas d’argent ou bien très peu ». En raison de l’éventualité où les vaccins annuels seraient nécessaires, la tarification n’est pas encore précise.

 

Une quantité insuffisante pour vacciner tout le monde

Pfizer a déclaré dans un communiqué prévoir de fabriquer « jusqu’à 50 millions de vaccins en 2020 et jusqu’à 1,3 milliard en 2021 ». Comme le vaccin nécessite deux doses, cela suffit pour environ 600 à 700 millions de personnes d’ici la fin de l’année prochaine, ce qui signifie que les vaccins que d’autres entreprises développent seront nécessaires pour que la planète entière atteigne le seuil de 70 % de la population pour l’immunité collective (en supposant que l’immunité collective soit possible pour la Covid-19).

 

Des doutes subsistent concernant la fréquence de vaccination

En réponse à l’annonce de Pfizer lundi matin, le capital-risqueur du secteur de la santé Robert Nelsen a tweeté « Bonnes nouvelles concernant le vaccin Pfizer. À voir maintenant combien de temps cela va durer ».

C’est un bon point. Les vaccins contre la grippe, par exemple, doivent être pris chaque année. Et ce, pour deux raisons, selon la clinique Mayo. Premièrement, parce que les niveaux d’anticorps contre la maladie diminuent au fil du temps, et deuxièmement, parce qu’il existe plusieurs souches différentes de virus de la grippe, avec l’apparition chaque année de nouvelles souches saisonnières qui nécessitent de nouveaux vaccins.

Ces deux facteurs pourraient potentiellement entrer en jeu lorsqu’il s’agit de la Covid-19. Des études ont montré une baisse des niveaux d’anticorps chez les patients guéris quelques mois seulement après l’infection initiale, bien qu’une étude récente ait révélé que « l’immunité des cellules T » – un signe potentiel d’une immunité plus durable – pourrait être présente chez les patients six mois après la guérison de la Covid-19.

En revanche, de nombreux cas de réinfection ont été enregistrés quelques mois après la première guérison. Jusqu’à présent, ces cas sont trop peu nombreux pour évaluer correctement le risque, bien que les données préliminaires suggèrent que les réinfections provenaient de différentes souches du virus SRAS-CoV-2.

On ne sait pas encore à quelle vitesse le SRAS-CoV-2 peut muter, mais il y a eu un incident récent au Danemark où une souche a infecté des visons et a muté, puis infecté des humains. Cette mutation a touché plus de 200 personnes jusqu’à présent et on ne sait pas encore très bien comment les vaccins actuels réagiront à de telles mutations. Il est possible que de nouveaux vaccins doivent être formulés chaque année, comme c’est le cas pour la grippe.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Alex Knapp

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