Une équipe de scientifiques a annoncé pour la première fois jeudi qu’elle avait créé des embryons mi-hommes, mi-singes et qu’elle les avait cultivés en laboratoire pendant 20 jours, une pratique controversée qui, selon les scientifiques, pourrait aider à mettre au point des traitements pour des maladies et ouvrir la voie à la culture d’organes indispensables à la transplantation humaine.  

 

Faits marquants

  • L’équipe internationale a décrit le processus de création d’embryons homme-singe, appelés chimères, dans un article publié dans Cell, une avancée majeure qui soulève également de préoccupantes questions éthiques.
  • Dans l’étude, les embryons chimériques ont été créés en injectant des cellules souches humaines dans des embryons de singes qui ont ensuite été cultivés dans des conditions de laboratoire.
  • Les cellules humaines ont duré beaucoup plus longtemps dans les embryons de singe que dans les expériences précédentes qui utilisaient d’autres cellules animales et ouvrent des possibilités de recherche qui ne pourraient pas être menées sur des embryons humains.
  • Les chercheurs, qui ont reconnu les « préoccupations éthiques importantes » entourant la recherche, ont déclaré que l’étude offrait de nouvelles perspectives sur le développement humain et pourrait contribuer à développer la « médecine régénérative », notamment la culture d’organes pour les transplantations.
  • Juan Carlos Izpisua Belmonte, auteur principal de l’article publié sur Cell et professeur au Salk Institute (un institut de recherche respecté fondé par Jonas Salk, l’inventeur du premier vaccin contre la poliomyélite), a déclaré qu’il était « de notre responsabilité, en tant que scientifiques, de mener nos recherches de manière réfléchie, en suivant toutes les directives éthiques, juridiques et sociales en vigueur ».
  • Juan Carlos Izpisua Belmonte a ajouté qu’un examen « approfondi et détaillé » des considérations éthiques avait été entrepris avant l’étude, ce qui a également « contribué à guider » les expériences.

Contexte clé

Les chimères, c’est-à-dire la combinaison de cellules provenant de plusieurs espèces, sont controversées, surtout lorsqu’elles impliquent des primates humains ou non humains. Le statut moral de ces animaux partiellement humains est une question particulièrement épineuse, car ils doivent se rapprocher suffisamment du genre humain pour être utiles à des expériences ou, un jour, pour faire pousser des organes humains, mais à la fois être différents des humains pour être protégés de l’expérimentation. Ce travail n’empiète pas sur bon nombre de ces questions, les embryons étant cultivés en laboratoire et pendant une période très courte. Cette expérience constitue toutefois un développement majeur et a relancé le débat sur la question de savoir si de telles expériences sont éthiquement acceptables.

Citation essentielle

Le professeur Julian Savulescu de l’université d’Oxford, spécialiste de l’éthique pratique, a déclaré que « la question la plus difficile (pour cette recherche) se situe dans l’avenir », ajoutant qu’elle « ouvre la boîte de Pandore aux chimères humaines-non humaines ». Selon lui, ce n’est « qu’une question de temps avant que des chimères humaines-non humaines soient développées avec succès », l’un des objectifs à long terme de ce type de recherche. « Toute chimère née vivante doit faire l’objet d’une évaluation de sa vie et de ses capacités mentales avant d’être expérimentée », a-t-il ajouté.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Robert Hart

 

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