Jeffrey Epstein a été arrêté en juillet pour trafic sexuel. Depuis lors, il était détenu à MCC Manhattan, un bâtiment administratif du Bureau Fédéral des Prisons (BOP) dans le sud de Manhattan. Samedi matin, il a été retrouvé mort dans sa cellule après s’être suicidé.

Mi-juillet, après que sa mise en liberté sous caution et sa demande d’audience avaient été rejetées, Epstein avait été retrouvé inconscient dans sa cellule à la suite de ce qui avait été décrit comme une tentative de suicide. Le BOP doit suivre certaines procédures dans sa façon de gérer les tentatives de suicide et dans le soin à apporter aux détenus après celles-ci. Une chose est sûre, il existe un volume conséquent de paperasse décrivant la façon dont le BOP a effectué la surveillance de Jeffrey Epstein et la présence ou l’absence de défaillances dans les procédures que le personnel du BOP aurait dû suivre.  


Chaque détenu passe par une procédure de dépistage des risques, rapporte Jack Donson, qui a travaillé pour le Bureau Fédéral des Prisons pendant plus de 23 ans et qui travaille maintenant en tant que consultant et auteur, prodiguant conseils et avis sur les enjeux du BOP. Selon le Manuel des Services Psychologiques du BOP :

Dans un délai de 24 heures suivant l’arrivée d’un(e) détenu(e), celui-ci/celle-ci doit compléter le Questionnaire du Détenu relatif aux Services Psychologiques (PSIQ). Une fois le questionnaire rempli, le personnel de l’institution (par ex., le service d’admission et de décharge, les services de santé) examine le PSIQ et alerte immédiatement les Services Psychologiques dans le cas où le/la détenu(e) envisage de se mutiler ou de se tuer.

Il semblerait qu’Epstein ait réussi cette évaluation lors de sa première incarcération, sinon, il aurait été soumis à une sorte de surveillance qui aurait dû empêcher sa tentative de suicide à la fin du mois de juillet.

Jack Donson rapporte à Forbes : « Une fois qu’il y a eu une tentative concrète et qu’il existe une crainte que cette personne se blesse, elle est placée dans une pièce spéciale sous supervision constante, 24 heures sur 24, tous les jours. Quelqu’un se voit attribuer la tâche de surveiller physiquement cette personne et de prendre des notes ; ses moindres faits et gestes sont consignés par écrit. » Au cours de cette période, le détenu n’a presque aucun accès aux objets qui pourraient le blesser, et on lui donne une couverture « anti-suicide » avec laquelle il est impossible de faire des nœuds ou une corde.

Toutefois, ce type de surveillance intensive d’un détenu exige beaucoup de ressources. « Cela représente une pression sur le personnel et sur le détenu », explique Donson. « L’objectif est donc de travailler avec eux afin de les amener progressivement à un environnement moins restrictif. »

Faire sortir Jeffrey Epstein de cette surveillance hautement restrictive aurait requis une approbation de la part du Psychologue en Chef à MCC, ainsi que du Directeur, selon Donson. « Quand se présente le cas d’une personne ayant un profil à risque, il est courant que le Directeur informe ses supérieurs du BOP, ou le ministère de la Justice, de ses décisions », ajoute-t-il.

Il est inhabituel qu’un détenu du BOP reste sous surveillance pour risque de suicide plus de quelques jours, une semaine tout au plus, avant d’être transféré dans une unité d’isolement carcéral, appelée SHU aux États-Unis. Ces cellules individuelles servent pour une période de transition avant de replacer les détenus dans un contexte carcéral classique, entourés d’autres détenus. Selon le BOP, les détenus placés en isolement carcéral sont surveillés afin de détecter des signes de risque suicidaire (par ex., des pleurs, une détresse émotionnelle, des menaces d’automutilation, ou des mauvais comportements délibérés visant à se faire retirer de l’environnement carcéral classique). Donson précise qu’à ce degré de surveillance, des gardiens passent régulièrement devant les cellules, typiquement toutes les 15 à 20 minutes, et regardent par la lucarne pour contrôler l’état du détenu. Mais selon Donson lui-même, ce n’est pas toujours le cas : « Il s’écoule souvent des laps de temps plus longs. Néanmoins, un détenu peut choisir son moment, et 15 minutes peuvent suffire pour s’automutiler. » Quand un détenu meurt, il est transféré dans un hôpital où le décès est confirmé. Selon Jack Donson, le représentant du BOP est envoyé sur les lieux afin de récolter les empreintes de la personne décédée et se charge ensuite de la remise du corps à la famille. « Toute la procédure est effectuée par le BOP », indique Donson, « et l’on pourra en apprendre beaucoup lorsque tous ces documents seront présentés au public. Et ils le seront. »