Le parti conservateur de Theresa May a échoué à reconduire la courte majorité absolue qu’il détenait jusqu’à présent à la chambre des Communes, ouvrant ainsi – de nouveau – une période d’incertitude politique au Royaume-Uni encore sonné, près d’un an après, par le Brexit.

Le mois de juin est décidément sujet aux turpitudes politiques outre-Manche. Presque un an jour pour jour après la déflagration engendrée par la sortie du Royaume-Uni du giron européen, c’est maintenant au tour des élections législatives de faire vaciller le fragile équilibre politique de la Perfide Albion. Theresa May, appelée à la rescousse au lendemain de la consultation historique de juin 2015, n’a pas réussi à « transformer l’essai » et surtout à asseoir sa légitimité lors des élections législatives de ce jeudi, où sa formation, le parti conservateur n’est pas parvenu à reconduire la courte majorité absolue qu’il détenait jusqu’à présent à la Chambre des Communes. Dans le détail, après attribution de 647 et 650 sièges, les Tories (conservateurs) ont remporté 317 sièges alors que 326 sièges sont nécessaires pour disposer d’une majorité absolue. Ils en avaient 330 dans l’assemblée sortante. Le Labour – parti travailliste – a signé de son côté une performance encore inespérée il y a quelques semaines, en récoltant 261 sièges. Suffisant toutefois pour ne pas donner les coudées franches à la majorité de Theresa May dans le cadre de la constitution de son gouvernement.  

Dès lors, les tractations vont bon train et les négociations sont particulièrement âpres du côté de l’état-major du parti conservateur – toujours majoritaire – pour tenter de rallier à sa cause d’autres petites formations politiques dans le cadre d’une coalition. Selon la chaîne de télévision Sky News, Theresa May serait justement en discussion avec le Parti unioniste démocrate (DUP, protestant) d’Irlande du Nord qui a remporté dix sièges. Si ces discussions aboutissent, Theresa May disposerait, arithmétiquement du moins, d’une majorité à sa main. Même si dans ce genre de configuration, l’équilibre de la majorité apparaît résolument fragile voire précaire. Quoi qu’il en soit, la locataire du 10, Downing Street a d’ores et déjà exclu de donner sa démission et fait valoir son droit prioritaire à la formation d’un gouvernement. Elle se rendra d’ailleurs en fin de matinée à Buckingham Palace où elle demandera à la Reine Elisabeth l’onction pour justement entamer les démarches pour constituer un nouveau gouvernement.

Fragilisée face à Bruxelles

Car les manœuvres et autres conciliabules battent également leur plein du côté de l’opposition travailliste qui dispose d’une occasion unique, au regard de l’incertitude engendrée par le scrutin, de se refaire une santé après une traversée du désert. Jeremy Corbyn, chef de file de l’opposition travailliste a fait savoir qu’il était prêt à poser les jalons d’un gouvernement minoritaire, ajoutant également au passage que les négociations sur le Brexit devraient s’enclencher comme initialement escompté. Un « camouflet supplémentaire » pour Theresa May qui espérait sortir de cette élection par le haut et renforcée par la confiance de ses compatriotes afin de se présenter à Bruxelles, le 19 juin prochain date du début des négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, auréolée de la légitimité d’un succès électoral incontestable. Pari perdu.

Dans ces circonstances, la leader conservatrice a tenté de faire bonne figure, dès la proclamation des premières estimations, prônant le rassemblement et rappelant au passage que la victoire – même amère – était quand même dans son camp. « Si le Parti conservateur a remporté le plus de sièges et probablement le plus grand nombre de voix, il nous incombera de faire en sorte que nous ayons cette période de stabilité et c’est ce que nous ferons ». Et de poursuivre : « En ce moment, plus que toute autre chose, ce pays a besoin d’une période de stabilité », rappelant au passage que la priorité était d’obtenir « un bon accord pour le Brexit ». Une mesure et une prudence aux antipodes des velléités de changement et de la « fougue », pour ne pas dire de « l’emballement », de Jeremy Corbyn.

La Livre Sterling en chute

C’est peu dire que le fer de lance du Labour aimerait profiter de l’instabilité régnante pour jouer sa propre partition et tenter de « renverser » le gouvernement de Theresa May. « La politique a changé et il n’y aura pas de retour en arrière », a commenté le dirigeant travailliste. « Les gens en ont assez des politiques d’austérité et des coupes dans les services publics », a-t-il ainsi martelé, estimant au passage que le temps de Theresa May était « terminé ». Car le Labour mène aussi des négociations acharnées avec de potentiels alliés, au premier rang desquels le Parti national écossais (SNP) qui, s’il a subi une cuisante défaire lors de ces élections, conserve néanmoins la majorité des sièges écossais, en l’occurrence 35 strapontins.

Dans ce contexte, les marchés financiers scrutent attentivement la situation. Si les marchés actions n’ont, semble-t-il, pas été ému outre-mesure par les résultats du scrutin, la bourse de Londres ouvrant même en hausse, en revanche les cambistes n’ont pu que « constater les dégâts », la livre sterling est ainsi retombée sous le seuil de 1,27 dollar, soit un plus bas depuis le 18 avril, date à laquelle Theresa May avait annoncé la tenue d’élections législatives à l’issue desquelles elle espérait obtenir une majorité renforcée à la Chambre des Communes et ainsi arriver en terrain conquis à Bruxelles. On connaît désormais la suite de l’histoire…