Alors que l’épilogue de l’élection présidentielle américaine touche à sa fin, il ne fait plus guère de doute que le mandat de Donald Trump affectera durablement la société américaine. Mais qu’en est-il de l’héritage économique des années Trump ?

Alors qu’au cours de son mandat Donald Trump n’a cessé de mettre en avant la santé de l’économie américaine (chômage, croissance, cours boursiers), et que durant sa campagne il a vanté son bilan économique et a estimé avoir relevé l’économie américaine, qu’en est-il vraiment ?


A la lumière de l’évolution des principaux indicateurs économiques, cet article vise à mettre en évidence, de façon simple et objective, les performances des Etats-Unis sous l’administration Trump, notamment au regard des résultats des administrations précédentes.

 

2020, année zéro

Commençons par donner quelques ordres de grandeurs de la crise qui frappe les Etats-Unis, qui dans le sillage de la crise sanitaire et à l’instar de la majorité des économies avancées touchées par la Covid, s’est traduite par l’effondrement de l’économie.

Le Produit Intérieur Brut (PIB) a chuté de 31 % au deuxième trimestre 2020 et la dernière prévision de croissance du FMI pour 2020 est désormais de -4,3 % – bien en deçà de la récession de 2009 quand l’économie avait reculé de 2,6 %. Le taux de chômage, qui avait atteint en début d’année un plus bas historique, a explosé, atteignant près de 15 % au mois d’avril 2020. Le déficit public devrait dépasser 18 % du PIB en 2020. Mécaniquement, la dette publique devrait exploser de plus de 20 points de PIB, pour dépasser 130 % du PIB en fin d’année.

 

Croissance économique et chômage : des tendances inchangées sous la Présidence Trump

A la veille de la crise de la Covid, et après trois années de présidence Trump, l’économie américaine atteint fin 2019 la plus longue expansion de son histoire. Toutefois, on n’observe pas d’accélération sous la présidence Trump mais une stabilité du taux de croissance moyen, à 2,3 % entre 2016 et 2019, identique aux quatre années précédentes (2,4 % entre 2012 at 2015). Dès lors, difficile de voir une rupture, ni dans un sens ni dans l’autre.

De la même manière, l’évolution du taux de chômage au cours du mandat Trump a suivi de manière étonnement linéaire la tendance existante et ne permet pas d’observer de rupture avec les années précédentes. Après avoir bondi en 2009 et 2010, le taux de chômage a ainsi graduellement et continuellement reculé, sans que le mandat de Trump ne se traduise, à la hausse ou a la baisse, par une altération de la tendance.

 

Déficit public et dette publique : les déséquilibres budgétaires se sont accentués

Les principaux agrégats budgétaires se sont largement détériorés au cours des quatre dernières années. Le déficit public s’est ainsi creusé, passant de 4,4 % du PIB en 2016 à 6,3 % en 2019. Plus révélateur encore, le déficit public structurel (c’est-à-dire corrigé des effets du cycle économique, qui est traditionnellement un meilleur indicateur pour évaluer le caractère expansionniste ou restrictif de la politique budgétaire) s’est détérioré de plus de 3 points de PIB (de -3,7 % à -6,8 % du PIB entre 2016 et 2019). A titre de comparaison, c’est à peine moins que le stimulus budgétaire de 2009-2010, au sortir de la crise financière.

Cette trajectoire budgétaire reflète en grande partie les conséquences du Tax Cuts and Jobs Act adopté fin 2017 par l’administration Trump, qui a constitué l’une des plus importantes refontes du code des impôts américain depuis des décennies. Il en a résulté, entre autres, une réduction du taux d’imposition sur les sociétés à 21 % et une baisse des taux marginaux d’impôt sur le revenu pour les ménages les plus aisés.

En conséquence, le poids de la dette publique s’est alourdi, passant de 106,6 % du PIB en 2016 à 108,7 % en 2019. Par ailleurs, le FMI estime que le Tax Cuts and Job Act de 2017 aura un coût budgétaire cumulé sur 2018/2027 de 10 % du PIB.

 

Solde commercial : une guerre commerciale pour rien ?

La remise en cause de Donald Trump du régime commercial américain, traditionnellement très ouvert et responsable selon lui de la désindustrialisation et de destructions d’emploi massives aux Etats-Unis, ainsi que les mesures protectionnistes prises durant son mandat, se sont-elles traduites par une amélioration de la balance courante américaine ?

En effet, l’administration Trump a effectué un virage à 180 degrés, à commencer par son retrait du Partenariat Transpacifique et la renégociation des accords de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain). Elle a par ailleurs imposé la création ou l’augmentation des droits d’importations (aluminium, acier, électroménager notamment), visant la majorité de ses partenaires commerciaux (Chine, Europe, Mexique notamment).

Malgré ces mesures, le solde de la balance courant américaine est resté stable, à un niveau proche de celui de la décennie 2010. De surcroit, cela masque la détérioration du solde commercial non-énergétique, compensé par l’amélioration de la balance commerciale énergétique (avec le développement du gaz et du pétrole de schiste).

 

Des performances en trompe l’œil

Au regard de ces quelques indicateurs économiques, quatre ans de présidence Trump ne semblent donc pas, au premier abord, avoir fondamentalement altéré l’évolution de l’économie américaine. En effet, l’observation des grands agrégats économiques pre-Covid ne permet pas d’identifier de rupture nette – à l’exception notable des indicateurs budgétaires – durant son mandat.

Toutefois, ce constat d’apparente stabilité doit être largement tempéré, pour au moins trois raisons.

  • Premièrement, les performances économiques en termes de croissance et d’emploi doivent être lues au travers du stimulus fiscal massif intervenu durant les années Trump. L’économie américaine aurait donc été « dopée », au moins dans une certaine mesure, durant les années Trump.
  • Deuxièmement, il est trop tôt pour tirer un bilan de ces quatre années ; l’impact des mesures prises par l’administration Trump, notamment fiscales, continuera à se faire ressentir dans les années à venir.
  • Troisièmement, les bonnes performances économiques des dernières années masquent des indicateurs sociaux dégradés, à commencer par le niveau de pauvreté et d’inégalités. Alors que celles-ci augmentent continument depuis plusieurs décennies, les mesures fiscales prises sous Trump vont se traduire par une poursuite de l’aggravation des inégalités. Un constat inquiétant pour la cohésion de la société américaine déjà mise à mal par les quatre années du mandat de Donald Trump,

 

Samuel Delepierre, économiste au sein du think tank BSI Economics

 

 

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