Le fondateur d’En Marche! Emmanuel Macron a, pour sa première participation à l’élection suprême, terminé en tête à l’issue du premier tour de scrutin. Il sera opposé « en finale », le 7 mai prochain, à la candidate frontiste Marine Le Pen. Celle qu’il a toujours désignée comme “son adversaire principale”.

Le coup d’essai s’est mué en coup de maître. Pour sa première participation à l’élection « reine », la « comète » Macron est arrivé à destination et l’ancien ministre de l’Economie a donc réussi le prodige, porté par une formation – En Marche !- ayant moins d’un an d’existence, d’accéder au second tour de l’élection présidentielle. Selon les premières estimations, Emmanuel Macron a donc recueilli, sur son nom, 23,7% des suffrages, devançant la candidate frontiste Marine Le Pen (22%) qu’il retrouvera donc sur sa route le 7 mai prochain. Le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, complète le podium ( 19,5%) au coude à coude avec François Fillon, crédité peu ou prou du même score. Mais ils sont, néanmoins, tous les deux éliminés. La campagne cauchemardesque de Benoît Hamon s’est également reflétée dans les urnes puisque l’ancien ministre recueille un score particulièrement catastrophique de 6,5%. Premier candidat à réagir officiellement, ce dernier a immédiatement appelé à voter pour Emmanuel Macron « même si celui-ci n’appartient pas à la gauche ».

Mais les ténors du parti Les Républicains ont également appelé au rassemblement derrière la candidature d’Emmanuel Macron, le 7 mai prochain. Premier de cordée, François Baroin, cité pendant la campagne comme possible Premier ministre de François Fillon, a évoqué un “séisme” et a annoncé qu’il voterait en faveur de l’ancien ministre de l’Economie. Le président de la région Paca, Christian Estrosi, a également abondé dans ce sens tout comme l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Autre personnalité d’envergure à s’être prononcée en faveur de l’ancien conseiller de François Hollande, son ancien “collègue” du gouvernement – aujourd’hui à la tête de celui-ci -, Bernard Cazeneuve.“La présence d’une candidate d’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle, 15 ans après le choc d’avril 2002, appelle une position claire et forte de tous les républicains”, a-t-il déclaré à l’issue de ce premier tour, resté très longtemps incertain. Et de poursuivre.“C’est la raison pour laquelle je les appelle solennellement à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle pour battre le Front national et faire échec à son projet funeste de régression de la France et de division des Français”, a ajouté le chef du gouvernement.

Le front républicain en ordre de marche

Le “troisième homme” de cette élection, en l’occurrence, François Fillon, s’est également nettement prononcé en faveur d’Emmanuel Macron, même s’il ne le faisait pas de “gaieté de cœur”. Son ancien rival à la primaire, Alain Juppé, a également apporté sa voix à ce concert de ralliement en faveur du fondateur d’En Marche!. D’autres, en revanche, voient déjà plus loin – en l’occurrence les élections législatives – à l’instar de l’ancien ministre du Budget, Eric Woerth, qui estime « qu’une cohabitation », avec le futur « président » Macron est tout à fait possible. Une chose est sûre, il apparaît résolument improbable que cette nouvelle campagne soit portée et menée par le candidat déchu, et décrédibilisé, François Fillon.

Mais avant cette échéance, il y a un second tour à mener même s’il semble, au regard de tous ces ralliements, qu’une victoire de Marine Le Pen ne relève que du mirage. Mais celle-ci croit en son étoile et espère incarner “une alternative” à Emmanuel Macron. “Vous avez le choix de l’alternance, la vraie”, a déclaré la présidente du Front national (FN) à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où elle a attendu les résultats. La députée européenne a, par ailleurs, lancé un appel “à tous les patriotes sincères” afin qu’il se rallient à elle avant le 7 mai. Faute de pouvoir accéder à l’Elysée, la candidate frontiste, dans un paysage politique morcelé, pourrait néanmoins faire office de “première opposante” à Emmanuel Macron. En effet, cette “place” ne peut, ce soir, revenir aux deux représentants des “partis classiques”, en l’occurrence Benoît Hamon et François Fillon, laminés, à des degrés différents, dans les urnes. 

“Le renouveau” Macron

Du côté d’Emmanuel Macron, le pari est gagné comme évoqué en préambule. Chantre du renouvellement et d’une « nouvelle manière de faire de la politique », l’ancien ministre de l’Economie, fort d’une cohorte de militants particulièrement bien disséminés sur l’ensemble du territoire, a réussi à accéder au second tour, tournant ainsi, selon ses propres dires, « une page historique de la vie politique française ». Ancien conseiller de François Hollande, « architecte » de sa politique économique lorsqu’il œuvrait, dans l’ombre, et murmurait à l’oreille du chef de l’Etat, Emmanuel Macron a néanmoins réussi le prodige de « s’affranchir » du bilan du quinquennat. Une donnée – parmi d’autres, comme l’effondrement de François Fillon englué dans les « affaires » – qui n’est sans doute pas étrangère à sa victoire au premier tour.

Si la victoire est à portée de main, aucun candidat « de poids » n’ayant apporté son soutien à Marine Le Pen, la myriade de ralliements à Emmanuel Macron pourrait s’avérer contre-productive dans la mesure où cela pourrait attiser les convoitises et les revendications des uns et des autres, une fois la victoire entérinée. Mais avant de se répartir les postes, « il ne faut pas sous-estimer le danger d’un second tour face à Marine Le Pen », dixit Edouard Philippe, maire LR du Havre bien décidé à mener campagne en faveur d’Emmanuel Macron. Les quinze prochains jours de campagne doivent permettre à Emmanuel Macron de peaufiner et ciseler sa stature présidentielle. Ce soir, toutefois, ceux qui qualifiaient le fondateur d’En Marche! « de bulle médiatique » en sont pour leurs frais. La baudruche est devenue granit.