Le président de la République Emmanuel Macron, en déplacement à Saint-Dié dans les Vosges, a tenu à « dédramatiser la situation » alors que la France s’enfonce dans un mouvement de grogne sociale, première véritable épreuve du quinquennat.

La « positive attitude ». Tel Jean-Pierre Raffarin en 2005 qui recommandait aux Français d’adopter cette posture si chère à la chanteuse Lorie, Emmanuel Macron semble également avoir fait sien cet éloge de la sérénité dans un contexte de grogne sociale. Cheminots, étudiants, avocats, magistrats… tous, à des degrés divers, sont vent debout contre le chef de l’Etat et son gouvernement mais cela ne semble pas émouvoir outre mesure Emmanuel Macron qui, en déplacement à Saint-Dié dans les Vosges, estime que la situation n’est pas alarmante – en dépit d’un dialogue musclé avec les cheminots mercredi -. Armé de son fameux « en même temps », devenu sa marque de fabrique durant la campagne, le président de la République  a estimé « que tout ne va pas si bien, mais tout ne va pas si mal ». Comprenne qui pourra. Mais Emmanuel Macron a néanmoins mis en garde qu’il ne fallait pas « collectivement s’installer dans un esprit de défaite, la nostalgie de ce qui n’a peut-être jamais été. Ce ne sera pas comme hier parce que nous ne sommes pas d’hier, mais ce sera aussi bien que possible ». Fin de citation. Le président de la République, outre ces déclarations allusives, s’est tout de même montré plus précis concernant la ruralité, battant en brèche l’existence de « territoires oubliés de la République », arguant qu’il n’y avait pas « une » mais « des » ruralités « dont toutes ne seraient pas en déclin ».

A l’approche du premier anniversaire de son quinquennat, Emmanuel Macron et son gouvernement restent droits dans leurs bottes. Comment leur donner tort à la lecture du sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, Sud Radio et CNEWS, publié mercredi 18 avril, qui estime que si l’élection présidentielle avait lieu dimanche, Emmanuel Macron recueillerait 36% des suffrages, soit 9 points de plus que son score du premier tour ! Toutefois, cette enquête ne signifie pas non plus que les Français sont pleinement satisfaits de son action mais elle révèle essentiellement que cette progression est imputable à « un glissement à droite », puisque le futur ex-chef de l’Etat récupérerait 35% des suffrages des électeurs fillonistes. Ainsi, dans l’hypothèse d’une candidature de Laurent Wauquiez pour représenter Les Républicains, Emmanuel Macron obtiendrait 36% des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen, 23% tandis que le patron des Républicains ne remporterait que 8% des suffrages exprimés.  En outre à la question : « Au global, un an après l’élection d’Emmanuel Macron comme président de la République, diriez-vous que vous êtes très satisfait, plutôt satisfait, plutôt mécontent ou très mécontent de son action ? » 58% des Français ont répondu « mécontents », dont 24% sont « très mécontents » et 34% « plutôt mécontents ». Enfin, ils sont 42% à se dirent « satisfaits », 38% « plutôt satisfaits » et 4% « très satisfaits ».

Le gouvernement serre la vis

Et dans ce contexte, le gouvernement trace son sillon et resserre les rangs. Ainsi Richard Ferrand, président du groupe majoritaire LaRem à l’Assemblée nationale, a rappelé à l’ordre certains députés qui, selon diverses rumeurs, envisageaient de ne pas voter le projet de loi asile et immigration. « Je ne veux pas proférer ce qui pourrait être regardé comme des menaces alors qu’il ne faut pas retourner la crêpe, ceux qui menacent l’unité, c’est ceux qui ne respectent pas les règles communes. Moi je ne menace personne, je dis simplement que nos règles de vie doivent être respectées », a déclaré l’éphémère ministre d’Emmanuel Macron.  Comme rappelé par Reuters,  dans le sillage d’une poignée de ses collègues du pôle social de la majorité, le député de la Vienne Jean-Michel Clément, opposé depuis sa genèse au projet de loi, a confirmé jeudi sur LCP son refus d’un vote qu’il assimile à une compromission morale. « Mon vote est arrêté, je l’ai dit, je ne changerai pas », a-t-il dit, après un entretien avec le chef du groupe LaRem. Mais la cohésion est également la vertu cardinale du gouvernement avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin dans le rôle de « snipers en chef » qui ont vigoureusement balayé d’un revers de main l’hypothèse d’une  « convergence des luttes ».

 « Il y a des colères, mais je ne vois pas de points communs », a assuré le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, sur BFM TV. « Ne confondons pas totalement la grogne sociale et les Français », a déclaré pour sa part son collègue de l’Action et des Comptes publics sur RTL. « La méthode du gouvernement d’Emmanuel Macron, ça a toujours été le dialogue, mais le dialogue ne veut pas dire la mollesse ». Pourtant la mobilisation ne faiblit pas et la tension semble même monter d’un cran. Ainsi, à Lille des dizaines de cheminots ont investi jeudi matin les abords de la gare de Lille Flandres avant de « s’installer sur les voies ». Juste avant de déclencher des fumigènes, paralysant la totalité du trafic. A Lille, toujours, une poignée de syndicalistes étudiants bloquaient depuis 7H du matin les accès à Sciences Po Lille afin d’empêcher les étudiants d’y pénétrer.  La guerre des nerfs ne fait que commencer.