Suite à la mise en place de quotas dans les conseils d’administration des entreprises en Europe ces dernières années, les pays pointent maintenant leur législation sur les dirigeants exécutifs. L’Allemagne a commencé à le faire en 2020, et c’est maintenant au tour de la France. Dans un vote historique, le Parlement français a voté cette semaine l’introduction de quotas de genre dans les équipes de direction et les filières de leadership des entreprises de plus de 1 000 personnes. Les objectifs fixés sont de 30% minimum de l’un ou l’autre sexe d’ici 2027, 40% d’ici 2030.

 

Voilà à quoi ressemble le leadership. Emmanuel Macron a fait de la parité des sexes l’une des principales priorités de son quinquennat. Et il a nommé un dirigeant expérimenté issu du secteur technologique pour lui donner un élan. Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l’égalité femmes-hommes, a passé des décennies dans le secteur des technologies, travaillant pour DELL, Lenovo et HP, où elle a vu de près les efforts déployés par les entreprises en matière d’équilibre entre les sexes.

« J’ai passé 30 ans dans le secteur privé. Il y a beaucoup de gens qui parlent, parlent, parlent d’un meilleur équilibre entre les sexes. Mais il y a beaucoup plus de paroles que d’actions. » La France peut souvent être considérée comme un pays macho, et il y a encore beaucoup de sexisme à travers le pays, mais le vent tourne et la dernière décennie de poussée politique a fait évoluer les opinions. Les grandes entreprises françaises, connues sous le nom de CAC40, intègrent lentement mais sûrement ce changement.

Le changement a commencé il y a dix ans avec les quotas dans les conseils d’administration – fixés à 40 % minimum de l’un ou l’autre sexe – connus sous le nom de loi Cope Zimmerman. Après avoir fait l’objet de vifs débats, cette loi a provoqué un revirement spectaculaire, puisque les conseils d’administration du CAC40 sont passés de 10 % de femmes en 2009 à 45 % en 2019. Cela place la France en tête des pays européens et au deuxième rang mondial pour l’équilibre entre les sexes dans les conseils d’administration (après l’Islande, qui compte 46 % de femmes et 54 % d’hommes). Les arguments spécieux selon lesquels il n’y avait pas assez de femmes suffisamment qualifiées pour atteindre le quota, ou que la qualité des conseils d’administration souffrirait de femmes sous-qualifiées, ont (pour la plupart) disparu. En 2018, la France est allée plus loin en introduisant des lois sur la parité salariale et la transparence totale des statistiques sur l’équilibre entre les sexes. Cependant, malgré le changement au niveau des conseils d’administration, l’équilibre des dirigeants exécutifs a traîné loin derrière, comme dans la plupart des pays. 

Le projet de loi ne se contente pas de légiférer sur l’équilibre entre les sexes au sommet de la hiérarchie, il vise également à redresser le coup extrêmement régressif que les femmes ont subi pendant la pandémie. « Les femmes étaient partout en première ligne pendant la crise sanitaire », explique Elisabeth Moreno. « Elles dominent les secteurs qui étaient les plus cruciaux : santé, éducation, distribution, services de nettoyage. Mais elles ont aussi été les premières à perdre leur emploi, les moins bien payées et reconnues, celles qui ont dû s’occuper des enfants lorsque les écoles ont fermé, tout en maintenant leur foyer et leur emploi. Une tâche impossible ! Comme l’avait prédit Simone De Beauvoir, il suffit d’une crise économique ou sociale pour que les droits des femmes reculent. Elle avait raison. Et cette loi vise à y remédier. »

La nouvelle loi comprend également des mesures visant à aborder les problèmes des femmes de manière plus générale. Elle s’attaque subtilement à la question de savoir où et à qui sont versés les paiements sociaux, afin de s’assurer qu’ils atterrissent sur les comptes bancaires des femmes plutôt que sur ceux de leurs maris. Il donne la priorité à l’accès des parents isolés aux crèches et met l’accent sur le soutien aux femmes dans l’entreprenariat, dont le taux est actuellement faible (30 %). Cela reflète l’intégration progressive des questions relatives aux femmes dans l’agenda politique, ce qui est également évident aux États-Unis, où les propositions de Joe Biden intègrent de nombreuses idées d’Elisabeth Warren sur les soins. Le vote unanime du Parlement français montre que ce recadrage est de plus en plus largement accepté.

La proposition doit maintenant passer au Sénat et être adoptée avant la fin du mandat présidentiel d’Emmanuel Macron. « Mon rêve est la parité partout », confie Elisabeth Moreno. « C’est comme la révolution numérique, qui est devenue totalement transversale. De la santé à la cyber-sécurité en passant par l’économie et l’intelligence artificielle, le numérique est partout. Il en va de même pour les femmes. Sinon, ces systèmes restent biaisés et déséquilibrés. »

La complexité de l’équilibre entre les sexes tient au fait qu’il affecte les pays, les entreprises et les couples dans un jeu interdépendant de causes et d’effets. Pour mettre en œuvre l’équilibre de manière durable, il faut une combinaison de pression publique et d’adaptation du secteur privé. La plupart des pays anglo-saxons ont préféré laisser ces initiatives au secteur privé. Le Royaume-Uni a autorisé les conseils d’administration à fixer des objectifs volontaires, mais a plus récemment voté une législation sur l’écart de rémunération et le congé parental partagé. Aux États-Unis, même les conseils d’administration les plus importants n’atteignent pas les 30 % de femmes. Le gouvernement Biden s’attaque à ce problème avec son nouveau Conseil pour l’égalité des sexes. Il rend compte directement au président et implique presque tous les ministres. Mais il reste à voir si une pente aussi raide peut être gravie sans quotas.

La France est un exemple de ce à quoi peut aspirer une politique publique proactive, et son secteur privé s’adapte. D’autres pays s’inspireront-ils de son approche ? Qui sera le prochain ?

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Avivah Wittenberg-Cox

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