Qualifiés pour le second tour, les deux prétendants à la victoire finale ont une vision de l’économie aux antipodes. Tour d’horizon.

Une véritable opposition de style. Deux visages, deux visions et deux projets pour la France qui s’affronteront le 7 mai prochain. C’est peu dire qu’entre Emmanuel Macron, ancien conseiller de François Hollande et ex-ministre de l’Economie, et Marine Le Pen, députée européenne n’ayant jamais imprimé la politique économique d’un gouvernement, il y a un fossé, un monde, une galaxie, en ce qui concerne les remèdes à prodiguer à la France pour que celle-ci retrouve de sa superbe. Ereintées par les experts et autres analystes – une vingtaine de prix Nobel ayant pris la plume pour dénoncer la dangerosité du programme de Marine Le Pen -, les propositions économiques de Marine Le Pen suscitent davantage la polémique que l’adhésion. De son côté, Emmanuel Macron, après un « teasing » qui a fini par lasser, a dévoilé son projet économique pour la France début mars. Revue de détails des « forces en présence ».

Budget : rigueur vs « flou artistique »

Pour Emmanuel Macron, l’objectif « prioritaire » est de parvenir à réaliser 60 milliards d’euros (soit 3 points de PIB) d’économies sur l’ensemble du quinquennat. Dans la ligne de mire du fondateur d’En Marche!, les dépenses de l’Etat que l’aspirant à l’Elysée compte réduire de 25 milliards d’euros grâce à « un mode de gouvernance totalement nouveau » et de « souplesses » dans la fonction publique (120 000 postes devraient être sacrifiés sur « l’autel » de ladite souplesse, 50 000 dans la fonction publique d’Etat et 70 000 dans la fonction publique territoriale) . Les collectivités territoriales seront, comme de coutume, chaque candidat tentant avec plus ou moins d’habileté de s’attaquer à leurs dépenses, également appelées à réduire la voilure à hauteur de 10 milliards d’euros.

Marine Le Pen, de son côté, avance à pas feutrés concernant la réduction des déficits et entretient le flou sur cette question. Ainsi, la candidate frontiste n’a pas pour ligne directrice de réduire la dette mais souhaite, davantage, « renationaliser la dette française détenue aujourd’hui aux deux tiers par des étrangers ». « La dette française a été placée à plus de 65% hors de France, une sujétion aux ordres des fonds d’investissement internationaux que rien ne justifie » a dénoncé la patronne du Front national. Et de proposer « sa » solution. « S’il le faut, en cas de crise grave, l’Etat pourra devenir, même transitoirement, propriétaire d’un établissement bancaire », a-t-elle développé.

Entreprise : Allègement de charges vs protectionnisme

Ayant eu l’occasion à maintes reprises de défendre cette position, le fondateur d’En Marche! veut réformer en profondeur le CICE, qu’il transformerait ainsi en allégements de charges pour les entreprises, et veut l’étendre aux « petites entreprises, indépendants et entreprises de l’économie sociale et solidaire ». L’ancien ministre a également rappelé qu’il souhaitait « supprimer la totalité des charges au niveau du Smic », mesure qui avait été prévue dans le cadre du Pacte de responsabilité en 2014. « Les employeurs éco­nomiseront près de 1 800 euros par an et par salarié au SMIC, 2 200 euros par an pour un salarié payé 3 000 euros bruts par mois », souligne Emmanuel Macron.

L’une des antiennes du Front national, à savoir « la préférence nationale » et le « patriotisme économique », est particulièrement prégnante sur cette question. Tout d’abord, la candidate frontiste « détournerait » le CICE vers les PME et les start-up, en le faisant également « muter » vers des allègements de charges. Concernant le volet plus protectionniste de son programme, Marine Le Pen préconise la mise en place d’une contribution sociale sur les importations de 3% et de taxer « jusqu’à 35% » les produits des entreprises ayant délocalisé leurs usines.

Fiscalité des particuliers : taxe d’habitation vs baisse d’impôts

En matière de fiscalité, Emmanuel Macron vise une baisse nette des prélèvements obligatoires de 20 milliards d’euros en cinq ans, répartie « équitablement entre ménages et entreprises ». Tout aussi fermement, l’ancien ministre a exclu toute hausse – et toute baisse – de la TVA. L’ancien ministre évoque plutôt une hausse de la prime d’activité de 50%, la suppression des cotisations salariales maladie et d’assurance-chômage. Enfin, Emmanuel Macron a promis de s’attaquer « à un impôt particulièrement injuste » à savoir la taxe d’habitation, payée par 80% des foyers fiscaux et d’en exonérer 80% des « ménages modestes et de classe moyenne ».

Considéré – solennellement – comme le lien entre « les citoyens et la nation », l’essence même de l’impôt sur le revenu serait sérieusement entamée par la volonté de Marine Le Pen de baisser de 10% les trois premières tranches, ce qui aurait pour effet d’accroître le nombre d’individus non-imposables et mettre un sérieux coup de canif à la sacro-sainte solidarité de la nation, pourtant portée aux nues par la candidate frontiste. L’impôt sur le revenu dériverait alors dangereusement vers un « impôt de classe ». En outre, Marine Le Pen propose de rétablir le plafond du quotient familial.

Europe : le grand écart

Sur cette question, peut-être plus que sur d’autres, le fossé est béant entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le premier est, sans doute, le seul candidat à avoir mené une campagne ouvertement pro-européenne. Ainsi, l’ancien ministre appelle de ses vœux la création d’un budget de la zone euro. En outre, un ministre des finances de la zone euro serait également désigné et il aurait la responsabilité, sous l’égide d’un parlement de la zone euro, du budget de ladite zone. En outre, Emmanuel Macron souhaite également plancher sur « l’avenir de l’Union » en mettant en place des conventions thématiques dès la fin de l’année 2017.

Inutile de dire que l’aversion de Marine Le Pen pour l’Europe et tout ce qu’elle représente est l’une des lignes directrices de son programme, toutes thématiques confondues. La présidente frontiste, longtemps partisane d’une sortie pure et simple de la monnaie unique, semble avoir quelque peu nuancé sa position. En effet, au sein des 144 engagements de son projet présidentiel, la « fin de l’euro » n’est plus aussi clairement affirmée, la candidate à l’élection présidentielle évoquant davantage « un retour à la souveraineté monétaire et la création d’une monnaie nationale », laissant planer le spectre d’une cohabitation entre deux monnaies, l’une dévolue aux Français et l’autre uniquement échangée entre l’Etat et les grandes entreprises.

Retraites : 60 ans pour Le Pen, régime unique pour Macron

L’ancien locataire de Bercy table « son système de retraite » sur le principe de l’égalité et de l’équité, à savoir un seul et même régime de retraite pour tous, sans pour autant modifier l’âge de départ à la retraite. « Je ne modifierai pas, durant le quinquennat, l’âge de départ à la retraite et je ne baisserai pas le niveau des pensions. En revanche, je veux engager dès le début, avec les partenaires sociaux, les négociations sur la création d’un vrai système universel de retraite. 1 € versé pour cotisation ouvrira droit aux mêmes droits, quels que soient votre secteur, votre catégorie ou votre statut. Pour celles et ceux qui sont à au moins cinq ans de la retraite, rien ne changera », soulignait-il le mois dernier dans les colonnes du Parisien. Un seul régime donc en lieu et place des 37 existants.

Marine Le Pen, pour sa part, veut revenir à « la retraite à 60 ans » couplé à 40 annuités, sempiternel combat… de l’extrême gauche. « Je dis aux Français de la manière la plus claire qui soit : pour l’instant, on laisse l’âge légal de la retraite à 60 ans. On va faire les économies nécessaires et croyez-moi, il y en a énormément : immigration, fraude, argent versé inconsidérément à l’Union européenne… ». Actuellement, l’âge légal de départ à la retraite est de 62 ans pour toutes les personnes nées à partir de 1955, hormis les carrières longues.