Le secrétaire d’État adjoint des États-Unis pour les affaires africaines, Tibor P. Nagy, entame une série de voyages dans différents pays du continent.
Il ira à la rencontre des responsables de plusieurs pays ainsi que de la société civile en Ouganda, au Rwanda, en RDC (République Démocratique du Congo), et au Cameroun. Trois semaines après le voyage de Peter Phan, l’envoyé spécial américain pour la région des Grands Lacs, cette tournée marque l’intérêt marqué par les États-Unis pour l’Afrique.

Cet intérêt se note aussi dans la visite d’une délégation du congrès en Érythrée, suite à celle effectuée par M. Nagy l’année dernière. Si les questions politiques, diplomatiques et sécuritaires seront à l’ordre du jour, chacun comprend que ce regain d’intérêt est surtout motivé par la croissance économique de l’Afrique. Car là où les Etats-Unis ne sont pas, la Chine et la Russie gagnent du terrain. A l’heure actuelle, Beijing est déjà bien en avance sur ses concurrents. Constructions de grands projets, de routes trans-nationales, et d’autres projets plus technologiques, la Chine fait chaque année grimper la dette des pays africains, tout en annulant régulièrement les intérêts – et en prenant le contrôle des grandes infrastructures.

La Russie est, elle aussi, intéressée par le continent mère. Il ne s’agit pas là que d’une avancée diplomatique, mais aussi financière. Le pays de Vladimir Poutine, qui fait face à de nombreuses difficultés économiques, cherche à retrouver de la grandeur en Afrique centrale. Et ses nouveaux amis savent pertinemment que M. Poutine ne « lâche jamais un ami » , comme c’est le cas de l’Iran ou de la Syrie.

Dans des démocraties où les chefs ont parfois peur pour leur position, le soutien ferme de M. Poutine est, à lui seul, un argument valable pour justifier un bon partenariat économique. Alors que l’administration Trump semblait se tourner vers une forme d’isolationnisme, derrière le slogan de campagne du candidat républicain, “Make America Great Again”, les affaires mondiales ne restent en réalité jamais loin des préoccupations américaines, en particulier lorsqu’il s’agit des questions économiques.

Si l’Afrique semblait se transformer peu à peu en pré carré de la Chine, de laquelle les anciennes puissances coloniales semblaient voir leur influence se réduire irrémédiablement, le renforcement des liens avec des pays dont les taux de croissance atteignent des chiffres records et faisant du continent africain un nouvel eldorado, oblige toutes les nations à y porter le regard. Un mouvement combinant diplomatie et intérêt stratégique et économique a donc été mis en place par l’administration Trump, afin de contrecarrer la présence des deux autres puissances.

Ce plan passe donc pas la visite de Tibor Nagy en Ouganda, au Rwanda, en République Démocratique du Congo, et au Cameroun, chacun de ces pays étant d’une importance fondamentale pour les USA., en particulier dans l’acquisition de matières premières. La République Démocratique du Congo est une étape essentielle d’un point de vue strictement politique, M. Nagy a indiqué sa préoccupation autour du récent processus électoral, en soulignant l’existence de “problèmes majeurs”, et justifiant ainsi la prochaine annonce de sanction contre certains responsables congolais.

Néanmoins, les autorités américaines, soucieuses de conserver malgré tout des relations cordiales, ont précisé que ce processus restait “positif”. Il faut savoir que ce pays est riche en terres rares, contenant des matériaux devenus indispensables dans l’électronique, et permettant de moins dépendre de la Chine qui en produit déjà une grande partie.

La région des Grands Lacs entre tension et apaisement. La prochaine présence du secrétaire d’État adjoint en Ouganda et au Rwanda explique sans doute la volonté de ces deux pays d’apaiser les tensions à leur frontière. Ainsi l’Ouganda a affirmé que le Rwanda avait ouvert à nouveau la circulation à sa frontière, alors même que des Rwandais sont détenus en Ouganda, ceci suscitant des reproches de la part de Kigali. Du côté ougandais, la volonté d’apaisement est aussi présente, et le ministère des affaires étrangères évoquent un simple “malentendu”.

Le Cameroun, entre potentiel économique et incompréhensions politiques La situation camerounaise pourrait s’assimiler à celle de la RDC, et pourtant des différences élémentaires subsistent. La stabilité politique du pays fait exception dans la région, et rassure donc les investisseurs américains, et les compagnies pétrolières en particulier, d’autant plus que les infrastructures portuaires permettant l’acheminement des matières premières sont en train d’être finalisé. Pourtant, les entreprises américaines et les autorités camerounaises ont trouvé avec l’ambassadeur américain au Cameroun, Peter Henry Barlerin, un ennemi à la bonne entente entre les deux pays.  En effet, ce dernier semble déterminé à agir moins comme un diplomate, représentant les intérêts américains, que comme un opposant politique interne au Président Paul Biya.

Les accusations mensongères de l’ambassadeur – comme dans le cas d’un meurtre d’un pasteur américain par des séparatistes anti-gouvernementaux alors que l’ambassadeur pointait du doigt le gouvernement – en est l’un des exemples, et son soutien affiché aux opposants révolutionnaires ainsi qu’aux séparatistes anglophones, choc ; y compris dans la population des régions Sud-Ouest et Nord-Ouest qui subit les crimes des milices sécessionnistes.

Chacun espère que la visite de Tibor Nagy permettra de recadrer M. Barlerin et lui rappeler quelles sont ses fonctions en tant qu’ambassadeur. En tout cas, les compagnies pétrolières qui opèrent au large des cotes camerounaises, sous protection de la seule flotte maritime digne de ce nom en Afrique, ont tout intérêt à ce que l’administration américaine écoute un peu plus le Cameroun et un peu moins l’ambassadeur en place.

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