PRESIDENTIELLE 2022 // Fervent opposant aux privatisations, le candidat de la France Insoumise persiste et signe pour la prochaine élection présidentielle. Déjà présente dans le programme de l’Avenir en commun de 2017, mis à jour en 2020, la mesure s’appliquerait à différents secteurs comme les aéroports, la Française des jeux mais aussi les autoroutes. Au-delà des considérations partisanes, ces promesses politiques sont-elles réalistes ? Quelles seraient les conséquences de ces nationalisations ? Décryptage avec Eric-Olivier Lewin, spécialiste des marchés financiers et rédacteur en chef des publications Agora.


 

Marie-Caroline Selmer : Dans quel(s) cas de figure la nationalisation d’une société s’impose ?

Eric-Olivier Lewin : J’en vois trois principaux. Le premier pour sauver des entreprises rentables confrontées à des crises de liquidité, comme ce fut le cas pour General Motors nationalisée par le Président Obama en 2009 pendant 18 mois avant d’être revendue par la suite. La nationalisation est utile lorsqu’il s’agit de protéger des fleurons menacés par des intérêts étrangers, notamment dans des domaines qui touchent à la souveraineté d’un pays.  Enfin, cette mesure économique peut également servir à impulser une nouvelle stratégie industrielle, si l’État considère par exemple que le management en place n’est pas compétent…

 

Dans le secteur aérien, la mesure consisterait à mettre fin aux privatisations des aéroports de Toulouse, Nice et Lyon, respectivement actées en 2015 et 2016. Une décision qui soulève des questions à la fois juridiques et économiques. Concrètement, quelle serait la marche à suivre ?

Eric-Olivier Lewin : Comme vous le soulignez, ce « retour en arrière » impliquerait une remise en cause contractuelle des accords de cession passés entre l’État français et les différents consortiums que sont Symbiose pour l’aéroport de Toulouse-Blagnac, et ceux menés respectivement par Vinci et le groupe italien Altantia pour les aéroports de Lyon et Nice-Côte d’Azur. L’État français s’engagerait alors dans un processus de rachat à la hausse des titres avec versement de pénalités aux intéressés. Un processus long et coûteux dont il sortirait inévitablement perdant.

 

La Française des Jeux serait aussi concernée par le plan de renationalisation du candidat, alors que la vente des parts du capital (52%) de la FDJ détenues par l’État français avait rapporté la coquette somme de 2 milliards d’euros aux comptes publics…

Eric-Olivier Lewin : Pourquoi renationaliser la Française des Jeux alors que le parcours boursier est étincelant, avec un doublement du cours en deux ans ? D’autant que le rachat des 79% du capital non détenus par l’État couterait la bagatelle de 5,5 milliards d’euros hors prime (c’est-à-dire aux cours actuels), sans compter que l’État devrait au moins offrir une prime de 10% soit un débours de 6 milliards d’euros…Cette décision n’a aucun sens.

 

Au-delà des conséquences économiques lourdes pour les finances du pays, vous évoquez également l’impact négatif d’une vague de nationalisation vis-à-vis de l’attractivité de la France. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Eric-Olivier Lewin : Les marchés financiers n’aiment rien de plus que la stabilité, et là, ça serait tout le contraire. Une vague de nationalisation telle que proposée par Jean-Luc Mélenchon donnerait aux investisseurs un signal très négatif, qui risquerait d’être accompagné par une sortie de capitaux. Si un candidat voulait réduire à néant tout le travail mené par le gouvernement pour placer la France en tête des pays les plus attractifs grâce à un langage présidentiel pro business, il ne s’y prendrait pas autrement. Au-delà de la question des finances publiques qui seraient sérieusement mises à mal, c’est bien l’attractivité de la France et de la French Tech qui seraient lourdement impactée. Ou comment faire d’une pierre deux mauvais coups !

 

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