La question de la sortie de la monnaie unique qui cristallise les débats au Front National, et que beaucoup considèrent comme « néfaste » – électoralement parlant – pour Marine Le Pen, pourrait être tranchée lors d’un séminaire du parti à la fin du mois de juillet. Mais certains cadres, au premier rang desquels Florian Philippot, refusent d’en entendre parler.

La guerre (des nerfs et des idées) couve au Front National entre les tenants d’une ligne strictement souverainiste impliquant, de facto, l’abandon de la monnaie unique comme marqueur fort du programme économique du parti et d’autres qui plaident pour une « union des droites » et la mise à l’écart de la question monétaire. En effet, ces derniers pensent que la question de la sortie de l’euro sans la moindre nuance a coûté des points à Marine Le Pen dans sa conquête de l’Elysée, arguant que cette thématique – au regard de la manière dont elle a été introduite et défendue dans le débat public – faisait davantage office d’épouvantail à électeurs. Ce que conteste fortement Florian Philippot, dans le Figaro qui consacre sa une du jour à cette question.

« La sortie de l’euro ne sera pas abandonnée », a martelé le vice-président du Front national… concédant néanmoins que cette problématique mériterait peut-être davantage de pédagogie. « On peut réfléchir, bien entendu, à la manière d’être mieux compris sur le sujet », a souligné Florian Philippot. La présidente frontiste n’a pas pris les mêmes précautions oratoires pour tirer à boulets rouges sur les informations de nos confrères. « Ce séminaire (ndlr : prévu fin juillet et première étape de la « refondation ») va permettre de rédiger une grande consultation des adhérents du Front National. Donc avant que les adhérents du Front National aient pris position, je ne vois pas comment Le Figaro peut avoir l’outrecuidance de penser connaître la pensée profonde des adhérents ou des électeurs du Front National ».

Philippot de plus en plus isolé ?

Pourtant force est de constater que cette question suscite bien des remous en interne et que depuis quelques mois, le jusqu’au-boutisme de Florian Philippot sur la question de l’euro a tendance à agacer. Durant l’entre-deux tours des élections législatives, Nicolas Bay, autre cadre frontiste, exhortait sa formation à s’interroger sur son organisation. « Les prochains mois pourront être consacrés à élaborer une stratégie pour être plus rassembleurs, à s’interroger sur notre programme et sur notre organisation », souligne celui qui fut également directeur de la campagne des législatives. Et de lâcher une pique à l’encontre de son rival. « L’euro fait effectivement partie des sujets très dissuasifs pour une partie de notre électorat », diagnostiquait alors Nicolas Bay qui plaide donc, comme d’autres au FN, pour une « évacuation » de la question de la monnaie unique du programme économique du Front national. Ce qui semble se dessiner malgré les démentis d’usage de Marine Le Pen.

Les temps sont durs pour Florian Philippot qui a longtemps joui d’une position privilégiée aux côtés de Marine Le Pen au point d’avoir l’oreille de la présidente sur ce thème. Mais ce matin, c’est le conseiller économique personnel de Marine Le Pen, Bernard Monot, l’une des éminences grises du Front National et architecte de son programme économique à la présidentielle, qui plaide pour la mise à l’écart de la question monétaire au nom du pragmatisme. « Deux Français sur trois n’ont pas validé nos solutions, ni en 2012, ni en 2017. C’est une impasse politique. Même si nous avions raison économiquement, nous devons mettre ce projet dans un carton et proposer autre chose ». L’ancien député UMP passé depuis au FN, Jérôme Rivière, ne dit pas autre chose… avec, là aussi, moins de précaution oratoire. « Cette question a été un terrible boulet durant la campagne », glisse-t-il également dans les colonnes du quotidien.  

« L’exemple » Mélenchon

Mais Florian Philippot ne désarme pas et maintient ses positions sur la question du maintien de la sortie de l’euro dans le programme frontiste au point d’en appeler à… Jean-Luc Mélenchon, fer de lance de la France Insoumise. « Pourquoi Mélenchon au moment où il a durci son discours sur l’euro nous a pris 3 à 4 points durant la présidentielle ? ». Des considérations arithmétiques un peu légères et qui peuvent attester d’une certaine forme de fébrilité du numéro 2 du FN, qui, au regard des sanctions infligées à l’une de ses fidèles, Sophie Montel, ne semble plus aussi intouchable qu’auparavant. D’autant que le lancement de son association « Les Patriotes » durant la période de « battement » présidentielle-législatives a donné du grain à moudre à ses détracteurs, ces derniers fustigeant des ambitions personnelles au détriment du collectif. « J’ai été le premier à regretter que certains aient fait entendre des voix discordantes au sein du parti au lieu de se concentrer sur la campagne », avait alors déclaré Nicolas Bay.

Marine Le Pen, au sortir des élections législatives, et en dépit des huit députés FN propulsés au Palais Bourbon, a estimé qu’il était temps de tout rénover « du sol au plafond » y compris de changer le nom du parti. Ce « grand ménage » pourrait-il sonner le glas de l’aventure de Florian Philippot au Front National ? Le principal intéressé assure le contraire. Il sera toujours au Front National à la rentrée « sans aucun doute ». Même mis en minorité ? Le séminaire de la fin juillet devrait apporter des éléments de réponse.