Le dernier sondage OpinionWay publié le 15 novembre dernier place la maire de Paris sortante, Anne Hidalgo, toujours en tête, talonnée par Benjamin Griveaux, crédités respectivement de 19% et 18% des intentions de vote. Le résultat final du scrutin de mars 2020 à Paris s’annonce très indécis.

La guerre intestine que se livrent les deux anciens candidats à l’investiture LREM, Benjamin Griveaux, qui l’a obtenue, et Cédric Villani, qui fait de la résistance, ne doit pas faire oublier les enjeux de l’élection.

Car si tous les regards seront dirigés vers Paris aux prochaines municipales, c’est qu’elle est beaucoup plus qu’une ville. Le troisième président des Etats-Unis (1801-1809) Thomas Jefferson avait déjà coutume de dire : « chaque homme a deux patries : la sienne et la France ».

C’est un peu la même chose avec notre capitale : ville des Lumières, cosmopolite par excellence et portant des valeurs universelles de progrès, de culture ou encore d’égalité, Paris est la métropole qu’auront habitée, et qui aura su faire rêver, les plus grandes figures de notre temps, de Picasso au regretté Karl Lagerfeld ou même plus récemment encore le chanteur américain Lenny Kravitz.

Ce qui fascine avec Paris, ce ne sont pas seulement ses boulevards majestueux et son architecture urbaine remise à neuf par Haussmann sous Napoléon III, c’est l’état d’esprit de cette ville. Une ville qui a connu des épreuves – des invasions vikings du IXème siècle de notre ère jusqu’à l’occupation nazie en 1940 – et a plié plusieurs fois, mais sans jamais rompre. Une résilience tout entière résumée par sa devise « Fluctuat nec mergitur » (il flotte mais ne coule pas), inscrite sur son blason officiel, représentant un bateau à voiles battu par les flots, mais qui ne sombre pas…

Or, les regards sur la première ville de France sont parfois trompeurs. La réduire à un gigantesque musée à ciel ouvert serait ainsi commettre une erreur de perspective. Les 10,2 millions de visiteurs du Louvre en 2018 ne sont ainsi sûrement pas seulement venus admirer les trésors qu’il abrite. Ils sont aussi venus rendre hommage à une métropole qui a su faire une place considérable aux affaires.

On ne le sait pas assez, mais 340 000 entreprises ont actuellement leur siège social sur le territoire parisien. Pour attirer les sociétés, Paris compte aujourd’hui sur plusieurs atouts aux yeux de leurs dirigeants : sa place en Europe, le vivier de talents qui s’y trouvent, son rayonnement touristique, mais aussi la capacité d’innovation et de recherche que la ville peut mobiliser.

Encore dopée par la sortie imminente du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’attractivité de Paris ne fait guère de doute. Cette année encore, la capitale française figure parmi les métropoles du continent jugées parmi les plus accueillantes par les dirigeants internationaux.

Pour autant, une bonne part du potentiel de Paris reste encore largement sous-exploité. Certes, Paris accueille de plus en plus d’investissements étrangers, mais reste distancée par Londres et Berlin.

Surtout, Paris entretient avec ses entrepreneurs un rapport ambivalent, tout particulièrement dans l’industrie. Seules 13 650 entreprises industrielles sont domiciliées à Paris, dont l’économie est aujourd’hui encore principalement tirée par le transport et les services (217 125 entreprises) et, dans une moindre mesure seulement, la construction (21 202 sociétés).

Paris et l’industrie continuent de se regarder avec méfiance : Paris voit l’industrie comme une source potentielle de perturbation environnementale. Les industriels considèrent Paris comme un lieu obligé pour les rencontres d’affaires, mais pas assez comme une place dans laquelle on « fabrique », alors qu’à l’heure de « l’usine 4.0 », une industrie propre est possible au cœur même de Paris.

Malgré sa dynamique, l’économie parisienne reste aussi très compartimentée, segmentée, déséquilibrée, ce qui amoindrit la cohésion sociale parisienne. Les quartiers périphériques continuent d’être mal reliés aux réseaux de transport internes. Et le retard d’investissement dans les infrastructures est à l’origine de dessertes insuffisantes entre le centre de Paris et les aéroports, et de difficultés d’accès au plateau de Saclay, dans lequel se concentre l’économie du futur.

Paris n’est pas suffisamment connectée, inclusive, durable pour stimuler l’emploi parisien, alors que le taux de chômage a continué d’y progresser au cours des dernières années, avec une décrue récente, qui n’empêche pas que 128 400 actifs restaient encore privés d’emploi au 3ème trimestre 2019.

La municipalité parisienne élue en 2020 bénéficiera d’une opportunité inédite d’engager une nouvelle dynamique : les Jeux Olympiques de 2024. On estime que les retombées économiques associées à cet événement sportif majeur pourraient être de l’ordre de 10,7 milliards d’euros et être à l’origine de la création de 247 000 emplois. Des bénéfices potentiels pour le tourisme, la construction, les PME et les start-up, qu’il faudra « sécuriser », car la concurrence internationale pour les marchés sera vive.

Ces données et ce nouvel environnement plaident pour que le nouveau locataire de l’Hôtel de Ville au printemps prochain se donne trois objectifs prioritaires sur le plan économique pour son mandat.

D’abord, ré-ouvrir Paris à l’industrie. Une industrie connectée. Une industrie ouverte et inclusive. Une industrie propre. Paris compte aujourd’hui 1 820 000 emplois pour environ 2 206 000 habitants. Les emplois dans l’industrie (2,7% des actifs seulement) et la construction (4,1%), toujours en recul, devront augmenter de nouveau, dans un Paris ouvert aux entreprises de toute taille et de tout secteur d’activité.

Une autre ambition importante doit consister à rééquilibrer le développement économique parisien. Le développement économique parisien demain doit être mieux réparti entre son centre et sa périphérie. La formation, les transports, la connectivité doivent contribuer, par plus d’accessibilité et de compétences disponibles, à l’atteinte de cet objectif majeur pour gagner en cohésion sociale.

Enfin, je suis convaincu qu’il nous faut d’ores et déjà projeter la métropole parisienne dans un grand Paris hyperconnecté et inclusif. Le développement supplémentaire de l’attractivité parisienne passe par la sophistication des liaisons avec les territoires d’excellence dans son environnement proche (comme Paris-Saclay).

Les Jeux Olympiques de 2024 pourront servir de point d’appui et de catalyseur à la dynamique économique et sociale ainsi visée, avec des retentissements dans tout le pays.

L’entreprise de demain n’est plus seulement sommée de dégager des profits et de créer des emplois, même si cela reste un objectif important. Elle doit se tourner vers son territoire, sa ville et ses habitants pour participer avec eux à un aménagement urbain et humain, afin de créer les conditions d’un renouvellement du contrat social entre les élus et la population parisienne.

Paris est bien sûr une ambition politique pour les candidats qui se bousculent pour présider aux destins de la capitale française pendant les six prochaines années.

Mais l’enjeu de l’élection qui s’annonce, c’est de traduire cette ambition dans un projet. Un projet qui devra se matérialiser par des réalisations concrètes au service de l’économie et de la société. C’est ainsi que Paris pourra redevenir la ville phare et inspirante que le monde entier nous envie.