Dans un monde du travail où les réunions stériles prolifèrent à chaque interstice de nos emplois  du temps, Klaxoon assainit l’air  de la productivité. Cette application qui fonctionne comme un tableau blanc infini facilite et rend ludique la coopération. L’entreprise rennaise est un modèle de réussite à part au sein de la start-up nation.

On pourrait croire de prime abord, qu’un nom de marque tombe  du ciel, traverse soudain l’esprit  de l’entrepreneur, tel le savant frappé par la grâce de la révélation. Il y a un peu de ça chez Matthieu Beucher, fondateur de Klaxoon : « On se baladait dans Paris avec l’équipe en 2014, raconte-t-il. On traverse une rue et là, on se fait klaxonner par une voiture. On s’est regardés, et on savait qu’on avait enfin trouvé notre nom. » Ce que l’histoire raconte en général assez mal, tant pour le savant que pour l’entrepreneur, c’est à quel point le chemin vers la trouvaille a pu être long et fastidieux. Avant d’adopter Klaxoon, le Rennais et ses associés ont testé plus de 6 000 noms.

Tel est le but de l’application Klaxoon, à l’instar des avertisseurs sonores qui permettent (normalement) une meilleure synchronisation entre les véhicules : favoriser la synchronisation entre les collaborateurs. Matthieu Beucher a plusieurs autres formulations en stock : Klaxoon promet de « révolutionner les pratiques collaboratives », de « collaborer plus efficacement » et de réintroduire la notion de « plaisir » dans « les interactions au travail », et aussi de « réinventer la réunion ».

Concrètement, Klaxoon se présente comme une application de productivité, disponible sur ordinateurs et smartphones. Matthieu Beucher la présente comme un « tableau blanc infini ». Elle permet à la fois de préparer des « préz » intuitives, de communiquer, de faire du suivi  de gestion de projet, de manière fluide, intuitive et surtout ludique. Elle permet aussi de faire un feed-back régulier à ses collaborateurs, avec toute une série d’outils et de petites fonctionnalités, comme des votes, des sondages, des brainstormings, qui ne permet guère l’exhaustivité, même dans les formats généreux de Forbes. Seul l’usage permet de voir à quel point Klaxoon bouleverse les habitudes de communication entre les équipes et les employés.

Le premier problème que Klaxoon a voulu régler, c’est celui de la réunionnite : « On est dans un monde où on passe notre vie en réunion. Pour le top management, c’est 50 % de leur  temps »,  explique Matthieu Beucher. « Et le truc, c’est que seulement une réunion sur quatre aboutit à une prise de décision. En plus, globalement, on passe 50 % des réunions à faire autre chose. L’idée était de mettre en place tout un tas d’outils qui favorisent l’engagement des collaborateurs, comme des quiz à intégrer dans les présentations pour voir si tout le monde a bien suivi. »

Intégré à la suite Office

Le succès de Klaxoon est franchement faramineux. Depuis la commercialisation du produit en 2015, l’entreprise revendique 10 millions d’utilisateurs, dont 10 000 nouveaux chaque jour. Avec 3 000 clients différents, dont 90 % des entreprises du CAC 40 et 50 % du Fortune 500 (le classement des 500 entreprises américaines avec le plus gros chiffre d’affaires), des PME, des start-up, des associations comme Emmaüs, Klaxoon est présente dans 120 pays différents. Dernier énorme succès en date : depuis novembre 2018, Microsoft a intégré les services de cet outil de productivité à son logiciel Teams, dédié au management en entreprise, dans son incontournable suite Office.

La force de Klaxoon réside d’abord dans l’expertise développée par les équipes de Matthieu Beucher depuis près de dix ans. Quand il se lance en 2009, le Rennais a déjà une sacrée carrière. Après une formation d’ingénieur telecom, à l’ENSSAT de Lannion, il rentre en tant qu’ingénieur chez Daimler en Allemagne, où il travaillait sur le développement de voitures autonomes. Il y reste un an, puis part chez Valéo où il est devenu, à 24 ans, responsable d’une usine à Dijon qui produisait des pièces de démarreur. « Je suis passé d’un environnement très R&D à la californienne, à une usine où on fabriquait des pièces très peu modernes, mais où les processus de décision étaient très élaborés, avec une très forte intégration des méthodes agiles industrielles, développées au Japon dans la deuxième partie  du XXe siècle. »

Après trois ans passés chez Alten, grand cabinet de conseil et ingénierie en hautes technologies, il a l’idée de créer un projet dans lequel « on pourrait implanter de la méthode agile dans les entreprises, en s’appuyant sur le Tech pour développer de nouvelles interfaces ». Avec 4 000 euros en poche et pas grand monde pour croire en son projet, il démarche des entreprises en leur proposant son idée : « Ils avaient un problème. Moi et mes collaborateurs avions des compétences. Ensemble, on allait trouver des solutions. » Il fonde « Regards », qui propose de développer des interfaces sur mesure pour favoriser la communication et valoriser les expertises des entreprises.

Une success story rennaise aux US

Regards est rapidement une réussite et s’avère rentable, ce qui est un exploit non négligeable quand on voit que les start-up ne semblent fonctionner que par vagues de levées de fonds successives faramineuses – Klaxoon n’a levé « que » 42 millions d’euros en mai 2018, plus pour accélérer sa croissance que pour la soutenir. Le problème est que la solution de Regards coûte bonbon : autour de 100 000 euros pour le déploiement de la solution. L’équipe réfléchit à un produit commercialisable à grande échelle. Partant sur un prix de 19 euros par mois, une petite équipe de R&D de cinq personnes, dont Matthieu Beucher, s’enferme pendant un an pour concevoir ce qui sera un jour Klaxoon. En 2014, la version bêta est testée auprès de cinq entreprises dont la SNCF, La Poste et EDF. « Si justement on a un produit qui marche si bien, c’est parce qu’on a une équipe de 100 développeurs, qui a une très grande connaissance des métiers. Et surtout, il n’y a pas beaucoup de boîtes où autant de personnes travaillent sur un sujet aussi précis », assure Matthieu Beucher.

L’autre grande force de Klaxoon, c’est sa capacité à se faire voir. À Viva Tech, l’entreprise avait un stand très remarquable en plein cœur  du hall principal, vêtu de son rose bonbon devenu sa couleur étendard. Klaxoon est depuis quelques années une habituée des salons spécialisés dans les innovations technologiques. En 2017, elle avait reçu un prix au célèbre salon CES de Las Vegas… comme en 2016. En janvier 2019, la marque a fait grand bruit en organisant un « Team Work Tour », en reliant seize grandes villes des États-Unis, suivant le chemin parcouru par les personnages de Kerouac dans son livre mythique Sur la route, grâce à un énorme camion à l’américaine aux couleurs de Klaxoon. Le départ avait été donné dans le désert du Mojave  à quelques kilomètres de la tenue de l’édition 2019 du CES. Ajoutez à cela les voiliers estampillés Klaxoon qui se sont élancés pendant la Solitaire du Figaro et la route du Rhum, et vous aurez compris que la boîte sait se faire voir.

Klaxoon n’a pas que joué la carte de la com aux US : elle a aussi ouvert des bureaux à New York et à Boston. Mais son siège, lui, reste à Rennes, plutôt rare quand on sait que les start-up de premier plan sont plutôt installées à Paris. Klaxoon rassemble plus de 220 collaborateurs. Mais niveau chiffre, elle préfère rester discrète sur ses résultats financiers. On saura qu’elle est rentable. Et qu’elle réalise plus de 1 million d’euros de chiffre d’affaires mensuel. Ce sera tout.  Pas de quoi faire sonner les klaxons.

 

<<< A lire également : 15 Outils “Saas” Au Service De La Transformation Digitale >>>