En dépit d’une croissance robuste (+2,6%), d’un excédent budgétaire et d’un chômage à son plus bas niveau depuis 10 ans, la Suède ne devrait pas échapper à la « vague populiste » qui souffle sur l’Europe.  A une semaine d’un scrutin qui devrait entériner la poussée des « Démocrates suédois » classés à l’extrême-droite de l’échiquier politique domestique, les partis traditionnels tremblent sur leurs fondations.

« Ton soleil, ton ciel et tes verts pâturages ».  A l’image de ce couplet de l’hymne national suédois, l’image d’Epinal de la ville typique suédoise du sud du pays, bordée de petites maisons bariolées avec pour toile de fond les vertes prairies s’étendant à perte de vue, semble avoir vécue. Car à une semaine des élections législatives,  la réalité suédoise de 2018 est beaucoup plus sombre. En dépit d’une croissance robuste, d’un chômage en berne, d’une inflation contenue et d’un excédent budgétaire, le Royaume scandinave, à l’instar de nombre de pays du Vieux Continent, peine à endiguer la grogne qui gagne la “Suède profonde” qui s’estime délaissée par le pouvoir central, là où les centres urbains et autres agglomérations font office, à ses yeux, « d’écran de fumée »  avec, en bandoulière, un profond sentiment d’inégalité.  Si comme évoqué en préambule, l’économie, après 4 ans de pouvoir social-démocrate succédant à 8 ans de règne des libéraux-conservateurs, les «  Moderaterna » (les modérés dans le texte), reste compétitive, le système de santé se grippe, les inégalités sociales se creusent et les ségrégations et l’insécurité croissent fortement dans les banlieues des grandes villes.


Malmö, troisième ville de Suède et nouvelle « terre promise » des populistes,  incarne justement cette colère qui monte.  Les règlements de comptes dans les banlieues de la ville se sont multipliés ces derniers mois, au point de faire le miel des « Démocrates suédois » qui voient dans la ville de naissance du footballeur Zlatan Ibrahimovic le symbole de l’échec de la politique multi-culturaliste impulsée par les partis traditionnels. Au-delà du « cas Malmö », les salariés modestes suédois, retraités et primo-électeurs ont de lourds griefs contre la majorité sortante et le Premier ministre Stefan Löfven à qui ils reprochent d’avoir hypothéqué leur bien-être en ouvrant les frontières aux demandeurs d’asile perçus « comme une menace économique et culturelle », analyse le sociologue Jens Rydgren, cité par l’AFP. « Dotée » d’une population  de 10 millions d’habitants, la Suède a accueilli 400 000 demandeurs d’asile depuis 2012, d’abord sous le gouvernement de centre-droite de Fredrik Reinfeldt (2006-2014), puis celui de centre-gauche de Stefan Löfven (2014-2018).

Les demandeurs d’asile, “menace économique et culturelle”

Si les partis traditionnels, forts de leur ancrage « historique » et de leur volonté de maintenir coûte que coûte le « cordon sanitaire » face à l’extrême-droite devraient – au prix d’intenses tractations pour ne pas dire marchandages – conserver les rênes du pays, la vie politique suédoise va devoir apprendre à composer avec les « Démocrates suédois ».  Si les sociaux-démocrates devraient rester le premier parti de Suède, ils devront unir leurs forces avec les deux autres partis de gauche (ex-communistes et écologistes), le bloc “rouge-vert”, pour dominer en nombre de voix l’Alliance de droite. Les « Démocrates Suédois » flirtent quant à eux avec les 20% des suffrages, portés par leur leader Jimmie Akesson qui a réussi à fédérer les électeurs « mécontents » des partis traditionnels et les « laissés pour compte ».

« Ils appartiennent souvent aux filières transport et BTP qui emploient de nombreux travailleurs européens détachés auxquels s’applique le salaire minimum de branche », relève le sociologue Anders Kjellberg, toujours cité par l’AFP. Et de poursuivre son analyse. « Or ce salaire est nettement inférieur aux salaires fixés dans les conventions collectives ». Ainsi, jusqu’à un tiers des adhérents de la confédération LO est tenté par le vote d’extrême droite, révèlent des enquêtes d’opinion. « Voter pour l’extrême droite, c’est voter pour une politique de droite“, a prévenu le patron de la puissante confédération syndicale LO, Karl-Petter Thorwaldsson pour qui une « guerre de positions » fait rage dans les usines entre sympathisants de gauche et d’extrême droite. Il faut dire que le « ton policé » qui dominait autrefois dans la vie publique suédoise semble, lui aussi, avoir vécu.  « Non à l’appel à la prière », « Parler suédois pour devenir suédois, ce n’est pas une évidence ? » ou encore « Se haïr ou se parler ? », sont les slogans qui fleurissent désormais sur les murs des villes à une semaine d’un scrutin sous haute tension pour le Royaume et son « ciel bleu » qui, non content des nuages accumulés ces dernières années, pourrait bien virer à l’orage à partir du 9 septembre.