La nouvelle année scolaire en France est généralement marquée par des controverses. La guerre des mots de cette année concerne le code vestimentaire à l’école, et qui devrait régir ce que les adolescentes peuvent et ne peuvent pas porter.

La tempête a commencé à se préparer peu après la rentrée, quand le lycée Borda à Dax, ville du sud-ouest du pays, a rédigé quelques affiches pour illustrer le code vestimentaire au sein de l’établissement. En haut de l’affiche, on pouvait lire « tenue correcte exigée ». En dessous, il y avait deux images : une d’une adolescente portant un haut qui laissait son nombril exposé, et une seconde d’elle portant une mini-jupe. Les deux photos étaient couvertes de grandes croix rouges.

Une élève a partagé l’affiche sur Instagram où elle accusait les responsables de l’école de sexisme : « Ils vont sûrement nous dire que ça distrait les garçons, que c’est explicite. Les hommes peuvent donc s’habiller comme ils veulent. Ils nous sexualisent alors que nous nous habillons à cause de la chaleur, est-ce qu’on devrait porter un pull pour leur plaire ? … Ils préfèrent nous rappeler qu’une femme est un objet plutôt que de traiter les vrais problèmes de cet établissement, et ils sont nombreux”.

Le déferlement qui a suivi a donné lieu à une manifestation nationale de solidarité avec les élèves. Le 14 septembre, des adolescentes de tout le pays ont organisé une manifestation en portant des jupes et d’autres vêtements soi-disant interdits à l’école, puis en partageant des photos d’elles sur Twitter à l’aide du hashtag #Lundi14Septembre.

Alors que le sujet du code vestimentaire continuait de susciter des débats, le président Emmanuel Macron s’est vu demander de donner son avis par une adolescente lors d’une visite à la ville gasconne de Condom. Mr le président a hésité à répondre, disant qu’il « n’avait pas à se mêler de tout ». Mais il a finalement ajouté : « Ça a toujours existé. Au fond, on sait à peu près dire ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. La question n’est pas de savoir si on doit mettre une jupe, une robe, que sais-je … Mais quand c’est hyper court, je pense que le bon sens vaut mieux qu’un long règlement en la matière ».

Mais alors que Mr le président espérait peut-être rester en dehors de ce marasme, le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer a plongé dans le vif du sujet lors d’une interview pour RTL deux jours plus tard lorsqu’il a déclaré : « Il est important d’arriver à l’école dans une tenue correcte. On ne va pas à l’école comme on va à la plage ou dans une boîte de nuit… Tout le monde peut comprendre qu’on arrive à l’école habillé à la manière républicaine ». S’il a ensuite précisé qu’« à la manière républicaine » signifiait faire preuve d’égalité, ses propos avaient déjà déclenché une nouvelle vague de fureur sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnes ont notamment fait remarquer que l’un des symboles de la France, la Marianne, est souvent représenté avec un sein exposé.

Elisabeth Moreno, la ministre française de l’égalité entre les hommes et les femmes, a répondu dans une interview au journal Le Parisien que les codes vestimentaires étaient archaïques. À ce sujet, elle a déclaré : « En France, chacun est libre de s’habiller comme il le souhaite. Il a fallu des siècles pour que les femmes soient libérées des codes vestimentaires. C’est aussi une question d’éducation pour les jeunes garçons sur la relation qu’ils entretiennent avec les jeunes filles, qui devrait être liée aux valeurs de respect ».

Ce débat a incité le magazine Marianne à faire appel à l’institut de sondage IFOP pour prendre le pouls du pays sur ce sujet. Les résultats publiés le 25 septembre ont finalement jeté de l’huile sur le feu. Ce ne sont pas les réponses elles-mêmes, mais plutôt la nature des questions et un graphique plutôt inarticulé créé par l’IFOP qui ont déclenché cette controverse.

Le sondage a demandé à plus de 2 000 personnes si les élèves devraient être autorisées à porter des tenues qui ne comportent pas de soutien-gorge, des décolletés plongeants ou des hauts moulants, ou encore un t-shirt qui laisse des parties de soutien-gorge exposées. Ils ont également demandé des informations sur les minijupes, les shorts courts, les vêtements serrés et les jeans troués. Alors qu’aucune question n’a été posée sur les vêtements des garçons.

En réponse, Twitter s’est encore illuminé de critiques telles que celle de l’actrice Florence Porcel qui a demandé avec sarcasme à l’IFOP de lancer un sondage similaire pour les adolescents autour de différents vêtements qui pourraient rendre leur « paquet » trop distrayant.

Enfin, alors que le premier mois d’école arrive à son terme, la controverse continue de grandir. Les élèves d’un autre lycée ont organisé une manifestation le 28 septembre dernier pour parler d’un code vestimentaire, selon la radio France Bleue. Et ils ont lancé une pétition sur Change.org pour soutenir le droit de porter un crop top à l’école.

Article traduit de Forbes US – Auteur : Chris O’Brien

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