Le président du MoDem a finalement renoncé à être candidat lui-même pour faire une « offre d’alliance » à Emmanuel Macron. Une « réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle », dixit le maire de Pau. Une main tendue acceptée par le candidat d’En Marche!

« Je ne suis pas partisan des tickets car à l’évidence cela ne marche jamais. Il n’y a qu’un seul président de la République ». Il apparaît aujourd’hui évident que François Bayrou ne sera pas le prochain, lui qui a renoncé, ce mercredi après-midi, à briguer, pour la quatrième fois consécutive, la magistrature suprême. Dans une déclaration à la presse où chaque mot a été savamment pesé-jamais le terme ralliement n’a d’ailleurs été prononcé-, le président du MoDem a « posé les fondations » d’un pont entre Emmanuel Macron et lui-même pour sortir le pays de l’ornière. Un « véritable geste d’espoir » mais également d’abnégation dixit le maire de Pau.

« Il a dépassé sa propre envie dans l’intérêt du pays », abonde la fidèle Marielle de Sarnez, vice-présidente du parti, François Bayrou reconnaissant lui-même « l’attrait de cette bataille (la présidentielle ndlr) correspondait à sa pente et à son goût ». Mais la « dispersion des propositions et des périls » a convaincu le Béarnais de renoncer à ses rêves élyséens pour tenter d’y propulser Emmanuel Macron, fort d’une thématique phare, le dépassement des clivages partisans, qu’il a installé dans le débat public depuis maintenant 15 ans.

Sentiments contrastés

A défaut d’incarner ses idées, François Bayrou dispose d’une occasion unique de les faire triompher. « Nous avons assisté au discours d’un véritable homme d’Etat qui fait passer les intérêts du pays avant les siens », se félicite une militante dans la cour clairsemée du « 133 bis » rue de l’Université, siège du MoDem. D’autres, en revanche, ont du mal à saisir cette « main tendue » au fondateur d’En Marche!, formation qui ressemble, à s’y méprendre au MoDem « première génération ».  « C’est le mariage de la carpe et du lapin ! Hors de question que je fasse campagne » fulmine un soutien déçu.

Un programme, quel programme ?

Dès lors, sur quelle(s) base(s) programmatique(s), Emmanuel Macron et François Bayrou pourront-il se retrouver pour œuvrer au rassemblement ? Le maire de Pau n’a qu’une exigence « prioritaire » : que le programme du candidat comporte en priorité une loi de moralisation de la vie publique, en particulier de lutte contre les conflits d’intérêts. Une antienne du président du MoDem qui défendait déjà cette disposition en 2012. Nul doute que l’expérience de François Bayrou, rompu aux joutes du scrutin présidentielle, sera bénéfique au candidat néophyte qui peine à dévoiler des propositions concrètes. « Le programme est encore à venir, mais je préfère cela au programme de François Fillon que je connais très bien », souligne Marielle de Sarnez.

Déficit, Made in France, Moralisation de la vie publique

Trois thèmes, chers à l’ancien député, pourraient émerger sous son impulsion. Le premier concerne la lutte contre le déficit public, grand absent des débats. Précurseur en la matière, François Bayrou était parvenu, en 2007, à imposer la résorption de la dette dans la campagne, dans la foulée de la publication du rapport Pébereau. Il a d’ailleurs récemment fustigé tous ceux qui voudraient s’affranchir de la règle des 3% qui « conduirait l’Europe à une crise majeur ». Un premier point d’accroche avec Emmanuel Macron pour qui « le premier axe de réforme est celui du sérieux budgétaire, qui va de pair avec le sérieux fiscal ». Une gestion de bon « père de famille », en adéquation avec la vision de François Bayrou. Même si les objectifs chiffrés se font cruellement attendre.  

Ensuite, le « Made in France » que François Bayrou avait porté, cette fois-ci en 2012, pourrait également teinter le programme économique d’Emmanuel Macron. Le maire de Pau avait préconisé, à l’époque, le vote d’une loi-cadre sur le « produire en France », qui entendait notamment apporter une réponse aux questions cruciales de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français. « Ce sera la toute première loi de la législature. Elle sera notre réponse stratégique aux questions de l’emploi, du pouvoir d’achat, mais aussi du surendettement », déclarait, il y a maintenant cinq ans de cela, François Bayrou.

 Cependant, cela ne semble pas être une priorité pour Emmanuel Macron, pas vraiment aussi enthousiaste que son « nouvel ami » sur cette question. « Je serai prudent sur ce terme-là. Je suis pour qu’on ait un maximum de valeur ajoutée, d’innovation et d’emploi en France, mais le made in France complet n’est pas toujours la bonne option. Je prends exemple dans la voiture : on a failli tuer PSA avec le made in France », déclarait-il dans Les Echos en avril 2016.

« Hologramme, bulle de savon, candidat des forces de l’argent »

Enfin, fidèle à sa réputation d’avant-gardiste, François Bayrou avait également mis sur la table, comme évoqué en préambule » la question de la moralisation de la vie publique en 2012. Il en fait, aujourd’hui, une condition sine qua non à son offre d’alliance. « Je refuse, comme j’ai refusé toute ma vie que des intérêts privés, de grands industriels français prennent la vie publique en otage », précise l’ancien ministre de l’Education. Une déclaration qui ne manque pas de sel au regard du sobriquet peu flatteur « candidat des forces de l’argent » dont il a affublé Emmanuel Macron, pas plus tard qu’en septembre dernier. Mais l’ancien ministre de l’Economie semble enclin à accéder aux doléances du président du MoDem puisqu’il a accepté « l’offre » en fin d’après-midi.

C’est donc aux côtés de François Bayrou que « l’hologramme et bulle de savon » (autres doux surnoms donnés à l’ancien conseiller de François Hollande) va tenter de remettre sa campagne en ordre de marche après la délicate séquence de la semaine dernière – et ses propos- sur la décolonisation qui a amorcé un léger décrochage dans les sondages. Fort de ce soutien d’envergure, la « baudruche » Macron pourrait devenir granit et Bayrou récupérer sa couronne de « faiseur de roi ». L’histoire est un éternel recommencement.