Après La Grande Confusion Nationale

Le temps de l'alternative - Un citoyenLe temps de l’alternative – Un citoyen

Le grand débat national n’aura donc servi à rien. Il n’a ni effacé les souffrances, ni purgé les discordes ; il n’a pas accouché d’un nouveau dessein. Organisé comme une série de cours magistraux, avec relevé de copies et QCM, suivi de synthèses réalisées par des « civic-techs » et autres firmes de consulting, ce pluralisme fabriqué n’a été d’aucun secours. Les Français le jugent ainsi. Le Président Macron s’en servira pour, une nouvelle fois, nous faire, à nous les « enfants », une leçon sur son monde, celui auquel tant de citoyens sont pourtant étrangers. Et il égrènera les réformes, forcément « nécessaires », auxquelles il convient que le peuple consente.

 

Après ce tour de chant, le pays reste en l’état, le gouvernement sourd comme une pioche, tandis que le peuple continue de se fragmenter. Nous sommes à ce moment où les haines enflent, les violences, de toute nature, se répandent, les paroles s’entrechoquent et se perdent, sans emprise sur le cours des choses. Chacun veut voir dans les événements la confirmation de ses propres convictions, et accuse l’autre. La possibilité même d’une délibération civique s’efface. La confusion oblitère tout, annonçant de grands effrois.

Le grand débat aurait, d’abord, dû être l’occasion de savoir si nous, Français, partagions un diagnostic puis une vision, des principes, sans lesquels aucune sortie de crise n’est possible. Il fallait commencer par une question : pourquoi en sommes-nous arrivés à ce point ? Mais le Président Macron veut nous faire gober ses remèdes sans traiter de la cause, car il y adhère profondément, elle l’imprègne et le conditionne. Voué à une forme du libéralisme dévoyé par la finance et la démesure, il contribue, comme les gouvernants qui l’ont précédé depuis trente ans et participent à son équipe, à une déshumanisation du monde. Elle est insupportable ; et c’est pour cela qu’elle continuera à précipiter dans la rue, en nombre, ceux qui refusent de s’y soumettre. La démocratie et l’ordre en paient un prix trop élevé : la violence, inacceptable, et, pas après pas, le reflux subreptice des libertés. L’histoire se souviendra qu’une pulsion sociale légitime, celle des gilets jaunes, aura conduit un gouvernement libéral à restreindre encore les libertés, au nom d’une démocratie en réalité dessaisie de sa substance.

Le « populisme », dont le gouvernement fait incessamment le procès, n’est pas une forme d’expression politique qu’il suffit d’accuser ou de récuser ; il est l’effet d’une idéologie globale mise en œuvre partout en Europe, idéologie dont ce gouvernement répète inlassablement le mantra : « comparons, réformons, avançons ». Malheureusement, ses opposants appartiennent au même écosystème usé et stérile. Incapables de se hisser au-dessus de la mêlée, ils rabâchent leurs vieilles solutions rhétoriques sans innover, et fabriquent des combinaisons partisanes vident de sens. La seule lueur d’espoir vient de ceux qui tentent de faire de la justice climatique, le pivot de la transformation politique. Justice climatique et justice sociale doivent se prendre par la main.

Il nous faut des forces nouvelles, enracinées dans le réel, engagées pour un nouveau dessein national. Dans Le temps de l’alternative, je propose cinq choix politiques majeurs pour organiser la transition du pays vers une nouvelle époque, dont aucun de nous ne peut avoir la prétention de connaître les contours définitifs.

Pour que l’action publique et la solidarité soient à nouveau possibles, une fiscalité reconstruite de A à Z sur la base d’un impôt sur toutes les transactions scripturales au taux de 4%, permettant de remplacer tous les impôts et prélèvements obligatoires actuels. Le pouvoir d’achat sera libéré, les entreprises plus compétitives – sans que les moyens de l’Etat soient encore et encore rabotés. La redistribution, cœur de notre République, sera réalisée par la progressivité des prestations sociales et le rétablissement d’un impôt de solidarité sur les plus grandes fortunes spéculatives.

Une libération de l’Europe, étouffée par l’hydre néolibérale qu’est devenue l’Union européenne à cause de son obsession de la règle juridique et de la rigueur économique. Il faut revenir à l’essentiel pour que l’Europe tienne sa promesse politique : prendre en charge les défis extrêmes que nos nations, seules, ne peuvent affronter, comme la domination d’une économie de l’injustice, l’indécence des inégalités, l’évasion fiscale, le dérèglement climatique, les migrations, le désordre international. C’est un combat politique que la France doit engager, d’abord avec son partenaire le plus important qu’est l’Allemagne. Tant que le projet politique de l’Europe ne sera pas défini, la France, décrétant un moratoire, devra s’abstenir sur toute nouvelle décision au sein de l’Union. Seule notre participation aux affaires courantes sera maintenue. A l’inverse d’un « Frexit », échappatoire dévastateur pour nos partenaires et sans issue pour notre pays, il s’agit d’un acte de vérité indispensable à une refondation politique européenne.

Une écologie de la création. L’Etat a la responsabilité de contraindre les grands acteurs économiques à travailler pour la transition écologique, et à la financer. Entre 1988 et 2015, 25 firmes publiques et privées sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre. Qu’on cesse, alors, de nous dire que la planète survivra si les consommateurs changent leurs habitudes et paient des taxes, toujours plus de taxes, dites écologiques. Les changements comportements de chacun sont nécessaires mais insuffisants. Sans une offre économique qui soit aussi une offre écologique, à grande échelle, nous ne sauverons pas la planète.

Pour la République, le mandat de transmettre l’égalité, plus que jamais. Cela signifie résister aux tyrannies identitaires, affirmer la laïcité comme moyen mais surtout comme valeur — sans ambiguïté. Et donner à l’école les moyens non seulement d’instruire, mais aussi d’éduquer. Sans nous obliger à nous ressembler, la République doit nous permettre de nous rassembler.

Enfin, choisir l’autorité de la démocratie : Assemblée citoyenne consultative coproduisant les lois avec les Commissions spécialisées de l’Assemblée nationale, RIC propositionnel, vote obligatoire, ancrage des élus dans le réel, fin des privilèges d’Etat. La demande citoyenne, légitime, doit être entendue en ouvrant davantage notre République et en renforçant sa profondeur démocratique, sans se jeter dans le vide où conduirait une démocratie prétendument directe à l’âge du tohu-bohu des réseaux sociaux, qui autorise toutes les manipulations.

Nous ne parviendrons jamais à rassembler le pays sans revenir à ce que nous sommes, à ce qui nous unit : la France est la grande nation qui a choisi, par les chemins d’une histoire complexe et violente, la liberté comme fondement, la fraternité pour horizon, l’égalité comme chemin. Ce triptyque est fondamental, il n’est pas soluble dans l’abstraction néolibérale. Il s’oppose, et s’opposera, à toutes les «réformes » qui, en réalité, sont synonymes de son affaiblissement, voire de son abandon. L’indexation d’un nouveau dessein pour la France à notre histoire commune, à l’imaginaire de notre peuple, est notre seule chance de sortir de la crise pour, à nouveau, nous déployer, et nous dépasser.

 

L’auteur, citoyen2019, vient de publier un livre en ligne www.alternativelelivre.fr déjà téléchargé plus de 11 000 fois en un mois. Citoyen engagé, il privilégie l’anonymat pour que l’on discute de ses idées plutôt que de lui. 

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