OneInThreeWomen révèle les résultats de la 1ère étude européenne visant à identifier et à mesurer l’impact des violences conjugales subies par les salarié.e.s pour les entreprises.

Au dernier décompte, le 8 novembre 2019, 129 femmes en France sont mortes sous les coups de leur conjoint. La focale se fixe désormais de plus en plus sur les violences conjugales, dont les femmes sont les premières victimes. Si ces violences, physiques ou orales, ont des incidences graves sur la santé et la vie privée des victimes, elle porte aussi préjudice à leur vie professionnelle. Evidemment, la vie d’une femme ne peut être mis sur le même pied d’égalité que la “santé” d’une entreprise. Mais toutes proportions gardées, aucune étude jusqu’ici n’avait analysé l’impact des violences conjugales sur les entreprises.


OneInThreeWomen, 1er réseau européen d’entreprises engagées contreles violences faites aux femmes co-fondé par la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE) et la Fondation Kering en 2018, vient de révéler les résultats de son enquête intitulée « Comment les violences conjugales impactent-elles le monde du travail ? ». Menée par quatre chercheuses internationales, auprès des salarié.e.s de six entreprises membres du réseau (Kering, L’Oréal, Korian, BNP Paribas, Carrefour et Oui Care) dans six pays (France, Belgique, Allemagne, Espagne, Italie et Royaume-Uni), l’enquête avait pour objectif de mesurer l’impact des violences conjugales sur les salarié.e.s et leurs collègues, mais également l’entreprise toute entière, avant de formuler des recommandations destinées à les limiter. 

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Retards et absentéisme, SMS et coups de fils injurieux au travail 

16% des femmes et 4% des hommes interrogé.e.s ont signalé des expériences actuelles ou passées de violences conjugales ; 24% des victimes ont pris des congés en raison des violences conjugales subies.

Au terme de l’enquête, 2 salarié.e.s sur 10 ont déclaré subir ou avoir subi des violences conjugales avec des conséquences sur leur vie professionnelle. En effet, plus de la moitié (55%) des salarié.e.s interrogé.e.s ont déclaré que ces violences avaient affecté leur travail, notamment du fait des retards, de l’absentéisme ou encore d’une baisse de leur productivité.

L’étude a également permis de montrer que les violences conjugales ne s’arrêtent pas aux portes du domicile, mais qu’elles se manifestent dans la vie professionnelle, via :

  •  La réception d’appels téléphoniques et de messages injurieux via des SMS (87%), des emails (33%) et sur les réseaux sociaux (27%).

  •  Les persécutions ou le harcèlement par la personne violente sur le lieu de travail ou à proximité (57%), voire sa présence physique sur le lieu de travail (44%).

  •  La prise de contact de la personne violente avec les collègues (37%), ou menace de contacter des collègues (33%).

Des collègues démunis

1 salarié.e sur 10 connait un.e collègue ayant subi des violences conjugales

Afin de comprendre le niveau de sensibilisation des collaborateur.rice.s des entreprises aux violences conjugales, l’enquête a également pris soin d’interroger les sondé.e.s sur leur connaissance d’un.e ou plusieurs collègue(s) subissant ou ayant subi de telles violences : 16% des femmes et 13% des hommes déclarent connaitre un.e collègue souffrant ou ayant souffert de ces violences.

Les salarié.e.s ayant, quant à eux, déclaré avoir perçu des signes de violences citent en priorité :

  •  Des troubles émotionnels (11%)

  •  Des indices ou confessions de problèmes à la maison (10%)

  •  Des blessures physiques (9,5%)

  •  Des changements au niveau de la performance et de la productivité (9,5%)

  •  Des absences et des retards (9,3%)

  •  Un calme ou une discrétion inhabituelle (8,1%)

    Par ailleurs, parmi ces salarié.e.s ayant connaissance de violences subies par des collègues, 20% affirment que ces dernières ont eu des conséquences sur leur propre travail. Les principaux facteurs (85%) sont le stress et l’anxiété ressentis à l’égard du ou de la collègue victime de violences par peur qu’il ne lui arrive quelque chose.

La sensibilisation : un enjeu crucial

Seul.e.s 2 répondant.e.s sur 10 connaissent les ressources à leur disposition sur leur lieu de travail en cas de violences conjugales

Les répondant.e.s ont eu majoritairement connaissance des dispositifs permettant de déceler et d’accompagner les collègues victimes de violences conjugales, grâce à de la communication interne, mais également via un.e supérieur.e ou un.e collègue.

Par ailleurs, l’étude révèle une forme de silence autour des violences conjugales, notamment de la part des victimes. En effet, seules 37% d’entre elles ont déclaré avoir discuté avec un.e collègue de ce qu’elles subissaient. Les 63% restantes n’en ont pas parlé surtout car elles trouvaient cela inapproprié sur le lieu de travail (67%), mais aussi par peur, honte, déni ou encore crainte que cela n’affecte leur travail ou leurs perspectives de carrière.