OPINION// Hier le télétravail, c’était essentiellement les centres d’appels, soit très approximativement 3500 centres et plus de 260 000 employés, et aujourd’hui avec le Covid, on peut estimer qu’un salarié sur sept est en télétravail, soit environ 3,5 à 4,5 millions de personnes. Mais la question à se poser est : le télétravail va-t-il maintenant rimer avec délocalisation ? Par les entreprises afin de diminuer leurs coûts de fonctionnement, mais aussi délocalisation par les employés afin de diminuer leur fiscalité en travaillant de surcroît dans un lieu plus agréable sans perdre de temps dans les transports en commun.

 

Rentrons-nous dans un monde professionnel hybride ?

Les grandes entreprises américaines de la Tech ont déjà sauté le pas depuis l’été dernier. Certaines proposent déjà à un salarié sur cinq le télétravail contractuel à vie. D’autres proposent de télétravailler 4 semaines par an dans la ville de leurs choix. Ce qui signifie que seulement environ 60% du personnel travaillera au bureau, cela préfigurant l’avenir des bureaux. Seules les banques qui ont une culture centrée sur la présence au bureau s’opposent pour le moment à ce nouveau modèle.  

La présence physique est-elle nécessaire à la créativité et à l’innovation ?

Si on lit ce qu’écrivent les dirigeants de Apple, Facebook, Netflix de Twitter, il est difficile d’avoir une vision claire du futur. Ceux de Twitter et de Facebook sont pour le télétravail permanent et ceux de Netflix et autres Tech le jugent négatif. Le visionnaire Steve Jobs ne cessait, lui, de répéter que ses innovations étaient nées lors de réunions spontanées et de discussions informelles. Et il est vrai qu’on a tous noté que c’est lors de bavardages autour de la machine à café que les idées viennent et que les stratégies s’ébauchent.

Cette présence physique est-elle indispensable aux salariés ?

C’est une évidence que l’isolement n’a pas été apprécié par tous les salariés. Nombreux sont ceux qui ont besoin de ces moments informels de convivialité, afin de se retrouver pour échanger. Les échanges au travers d’écrans ont le grand inconvénient de dépouiller la coopération de son côté humain. Ils font perdre le sentiment d’appartenance à l’entreprise, et beaucoup regrettent l’absence de tissage de liens interpersonnels et d’échanges de point de vue.
S’il est évident que beaucoup ont apprécié de ne plus perdre du temps dans les transports, il n’en reste pas moins que nombreux sont ceux qui ont besoin de sortir de chez eux pour pouvoir couper entre temps et de vie et temps de travail. Mais étonnamment, il semblerait que la productivité ait augmenté pendant ces périodes de télétravail alors que bien sûr la créativité semble s’être étiolée.

Que va-t-il se passer dans votre entreprise demain ?

Comme d’habitude il y aura une très grosse différence en fonction de la taille de l’entreprise ou de l’internationalisation de celle-ci. Dans les moyennes et grandes entreprises de 200 salariés et plus, la mondialisation avait imposé il y a quelques années déjà la révolution numérique, et les métiers tertiaires à faible valeur ajoutée avaient été numérisés, automatisés ou externalisés pour ne pas dire délocalisés. On retrouve les mêmes modèles de management chez les entreprises exportatrices, car celles-ci sont confrontées à la concurrence mondiale et sont obligatoirement compétitives.
Pour ces moyennes et grandes entreprises, donc il sera excessivement facile après cette période de télétravail, qui est en fait une délocalisation en France,  d’intensifier leurs délocalisations vers des pays francophones entre autres. Pays où sont disponibles chaque année de nombreux jeunes ayant eu leurs diplômes en France, mais demandant des salaires beaucoup plus bas qu’en France, des salaires leur permettant néanmoins de vivre confortablement dans leurs pays d’origine.
Bien évidemment, cela est encore plus facile pour les entreprises américaines ou anglaises qui ont un énorme vivier d’étrangers anglophones jeunes diplômés aux US, en Inde, en Asie, et dans de nombreux autres pays.
Pour les PME ou PMI non exportatrices donc plus locales, les taches tertiaires étant le plus souvent moins numérisées, automatisées, les emplois seront donc moins facilement délocalisables.

Et si vous vous délocalisiez à l’étranger ?

Vous avez apprécié de travailler dans la maison de campagne familiale ou dans un espace de « coliving » au bord de la Méditerranée. Vous qui n’avez besoin que d’un ordinateur et d’une bonne connexion Wifi, et si vous vous expatriez sous les cocotiers ou vers un pays moins fiscalisé ? 

Choisir un lieu

La Barbade, Dubaï, l’Estonie, la Grèce, Majorque, Le Maroc, la Tanzanie, la Thaïlande et de nombreux autres pays de la booming Asie vous attendent. Certains pays offrant même des visas spéciaux de télétravail. Pays où des chaînes d’hôtels proposent déjà des forfaits de « coliving » à près de 800 euros par mois pour une chambre de plus de 30 mètres carrés équipée d’internet haut débit. Hôtels avec piscines, salles de sport, et offrant des réductions sur les plats et les boissons. 

Couverture sociale

Il faut savoir que, bien sûr, aucun texte n’interdit qu’un salarié dont l’employeur est français travaille dans un pays étranger. Le lieu d’exécution du contrat de travail devenant alors le pays d’accueil. Le salarié pouvant continuer à relever du régime français s’il est dans une situation de détachement, un détachement qui ne peut être que d’une durée limitée. Au sens de la sécurité sociale, ce détachement ne peut excéder 24 mois.

Et enfin la fiscalité

Savoir tout d’abord que vous ne serez imposé en France que si vous y passez plus de 183 jours par an. Si vous faites partie des salariés très qualifiés et bien rémunérés, il peut être intéressant de vous expatrier et donc de changer de domicile fiscal.
La délocalisation générant une baisse des coûts de fonctionnement des entreprises, celles-ci pourraient inciter leurs salariés à se délocaliser, et cela pourrait concerner un quart des salariés européens.
Enfin, point négatif, les personnes qui télétravaillent sont en général moins promues que les autres.

 

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