Grâce à JetLang, un  langage de programmation qui a permis de coder le Code du Travail, Firmin Zocchetto, le fondateur de Payfit, bouleverse les ressources humaines. Son interface initie les plus néophytes au plaisir de la gestion du bulletin de paie, des absences, des notes de frais ou encore de l’onboarding des salariés. 

 


Adaptable, la solution e-RH intègre sereinement les nouvelles réformes comme le prélèvement à la source : Payfit qui a déjà converti plus de 2300 entreprises (Doctolib, StationF, Big Mama, Konbini, etc.) devrait rapidement élargir son cheptel parmi les réfractaires à la dématérialisation. A la tête de « 250 salariés et 1000 d’ici deux ans », le jeune entrepreneur de 26 ans ne manque pas d’idées et d’audace. Interview du fondateur Firmin Zocchetto.

Désirée de Lamarzelle : Comment présenter Payfit aux non-initiés ?

Firmin Zocchetto :. Payfit est une solution que l’on a créée de toutes pièces, c’est-à-dire en partant de zéro, qui permet d’automatiser la gestion de la paie et des ressources humaines dans les PME européennes. On a inventé notre propre langage informatique – un langage de programmation que l’on appelle le JetLang – pour construire une interface simplifiée qui permet de faire vous-même le bulletin de paie de vos employés, sans être un expert en paie, ni un spécialiste du droit français avec toute sa complexité. Après notre lancement en France il y a trois ans, on s’est très vite développé dans d’autres pays ( l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie prévue pour la fin de l’année).

 « On a pris le « millefeuille social » du code du travail et on l’a « codé » dans notre système pour offrir à l’utilisateur de la simplicité »

Comment avez-vous réussi là ou d’autres ont échoué avant ?

On a pris le « millefeuille social » du code du travail et on l’a « codé » dans notre système pour offrir à l’utilisateur de la simplicité sur les calculs et la saisie du bulletin de paie, de la gestion des absences, des notes de frais ou de l’onboarding des salariés. Nos clients sont les RH, les responsables de paye, ou encore les dirigeants des petites PME qui n’ont pas forcément un service pour cela, mais également tous les salariés qui ont leur propre espace pour faire leur demande de congés ou de notes de frais. De quoi se concentrer sur un travail à plus forte valeur ajoutée ou libérer du temps pour être plus proches de leurs employés.

Vous avez déjà créé à 17 ans une première start-up (réseau social de rencontre avec des étrangers pour apprendre les langues), l’entrepreneuriat est dans votre ADN ?

Cette start-up fondée avec Guillain de Fontenay, un de mes associés actuels, fut une expérience déterminante pour comprendre qu’on était fait pour travailler ensemble, mais aussi que nous voulions à travers l’entrepreneuriat avoir un impact sur la vie des gens. Je partage avec lui et Florian Fournier les mêmes valeurs d’excellence mais aussi de la bienveillance qui passe par l’acceptation de nos erreurs comme celles des autres, en les dépassant. Avec 230 personnes sous notre responsabilité et 1000 d’ici deux ans, la société grandit vite et, même si les stratégies, les fonctionnalités, les projets de recrutement diffèrent dans le temps et par pays, nos valeurs permettent de conserver une ligne directrice. De sorte que le « payfiter » est heureux de venir travailler chez nous.

Pourquoi est-on heureux de travailler chez vous ?

Parce qu’on s’accomplit et que l’on apprend, avec par exemple la possibilité d’aller travailler une semaine, tous les six mois, dans un de nos bureaux européens. Payfit évolue vite et vous pousse à l’autonomie : vous pouvez changer de poste, suivre des formations, et rendre service à des dizaines de milliers de personnes, et j’espère, plus tard des millions. Parce que nous portons une mission au-delà du business modèle, celle de comprendre de quoi ont besoin les ressources humaines pour gérer des salariés heureux… Demander un congé ou valider sa note de frais ne relèvent plus du « parcours du combattant ». Les plus enthousiastes dans l’utilisation de notre interface ne sont pas forcément les RH mais les employés devenus plus autonomes.

« Le défi était de partir d’une page blanche et d’inventer, et surtout de faire très différent des autres »

 Comment définiriez-vous votre rôle en tant que CEO de Payfit ?

Mon poste ne change pas mais mon « job » change tous les deux mois ! L’équipe grandit, et avec, de nouveaux challenges : on ne gère pas de la même manière une boîte de 30 ou de 250 personnes. On passe d’un job multi-casquettes où il faut « tout faire » pour avancer, à celui de chef de file qui doit déléguer, et pour cela il faut savoir bien s’entourer. Avant j’étais dans « la solution » ; désormais mon challenge est de construire mon équipe et de convaincre les entreprises qui ne sont pas encore faites à la digitalisation. Comme certaines sociétés qui souhaitent, avec la réforme du prélèvement à la source, changer de logiciel de paie pour une solution plus adaptée.

Marguerite Yourcenar disait que « le conformisme est une très mauvaise maladie », cela s’applique-t-il à la création d’une start-up ?

Payfit n’aurait pas été possible quinze ans plus tôt sans la technologie pour créer une solution qui puisse coder toute la complexité du droit français. Néanmoins le défi était de partir d’une page blanche et d’inventer, et surtout de faire très différent des autres. Il a fallu lutter contre une forme de conformisme pour prendre des décisions parfois à l’opposé de ce que font les concurrents. Et cela a été payant. Je n’ai que 26 ans mais je serais très heureux de me lancer d’autres défis, comme mettre par exemple notre technologie au service de l’administration française, par exemple le système de paie dans l’armée. Cela serait passionnant.