« Les deux choses les plus importantes n’apparaissent pas au bilan de l’entreprise : sa réputation et ses hommes » Henry Ford (1863 – 1947)

 

De la même façon que nous enfants nous qualifierons d’hommes de cro-magnon du management, il pourront sûrement user de ce qualificatif plus globalement pour nos modes d’évaluation et de valorisation des entreprises. Il aura fallu, culturellement, un temps certain pour que l’alpha et l’oméga de l’intelligence des enfants français ne soient plus exclusivement calibrés sur les matières scientifiques. Les sciences “molles” ne voyagent plus en seconde !

Dans le même esprit, le monopole historique des KPI financiers comme clef de compréhension des acteurs économiques en dit beaucoup sur l’irruption des fractures sociales et environnementales actuelles, et ce, mondialement. Sans parler de la faiblesse historique des politiques européens, incapables de faire émerger des stratégies européennes dans le domaine des nouvelles technologies et d’Internet. En conséquence, les grands gagnants économiques de cette dernière révolution industrielle, tous américains et chinois, prospèrent sur un marché commun à tous les conquérants du monde.

 

Une priorité Européenne initiée et impulsée par la France

C’est dans ce contexte d’oligopole technologique et financier extra-communautaire, que la Commission européenne prépare un référentiel continental de reporting extra-financier, la CSRD – Corporate Sustainability Reporting Directive -, permettant l’évaluation des entreprises de façon systémique : impact social et environnemental, gouvernance, finance. Reconnaissons à notre France très jacobine l’antériorité du reporting ESG obligatoire via la loi NRE de 2001 pour les entreprises cotées, dispositif renforcé par Grenelle 2 en 2010 puis la loi de programmation sur la transition énergétique de 2015 et enfin la loi énergie climat de 2019 intégrant un reporting obligatoire pour les investisseurs sur les risques pour le climat et la biodiversité. La France détient également l’antériorité des agences de notation ESG, financées, elles, par les investisseurs.

Pour autant, le leader tricolore, Vigéo, est passé sous pavillon américain en 2019, avec son rachat par le géant Moody’s. La notation extra-financière apparaît comme un nouveau terrain de jeu et un marché prometteur pour les États, les entreprises et le monde de la finance.

 

Soutenir les investissements et décisions à impact positif

L’ambition de la CSRD consiste désormais à mettre au jour une performance globale, et de mieux soutenir les investissements et décisions à impact positif. L’opportunité en somme d’une troisième voie, fondée sur les valeurs européennes. La RSE – Responsabilité Sociale d’Entreprise – passe du statut de gadget pour au pire la communication, au mieux la bonne conscience à celui de mise au service du sens de la finance. La commission n’avait-elle pas déjà pavé le terrain en 2001 via son livre vert appelant les entreprises à s’emparer de façon volontariste des critères RSE ? Et l’UE en 2014 avec la directive européenne sur la transparence et la publication d’informations non financières (NFRD), actuellement en cours de révision, transposée en France en Déclaration de performance extra-financière (DPEF) ?

 

La CSRD pour Corporate Sustainability Reporting Directive

La CSRD prendra donc prochainement le relais des reporting ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) existants :

  • le Global Reporting Initiative (GRI) ;
  • le Sustainability Accounting Standards Board (SASB) ;
  • les Task Force on Climate-Related Financial Disclosures (TCFD). 

Les trois pays initiateurs (France, Italie, Espagne) proposent également son extension à tous les pays membres.

 

Elle permettra un reporting intégré au sens de l’IIRC (International Integrated Reporting Council).
Sa mise en oeuvre est prévue dès 2023 pour les 50 000 entreprises de plus de 250 salariés de l’UE, sa la base de 47 critères ESG évaluant les actions en faveur :

  • du recyclage, des émissions de CO2, d’optimisation énergétique,
  • de la diversité de genre, d’âge, de handicap,
  • d’une gouvernance à impact (raison d’être, type de management, labels responsables).

Une certification par un organisme extérieur devient obligatoire pour les critères de développement durable.

Saluons les 47 membres du SBF 120 qui dès 2020 réalisaient un reporting intégré, ils étaient 3 en 2015.
Le référentiel issu de la CSRD vient compléter les recommandations de la directive “devoir de diligence” qui veille au respect par les entreprises européennes des droits humains et environnementaux sur l’ensemble de leur processus en y intégrant leurs fournisseurs et partenaires. Son approche holistique embrasse bien l’ensemble des parties prenantes de l’organisation.

 

Un rapport de force entre USA et Europe

L’es Etats Unis dominent déjà largement la notation financière via le quasi monopole de ses agences de notation : Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch. Ce levier s’avère utile pour faire main basse sur les agences de notation ESG européennes. S&P’s a par exemple racheté la britannique Trucost, la suisse RobecoSAM et produit des indices intégrant les critères ESG. Moody’s a racheté le leader tricolore Vigéo fusionné peu avant avec l’agence britannique Eiris. Ce ne sont que quelques exemples de la razzia américaine sur le continent Européen. Reste à savoir si nous saurons protéger un système de mesure porteur des valeurs et de la culture européenne. Cette question est absolument stratégique.

 

Investissez la plateforme « Impact »

La plateforme “Impact” lancée par Olivia Grégoire le 27 mai dernier représente une belle opportunité de mise en avant des réalisations des entreprises en la matière. La possibilité de valoriser enfin la triple “bottom line” – dernière ligne du compte de résultat – celle des 3P “Profit, People, Planet” pour “les Profit, les Personnes et la Planète”. Alors emparons-nous de cet outil inédit et renforçons la dynamique française et européenne pour un capitalisme et des entreprises de nouvelle génération.

 

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