OPINION// Intégrer la RSE (responsabilité environnementale et sociale) dans les orientations stratégiques de chaque entreprise est un mouvement global et inéluctable. Quelles bonnes pratiques engager ? Comment s’inscrire dans une dynamique d’amélioration permanente ? Comment LVMH, le fleuron du luxe français, répond aux nombreux défis du développement durable ?

La RSE confère à l’entreprise sa crédibilité et sa durabilité

Chaque société aujourd’hui doit se poser la question du sens et de la cohérence de ses activités dans le temps long en engageant des pratiques innovantes et disruptives. Impulsées par les instances politiques et économiques mais aussi par les consommateurs et les associations, ces pratiques ouvrent un catalogue de mesures de plus en plus vertueux et exigeant. Appliquées à l’environnement et au climat, elles se traduisent par l’effort de réduction de l’empreinte carbone conformément aux objectifs définis par l’Accord de Paris ou par l’écoconception du produit et des modes de production plus respectueux des ressources naturelles. Le cycle de la finance doit tendre à s’aligner au cycle de vie de l’entreprise en encourageant des indexations sur des objectifs durables.
Les modèles de gouvernance sont aussi appelés à se réinventer pour que les parties prenantes, en externe comme en interne, puissent s’assurer que l’entreprise répond aux défis environnementaux et sociétaux, accélérés par la crise sanitaire et économique mondiale. Renforcer le sentiment d’appartenance à une mission commune, améliorer l’employabilité et la réponse à « Pourquoi travaillons-nous ? » doit être un leitmotiv humain, éthique et managérial de tout dirigeant engagé quelle que soit la taille de son entreprise. Quel que soit le secteur d’activité, le modèle économique introduit un écosystème plus transparent sur le cycle de vie des produits avec ses partenaires et fournisseurs tout en veillant à favoriser les circuits courts, la production territoriale et l’emploi local. Intégrer la facilitation du passage à l’économie circulaire doit sous-tendre désormais inévitablement toute ambition de croissance et de développement et toute décision stratégique d’entreprise.

Investir pour demain : l’absolue nécessité du changement

Reconnaitre que l’économie de marché doit changer de paradigme pour répondre aux défis environnementaux et sociétaux est une conviction qui fait son chemin dans bon nombre d’entreprises qui ont déjà transformé leur modèle d’affaires. La transition environnementale des entreprises ne pourra pas se faire sans de grandes mobilisations pour changer les habitudes, les modes de fonctionnement, sans « l’implémentation d’une culture de l’impact ». « L’évolution des mentalités doit être systématisée à tous les échelons de l’entreprise en privilégiant les idées pragmatiques » note Hélène Valade, présidente de l’Orse (Observatoire de la responsabilité des entreprises) et directrice Développement Environnement au sein du groupe LVMH.
Et cela passe aussi par le soin apporté à la formation des collaborateurs : « Menons une réflexion prospective sur les nouvelles compétences dont les organisations vont avoir besoin au cours de leur transition puis une fois celle-ci achevée » poursuit Hélène Valade. Chaque dirigeant, employé, citoyen de France bénéficie déjà d’une feuille de route pour la transition : loi anti-gaspillage, propositions de la loi Climat, plan France Relance. La sortie de crise jumelée avec une échéance de Bruxelles sur les émissions de CO2 pour 2030 risque de mobiliser plus fermement encore les bonnes volontés dirigeantes pour intégrer les impératifs de changement climatique dans leur stratégie à court et moyen terme.
Les dirigeants ont un devoir d’espérance et un objectif de moyens en créant par exemple des alliances inédites entre acteurs d’un même secteur ou par des accords plus vertueux avec les fournisseurs et sous-traitants. « La crise que nous traversons contribue aussi à créer de nouvelles solidarités. » L’acceptation que la conduite du changement se fait sur un temps long fait d’essais, de ralentis, de succès. L’atout majeur des entreprises innovantes en la matière est la conjugaison de la cohérence : « Cohérence entre la transformation choisie et le cœur de métier de l’entreprise, entre les déclarations et les actes, mais aussi entre le discours tenu en interne et en externe. » ajoute Hélène Valade.

Des solutions systémiques prometteuses pour le géant du luxe LVMH

Quelle que soit leur politique engagée en RSE, les entreprises exposent leurs efforts et se mobilisent pour plus de preuves, de visibilité et de durabilité sur les enjeux de transition écologique car elles ont bien conscience de ne plus pouvoir dissocier leur performance économique, sociale et environnementale. Les grands acteurs du luxe, LVMH en tête, ne s’y sont pas trompés. Le groupe français engage une mutation éthique forte, pleine de promesses et de décisions importantes. De la traçabilité des filières d’approvisionnements et de la bonne conduite relative au bien-être animal à la certification des matières, des réductions d’énergie au sein des boutiques, au 0% de plastique vierge dans les emballages à la reforestation des vignobles, le leader mondial aux 75 marques se réinvente et emprunte des gestes éthiques et responsables. Cette démarche passe aussi par la reconnaissance urgente post confinements d’une production excessive et effrénée. La conduite du changement au sein du groupe passera donc aussi par l’intégration de l’économie circulaire et le recyclage des produits, notamment grâce à une plateforme d’échanges des pièces des collections entre Maisons ou par NONA Source plateforme de vente en ligne des tissus des marques du groupe vendus au mètre.
Depuis 2012, LVMH suit le programme LIFE 2020 (LVMH Initiatives for the Environment), feuille de route et boussole de ses engagements RSE. Vingt ans plus tôt, le groupe avait créé une direction de l’environnement qui aujourd’hui peut annoncer une réduction de 12% des émissions de gaz à effet de serre du groupe et 19% d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique. Antoine Arnault, Image et Environnement LVMH, a déclaré vouloir que le groupe soit « un acteur exemplaire, audacieux, créatif et exigeant du changement pour construire un avenir plus durable ». A bon entendeur …

Tribune rédigée par Laure de la Cotardière, consultante en communication, formatrice pour les managers et dirigeants en prise de parole, et enseignante en études supérieures

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