Récemment, une de mes amies a eu besoin de nous décrire la situation compliquée qu’elle vivait dans son nouveau job. Son histoire est, je pense, le quotidien de beaucoup d’entre nous qui se retrouvent dans un contexte de travail lourd à supporter et qui peut être très nocif.

J’ai été surprise par sa situation car c’est une amie très expérimentée et professionnelle et cela fait peu de temps qu’elle est dans cette société qui semblait lui plaire avant qu’elle nous explique son problème. Elle est trop qualifiée pour le poste qu’elle occupe mais elle devait vraiment travailler et a accepté cet emploi qui n’exploite pas toute son expérience et ses capacités. Elle se satisfait de sa nouvelle mission  et est évidemment très à l’aise (elle travaille au service comptabilité d’une importante entreprise spécialisée dans le marketing digital) car elle a exactement le même poste que celui qu’elle occupait il y a 10 ans.

L’ambiance était bonne dans la société à son arrivée, ses collègues avaient l’air sympa mais elle s’est rendue rapidement compte qu’avec certains les relations s’étaient vite tendues quand ils ont constaté qu’elle avait une solide expérience et qu’elle maîtrisait totalement les process: « Sur les 10 personnes du service, je suis la plus senior» nous dit-elle « et il y a de vrais flemmards ! Je me suis aperçue que je réalisais à moi seule en une demi-journée le travail que certains d’entre eux abattent péniblement en une semaine ». Elle nous explique que ces fameux collègues ne se préoccupent pas plus que cela de faire leur boulot et passent leur temps au téléphone –appels perso bien sur- ou en surfant sur Facebook : «La direction n’a absolument aucune idée de ce qui se passe alors que cela me parait tellement flagrant qu’ils ne font rien de la journée ! ».

Pendant les deux semaines qui ont suivi son arrivée tout allait bien… Jusqu’à ce qu’elle entende quelques commentaires qui lui ont permis de réaliser la situation : « Tu nous déranges » lui a un jour déclaré abruptement son voisin de bureau, une autre lui a aussi clairement dit, sur un ton faussement amusé : « Ralentis la cadence, tu ne vas tout de même pas faire tout le boulot en deux jours ! ».

Pourtant ce n’est pas son genre de commenter le travail des autres, elle ne s’est jamais permise de regarder ou juger ce que faisaient ses collègues. Cela ne les empêche pas, eux, de critiquer le sien. Pour elle, que le travail de ses collègues soit fait ou pas ne l’intéresse pas, ce qui la dérange c’est d’être mal perçue et de subir des reproches réguliers parce qu’elle effectue le sien… à son rythme : « Bien sûr, ils ne sont pas tous contre moi. Heureusement que j’ai des collègues qui sont consciencieux et qui bossent sérieusement. Pourtant, une grande partie de l’équipe n’est pas impliquée, il y en a qui ne font presque rien de la journée ! ». En fait, ce qui la mine et la dérange ce n’est pas qu’ils ne font rien au lieu de travailler mais c’est qu’ils lui fassent durement et souvent méchamment comprendre que c’est son travail à elle qui est un problème. Elle n’a absolument rien à se reprocher mais l’ambiance de travail dans son service commence à être pesante et à la préoccuper.

Son témoignage, nous a laissé sans voix. Comment une fille aussi sérieuse et efficace pouvait être harcelée pour son professionnalisme ?! Chacune d’entre-nous avait son avis : Dénoncer les tirs au flan à la direction, l’ignorance vis-à-vis des commentaires acerbes, l’humour, la lettre anonyme…

Après un moment d’excitation libératrice, nous étions toutes d’accord pour lui conseiller l’ignorance. Qu’elle se rapproche de ses collègues de travail qui, comme elle, étaient sérieux et efficaces et qu’elle oublie les autres. Surtout qu’elle ne perde pas de temps à répondre aux insinuations et aux mesquineries des petits esprits. Il fallait qu’elle soit au-dessus de la mêlée en répondant aux critiques et commentaires acerbes par son plus magnifique sourire.

Nous lui avons surtout conseillé de ne plus être aussi  affectée par ce que pensaient d’elle ces personnes. Un jour ou l’autres elles seront démasquées mais pour l’instant, il fallait mieux ne pas faire de vagues. Personne ne peut éternellement ne rien faire au bureau sans être démasqué un jour. De toute façon, la situation se modifiera naturellement car la majorité des gens préfère s’impliquer pour fournir du bon boulot plutôt que d’éviter de travailler. C’est tellement plus gratifiant d’utiliser son cerveau pour participer activement au développement de son entreprise et cela fait passer le temps encore plus vite que de regarder des vidéos sur YouTube toute la journée.

Cette discussion nous a permis de confirmer que personne ne doit effectuer son travail dans l’optique de faire plaisir à ses collègues. Il faut que ceux-ci prennent conscience de notre influence positive comme collègue de travail et que cela soit la seule raison pour laquelle on est appréciée dans son service. Essayer de changer cet équilibre de l’écosystème professionnel pourrait avoir des conséquences fâcheuses et ensuite rendre les conditions de travail plus compliquées.

Pour conclure, nous lui avons conseillé de prendre une bonne respiration à chaque fois qu’elle sentira arriver sur elle les vagues hostiles de ses collègues et garder à l’esprit que c’est elle qui a raison, qu’elle fait exactement ce qu’il faut  et que c’est pour cela qu’elle est payée. C’est son attitude et son professionnalisme qui détermineront celle de ses collègues fainéants et qui sait, peut-être que son entrain et son efficacité leur permettront d’apprendre en la regardant et leur donner envie de se mettre au travail à leur tour!

“Le travail est souvent le père du plaisir ; Je plains l’homme accablé du poids de son loisir.” Voltaire