Jeudi 13 avril dernier, se réunissaient des présidents et des membres de Codir/Comex  pour un défi sportif destiné à favoriser l’intégration du handicap dans les entreprises. Reportage.

Dans la grande salle lumineuse, les tenues distinguent bien les CEO des salariés des strates inférieures. Costume, cravate et chaussures de ville pour les uns. T-shirt, sweat et parka logotés au nom de l’entreprise pour les autres. Pourtant, tous s’apprêtent à faire de la pirogue polynésienne et du cyclo-tandem au parc nautique de l’Île-de-Monsieur à Sèvres pour le Codir’athon, une journée dédiée au handicap en situation professionnelle. « Cette action vise à toucher toutes les couches de l’entreprise. Ce format court a pour but de faire participer les membres des directions pour permettre une mixité salutaire », dévoile Florence Beaune, la créatrice de Free Handi’se. Cette association organise depuis six ans le Free Handi’se Trophy, un raid inter-entreprises durant lequel des équipes de salariés « handi’valids » parcourent plus de 700 km en cyclo-tandem et en canoë (le parcours de l’édition 2017 relie Strasbourg à Lille en passant par la Belgique, du 12 au 20 mai). « Le Codir’athon a été conçu comme un prologue du Free Handi’se Trophy, un coup de projecteur sur un dispositif de mobilisation des entreprises sur plusieurs mois ».

Un sujet souvent tabou


En France, environ 12 millions de Français sont touchés par le handicap dont 80 % ont un handicap invisible. Les entreprises de 20 salariés et plus doivent employer au moins 6 % de personnes en situation de handicap, depuis les lois du 10 juillet 1987 et du 11 février 2005. Si les obligations ne sont pas remplies, une contribution doit être versée à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Non-voyante de naissance, Fabienne Meyer est chargée de clientèle distributeur chez Enedis depuis 11 ans. Venus d’Alsace et de Franche-Comté, elle et ses sept autres coéquipiers ne se connaissaient pas avant aujourd’hui. Ils participent pour la première fois à l’événement, comme leur employeur. « Je suis fière de faire partie de cette première édition. Je participe pour le challenge, explique-t-elle. Au bureau, on parle de mon handicap. J’ai un poste aménagé. Tout le monde fait attention. » Ce n’est pas le cas dans toutes les entreprises où le handicap est souvent un sujet tabou. Pour Monique Charpentier, responsable mission emploi handicap à la CGI (conseil d’intégration de systèmes), cet ensemble d’actions permet aux collaborateurs valides d’appréhender les difficultés des personnes en situation d’handicap et de faire tomber les préjugés. « C’est extrêmement important. Cela favorise le recrutement et l’intégration », précise-t-elle.

Le sport pour souder des équipes

Fabienne Meyer aime les challenges sportifs. Son coach lui a d’ailleurs concocté un programme spécial pour s’entraîner avant la grande course de mai. « Bien sur, il y a toujours meilleur que soi mais ce genre d’événement pousse à donner le meilleur de soi. Le sport est bon moyen pour rapprocher les gens. Je découvre d’autres personnes de ma société que je ne connaissais pas », partage-t-elle. « Durant cette après-midi, ils vont être tellement dans l’effort qu’ils vont devoir compter les uns sur les autres. La question du handicap deviendra mineure », détaille Florence Beaune. À l’image des team-buildings, incentive et olympiades, les participants sont venus chercher de la cohésion et un esprit d’équipe pour mieux travailler ensemble par la suite. Comme l’évoque Claude Sarcia, président du directoire d’IMA (Inter Mutuelles Assistance), « le sport est une belle symbolique. Ce n’est pas la seule mais c’est peut-être la plus facile à réaliser pour les uns et les autres ». Mais pas seulement. Certes, Arnaud Humbert, directeur financier d’Akka Technologies (conseil et ingénierie en technologie), attend de cette journée de s’amuser, d’échanger mais surtout de « rencontrer du monde et de connaître les problématiques des autres entreprises présentes ». Au delà de cette mission, cette journée était avant tout une piqûre de rappel pour les membres des codir/comex pour travailler avec leurs responsables de missions handicap, quand il y en a, ou participer à l’élaboration d’une politique handicap au sein de leur entreprise.
« Si demain, vous m’annoncez que tout va bien, c’est parfait. Sinon, nous sommes plutôt là pour débroussailler le terrain, apporter un éclairage et faire en sorte que différents acteurs s’en saisissent », conclut Florence Beaune. En attendant des jours meilleurs, c’est l’équipe de la CGI qui a remporté le challenge, suivie par celle d’Enedis et de Derichebourg.