Cette semaine nous publions la 2ème partie de l’essai Breaking Smart, essai écrit par Venkatesh Rao, et supervisé par Marc Andreessen. Vous pouvez également retrouver la première partie avec l’intervention de Stéphane Distinguin Fondateur de FABERNOVEL ici. A la fin de cet extrait du 2ème chapitre,  vous pourrez lire ci-dessous un commentaire de Dominique Piotet, CEO US de FABERNOVEL.

Les petits groupes (aka start-up) et la Silicon Valley sont-ils les seuls épicentres de l’innovation ? L’esprit hacker, c’est résoudre les problèmes par des séries d’essais-erreurs, des améliorations continues et des tests (manuels ou automatisés). A la lumière de cette mentalité, nous avons identifié quatre caractéristiques du futur qui se prépare :

 

Premièrement et malgré les craintes de voir leur ascendance diminuer, les Etats-Unis vont continuer d’incarner l’esprit hacker, en particulier dans la Silicon Valley. Les Etats-Unis en général et la Silicon Valley en particulier vont servir de modèle à toutes les innovations technologiques de type prométhéen. Avec le développement des outils collaboratifs, la culture économique de la Silicon Valley va se répandre autour du monde.


 

Deuxièmement, l’avenir sera inventé par de petits groupes capables de créer des réactions en chaîne. L’un des enseignements de la Silicon Valley est que le cœur des logiciels est presque toujours développé par des équipes de quelques personnes et non par des armées de développeurs dirigées par des comités de pilotage. Des équipes réduites contribueront plus au bien-être collectif que des équipes projet conséquentes. Parce que la gouvernance est plus souple dans les petites équipes, la croissance se fera par un effet boule de neige : de nouveaux participants s’impliqueront dans le projet et y créeront de la valeur difficile à mesurer avec les outils comptables traditionnels. Il faut s’attendre à des changements profonds dans le monde du travail. Ce sera la fin des salariés des grands groupes, des armées d’Hommes et de Femmes de l’organisation, des Enfants de l’organisation qui entrent d’un côté et des retraités qui sortent de l’autre.

 

Troisièmement, l’avenir arrivera comme un continuum dans lequel le bien-être et la qualité de vie s’amélioreront partout dans le monde par petites touches et non par l’irruption soudaine du logiciel, utopie ou chaos selon le point de vue. Il va falloir s’habituer à une progression par à-coups, aux gadgets et aux versions beta mais aussi aux bugs et aux dysfonctionnements. Quoi qu’il en soit, tout cela sera positif et permettra une plus grande prospérité pour tous.

 

Quatrièmement : avec le temps, résoudre les problèmes coûtera toujours moins cher, y compris dans les secteurs économiques les plus régulés, ceux qui résistent encore aux changements favorisant la baisse des coûts, en particulier la santé et l’éducation. Partout où il s’est imposé, le logiciel a substitué à des systèmes lourds et coûteux une solution intelligente et peu chère (et souvent gratuite). Ces changements ne sont pas prêts de s’arrêter.

 

Quand on combine ces quatre caractéristiques, on peut imaginer l’arrivée d’un progrès assez protéiforme que l’économiste Bradford Delong appelle « une utopie en tache d’huile ». La qualité de vie se développe petit à petit, coûte de moins en moins cher et finit par toucher de plus en plus de personnes, partout dans le monde.

 

Une conséquence saute immédiatement aux yeux : la généralisation des coûts marginaux va permettre l’arrivée d’un véritable paradis pour les consommateurs que nous sommes, beaucoup plus de choses devenant beaucoup moins chères. La plus grande inconnue à ce jour a trait à notre avenir en tant que producteurs. Autrement dit, quel pourra bien être l’avenir du travail ?

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Commentaire de Dominique Piotet, CEO de FABERNOVEL US :

 

 

« Les nombreux dirigeants de grands groupes pour qui nous organisons des visites en Silicon Valley, notamment les dirigeants français, abordent souvent leur plongée dans l’écosystème dans lequel je vis et travaille depuis 12 avec un scepticisme bienveillant et une curiosité exacerbée. Après tout, ils connaissent déjà tout cela! Ils utilisent tous quotidiennement les logiciels et outils créés par les start-up de la région. Facebook, Uber, Twitter, l’iPhone ou Airbnb sont les compagnons de leur vie quotidienne et de leurs vies professionnelles. Et pourtant, tous en repartent transformés, très exactement convaincus de ce que Breaking Smart décrit dans ce chapitre, mot pour mot. L’impact en terme de transformation nécessaire, indispensable même, pour intégrer cet esprit hacker (mais hacker éthique le plus souvent) leur semble alors une sorte d’évidence pour survivre et s’adapter à ce progrès par tâche d’huile, inventé ici. Mais être hacker n’est pas donné à tous et l’ampleur des transformations nécessaires peut aussi s’avérer décourageant et difficile à porter. Ce n’est pas en Silicon Valley que l’on doit affronter les forces nombreuses de résistance au changement, mais bien au sein de grandes organisations. La disruption est toujours dans l’exécution.

Je suis également d’accord avec l’analyse qui est faite par Breaking Smart  des dynamiques d’innovation à l’œuvre en Silicon Valley. C’est bien ainsi que l’innovation se façonne et se conçoit ici.

La conclusion de Breaking Smart est en revanche bien plus problématique qu’il n’y parait et mérite de nombreux débats, qui ont d’ailleurs commencés. Si on peut avoir une vision heureuse et optimiste, voir paradisiaque pour reprendre le texte, de l’impact de l’innovation en cours pour les consommateurs, l’impact sur le monde du travail pourrait être tel, notamment dans le cadre d’une automatisation rapide et presque complète, que la notion même de consommateur va disparaître faute de ressources. Comment va se répartir la richesse crée par les automates s’il n’y a plus de travail humain?  Nous entrons au coeur d’un débat de société, urgent et indispensable, trop vite effleuré ici…mais abordé dans le reste du livre!

L’exemple de l’évolution du métier de chauffeur routier aux Etats-Unis est assez révélateur de ce qui va se produire dans cette innovation par les hackers. Il y a aujourd’hui plus de 3,5 millions de chauffeurs routiers aux Etats-Unis. C’est l’un des derniers métiers, épuisant, qui permet d’assurer un revenu décent à une famille sans avoir fait d’études supérieures. Plus pour longtemps. Des compagnies comme Otto (rachetée par Uber) sont prêtes à lancer un camion sans chauffeur. La technologie est là, la législation est en train d’évoluer. Dans peu de temps, ces chauffeurs auront perdu leur travail et le capital aura gagné sur le travail. Au bénéfice de qui ? Et comment l’accompagner ? »