Le Compte Professionnel Formation (CPF) est un dispositif innovant qui permet à chaque actif français de devenir pleinement acteur de sa carrière professionnelle. Et pourtant, seule une part infime de la population connaît réellement les avantages de son compte et en profite. Moins de 3% d’entre eux se mobilisent pour faire valoir leurs droits en termes de formations. Ce chiffre est d’autant plus étonnant que, depuis le début de la crise sanitaire, les Français sont de plus en plus nombreux à chercher à se former pour acquérir de nouvelles compétences, effectuer un virage dans leur carrière… ou trouver des opportunités sur un marché du travail bouleversé. Par Thibault Viguier, Co-fondateur de L’Ecole Française

Connaître ne signifie pas comprendre

Début février, la ministre du Travail Muriel Pénicaud se réjouissait dans les médias du succès rencontré par l’application « Mon Compte Formation », téléchargée 960 000 fois depuis le lancement de sa nouvelle version en novembre 2019 . En tout, ce sont 9 millions d’actifs qui ont activé leur compte depuis la création du CPF. Les Français prendraient-ils donc enfin leur formation en main comme les y incitait la réforme de la formation professionnelle dès 2014 ? Pas vraiment si on en juge par les chiffres. Certes, les efforts de communication du 2 gouvernement pour faire connaître le CPF ont porté leurs fruits : 57 % des actifs en ont entendu parler . Mais, dans le même temps, plus de 3⁄4 d’entre eux restent passifs, attendant d’être davantage renseignés sur ce compte 2 et ses modalités d’utilisation pour activer leurs droits .


Il s’agit pourtant d’une politique publique novatrice et pionnière, extrêmement favorable aux actifs. Désormais, chaque Français peut suivre la formation de son choix sans demander l’approbation de son employeur au 2 préalable. Pourtant, seuls 25 % des Français déclarent connaître le montant de leurs droits à la formation . Un manque d’information qui concerne également les lieux d’orientation, possibilités d’accompagnement 2 organismes de formation et financements possibles.

De la nécessité d’éduquer à un nouvel usage

Le droit individuel à la formation (DIF) existe depuis les années 70 et le fait qu’il soit mobilisable directement par le salarié depuis une dizaine d’années environ : pas vraiment une nouveauté, donc. Cependant, pour l’exercer, le salarié devait jusqu’en 2014 en informer au préalable le département RH de son entreprise, ce qui constituait un frein naturel à son adoption. De plus, de nombreux employeurs n’hésitaient pas à piocher dans le DIF de leurs salariés pour financer des formations à leur propre initiative en fonction de leurs objectifs de performance, mais sans tenir compte des désideratas de leurs collaborateurs.

Aujourd’hui, pour faire valoir ses droits à la formation professionnelle, plus besoin de demander l’autorisation à quiconque. Pour autant, nous avons évolué depuis 2014 dans une période transitoire, où l’aval d’un OPCO était obligatoire pour suivre sa formation dans le cadre du CPF. La démarche restait complexe à mener du point de vue administratif, puisque tous les échanges se passaient par courrier. L’accord de l’OPCO pouvait alors se faire attendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois : des délais décourageants !

Depuis 2019, l’accès à la formation est désintermédié. Les actifs peuvent mobiliser leur CPF crédité en euros directement depuis l’application Mon Compte Formation. En quelques clics, les droits sont mobilisables et en quelques minutes par le bénéficiaire lui-même. Le gouvernement a fait des efforts de communication redoutables pour faire connaître cette application. Mais c’est bien 33 millions d’actifs qu’il faut éduquer à cette révolution. Les Français doivent prendre conscience de la simplicité que représente désormais l’accès à la formation et perdre l’habitude de se tourner vers leurs employeurs quand ils souhaitent acquérir une nouvelle compétence.

 

Les organismes de formation en première ligne

C’est d’abord et avant tout une question de temps. La réforme tout comme l’application mobile afférente révolutionnent l’usage traditionnel de l’exercice du droit à la formation. C’est aux organismes professionnels de s’impliquer dans la communication autour de ce nouvel outil. L’état est un intermédiaire financier, mais ce sont eux qui sont en première ligne pour faire de la pédagogie sur les nouvelles modalités du CPF.

La France s’est dotée d’un dispositif législatif et technologique unique. L’application « Mon Compte Formation » n’a rien à envier en matière d’expérience à des plates-formes telles que Airbnb ou Booking. La seule différence, c’est qu’au lieu d’y sélectionner une chambre d’hôtel, on y réserve sa formation.

Nous avons la chance de vivre dans un pays, qui est le seul aujourd’hui dans le monde à faire une telle confiance dans la capacité des gens à prendre en main leur avenir professionnel et à décider de ce qui est le mieux pour eux. Des milliers de formations certifiantes et utiles sont désormais à portée de clic : il serait vraiment dommage de ne pas en profiter !