Fondée par deux Français, Sylvain Kalache et Julien Barbier, l’école californienne compte déjà deux nouvelles entités, l’une en Colombie et l’autre en Tunisie. Avec une pédagogie très en pointe et des étudiants qui paient à partir du moment où ils trouvent un emploi, la Holberton School inaugure-t-elle l’école du futur ? Réponse avec Sylvain Kalache, jeune fondateur de 31 ans, en déplacement à Paris, qui projette d’ouvrir d’ici 2020 un campus à Paris.

 

Quel est le profil des étudiants de la Holberton School ?


SYLVAIN KALACHE : C’est très diversifié, on a des étudiants qui sont âgés de 18 à 58 ans. Ce dernier est un ancien ramasseur de fruits dans le Midwest qui travaille aujourd’hui dans une start-up. Tous ont en commun la motivation qui est notre principal critère de sélection.

Comment se passe la sélection à Holberton School ?

S.K. : Ils ne savent pas obligatoirement coder, et nous n’exigeons aucun diplôme. Notre seul prérequis est la volonté de devenir ingénieur numérique. Ils passent un test qui  est complètement automatisé. C’est un processus de qualification assez long, entre 20 et 50 heures, qui ne consiste pas juste à cocher des cases. Ils sont beaucoup guidés au début, et moins en progressant, mais ils ont dû entre temps développer des mécanismes d’apprentissage pour aboutir à un projet de site et ce, sans être spécialistes !

Quelle est la mission de l’école ?

S.K. : On veut fournir un modèle d’excellence qui fait fi des échecs de la société en ce qui concerne l’égalité des chances face aux études : 40 % de nos étudiants sont les premiers à accéder à des études supérieures dans leurs familles. Nos deux piliers fondateurs sont l’accessibilité et la gratuité. Certains de nos diplômés, qui n’auraient jamais pu avoir accès à Stanford, par exemple, peuvent prétendre à des salaires supérieurs à ceux qui sortent de Stanford.

 

Vous avez inauguré, après San Francisco, des écoles en Colombie, en Tunisie et bientôt en France, pourquoi ces choix de lieux ?

S.K. : Les gens ne comprennent pas pourquoi on est allés en Colombie plutôt qu’à New York, mais c’est justement le cœur de notre mission, à Julien Barbier, mon cofondateur, et moi-même, de favoriser la diversité parmi nos étudiants, là où il y a des besoins, du point de vue de la communauté des étudiants, mais aussi des entreprises, comme la Tunisie qui a un pool de talents extraordinaires. D’ici 2020, on aimerait ouvrir en France, où l’écosystème entrepreneurial est en train d’exploser – on parle de « start-up nation » – mais pas seulement à Paris, en province comme Lille ou Roubaix.

Qu’est-ce qui fait la spécificité d’Holberton School ?

S.K. : L’enseignement actuel est très théorique, basé sur la lecture et l’apprentissage de cours, avec l’esprit de compétition comme facteur d’émulation pour certains et castrateur pour beaucoup. Cette éducation vaut peut-être dans certains secteurs, mais pas dans l’informatique. Holberton School est basée sur un enseignement pratique et collaboratif, où l’union fait la force, et ce dans l’idée d’un intérêt commun que l’on pourra retrouver dans l’univers professionnel au service d’une entreprise. En ce moment, on enseigne l’informatique mais on s’adaptera à d’autres industries et d’autres matières. Notre objectif est de former les étudiants à un métier mais aussi à s’adapter, car notre monde change constamment et il faut toujours apprendre. Le vrai sujet est l’adaptabilité.

Quels sont les métiers qui les attendent ?

S.K. : C’est le monde du logiciel, c’est-à-dire ingénieur informatique, mais avec un spectre très large et avec pour niveau de salaire médian environ 105 000 dollars – ce qui est au-dessus  des grandes écoles – et dont un pourcentage  les trois premières années permet de rembourser les frais de scolarité. S’ils ne trouvent pas de contrat, ils ne sont pas obligés de rembourser l’école. Mais il faut savoir qu’il y aura 1,4 million d’emplois dans les technologies et l’informatique dans les dix prochaines années et seulement 400 000 personnes qualifiées pour les combler.
 
Avez-vous des concurrents ? L’école « 42 » de Xavier Niel ?

S.K. : Avec « 42 », nous avons en commun cette idée d’un nouveau format d’éducation et de la rendre accessible à tous. Il y a différents types de personnes qui apprennent autrement et il y a différents types d’entreprises qui ont besoin de profils variés. À la Holberton School, on forme des gens de très haut calibre avec une capacité à apprendre et utiliser les soft skills, c’est-à-dire communiquer à l’oral et à l’écrit, à avoir de l’empathie, travailler ensemble. On y accorde une grande importance : il faut leur apprendre à collaborer.

C’est la matrice de la nouvelle économie,  le codage ?

S.K. : Le numérique c’est le futur, tous les business vont l’utiliser d’une certaine manière :  on parle de quatrième révolution industrielle depuis le forum de Davos (l’intelligence artificielle, la data, l’informatique). Le monde de l’industrie est aujourd’hui lié à l’innovation numérique. En France, on étudie aussi des partenariats avec des universités qui souhaitent compléter leur cours d’entrepreneuriat.

La gestion d’une école coûte plutôt cher ?

S.K. : Avec notre pédagogie collaborative – en mode knowledge facilitator (« facilitateur de savoir ») –, nous n’avons pas d’enseignants à proprement parler, mais des encadrants (quatre pour 150 étudiants) qui font tourner l’école et aident les étudiants à débloquer des situations quand ces derniers, après avoir exploré toutes les pistes, sont en difficulté. Les élèves travaillent avec un logiciel qui donne l’objectif à atteindre et des pistes pour les amener à apprendre par eux-mêmes et à aller chercher l’info où elle est. Le rythme de travail, les premiers mois, est très intense, avec des journées de 10 heures parfois,  le week-end compris.

Comment promouvoir plus d’égalité dans ces métiers d’ingénieurs ?

S.K. : On y répond par l’accessibilité et la diversité qui attirent des personnes qui n’auraient jamais eu accès aux études, et ce dans les milieux afro et latino-américains, mais aussi parmi les filles qui représentent 35 % de nos élèves. Prenons l’exemple des algorithmes qui régissent notre vie, ils doivent être créés par des ingénieurs qui reflètent cette diversité, sinon cela peut générer une dérive dans notre société avec une représentation biaisée.

 

La Holberton School, RÉVOLUTION PÉDAGOGIQUE

Certains travaillent dans les plus grandes entreprises comme Apple, Tesla, Docker, Dropbox ou encore IBM, ces ingénieurs en logiciel ont en commun  d’être diplômés de la Holberton School, fondée en 2016 par deux ingénieurs français, et qui a déjà déménagé pour pouvoir accueillir jusqu’à un millier d’élèves dans ses locaux situés dans le quartier historique de San Francisco.
Pourtant,  ils sont encore trop peu nombreux à être formés si l’on tient compte des besoins en ingénieurs informatiques à l’ère de la quatrième révolution industrielle  avec « 1,4 million d’emplois d’IT dans les dix prochaines années et seulement 400 000 personnes formées pour les combler ». Gratuite et accessible à  tous (aucune qualification n’est requise), l’école de la Silicon Valley casse les codes de l’enseignement académique avec une formation pratique et collaborative, où les professeurs sont des mentors qui « aident les élèves à développer des mécanismes d’apprentissage », explique Sylvain Kalache, qui a créé l’école dont  il aurait rêvé « pour apprendre à apprendre ». 

 

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