Il y a quatre ans, les entreprises ont crée la fonction de CDO (Chief Digital Officer) pour accélérer leur transformation digitale. Premier bilan en forme de conseils.

Conseil #1 : la transformation digitale (DT) n’est pas technologique, elle est humaine. Le mot important dans “transformation digitale”, n’est pas “digitale”. Le mot important est “transformation”. La DT est avant tout une question humaine et culturelle. Le CDO doit connaître l’organisation qu’il cherche à transformer. Il doit connaître le métier de l’organisation. Il doit en connaître ses particules élémentaires (les personnes) et les champs de forces qui les animent (les leviers pour faire avancer ces personnes). En effet la question se posera très différemment dans un groupe très centralisé, par rapport à un groupe dont les branches sont très autonomes. On doit connaître ses particules élémentaires aussi parce que si certaines personnes clés ne sont pas impliquées dès le départ, celles-ci pourraient poser problèmes par la suite – le Syndrôme de la Belle au Bois Dormant (cf. la méchante fée qui n’avait pas été invitée au baptême de la Belle et qui lui jette un sort pour se venger).

Conseil #2 : la transformation digitale n’est pas technologique, elle est humaine (bis). La DT est humaine à un second titre car le point important n’est pas de partir d’une technologie (par exemple la blockchain) et de se demander ce que l’on pourrait en faire. Le point est de partir des irritants – des problèmes à régler, qu’il s’agisse de problèmes internes (par exemple liés à l’excellence opérationnelle) ou externes (liés à ses clients ou aux utilisateurs finaux). Il faut donc connaître le métier de l’organisation, sa chaîne de valeur, les parties prenantes principales, etc., identifier leurs irritants et y apporter des solutions, grâce aux données et à la technologie – qui ne sont que des activateurs (enablers).

Conseil #3 : le CDO doit être curieux et ouvert. Il n’y a pas de recette magique applicable quelle que soit l’entreprise, quel que soit le secteur. Il faut tester et apprendre. Pour cela, le CDO doit être ouvert et curieux. Par exemple, il n’hésite pas à échanger avec son homologue chez un concurrent, car de toute façon sa recette à lui ne sera pas directement transposable.

Conseil #4 : la transformation digitale doit être abordée de façon systémique, et non par le petit bout de la lorgnette. Elle n’est pas la question des business seuls. Elle n’est pas la question de l’IT seule. Elle n’est pas la question de la R&D seule. Et ainsi de suite. La DT concerne l’entreprise dans sa globalité, système entreprise. Aussi le CDO n’a pas besoin d’une armée – il n’a pas besoin d’une équipe démesurée. En revanche, il a besoin de constituer un réseau solide en interne dans les divers organes de l’entreprise.

Conseil #5 : le CDO a un rôle de facilitateur. Pour que la DT se fasse dans de bonnes conditions, il faut une volonté forte de la direction générale (cf. conseil #8), et cette volonté de la direction générale doit être conciliée avec les initiatives qui viennent du terrain. Le CDO doit savoir combiner bottom-up et top-down. En cela, il est possible de comparer l’une des fonctions du CDO à une colonne de distillation (dont je connais bien le fonctionnement pour avoir vu feu mon grand-père opérer son alambic à maintes reprises). Le CDO détecte et trie les diverses initiatives du terrain et contribue à leur priorisation afin de faire émerger celles ayant le plus fort potentiel.

Conseil #6 : dans les phases amont de la DT, il faut favoriser les quick wins. Dans les premières phases de la DT, il faut galvaniser les troupes. Il faut encourager. Il est donc vain de s’attaquer aux problèmes les plus compliqués dès le début. Au contraire, il est bon de favoriser les coui-couines.

Conseil #7 : le CDO se concentre sur l’efficience de l’entreprise. On dit souvent que la DT concerne d’une part l’optimisation de l’existant grâce au digital (digital au service de l’efficience industrielle) et d’autre part la création de nouveaux services. Le rôle principal du CDO peut être de se concentrer sur l’efficience industrielle. La création de nouveaux services, quant à elle, peut se passer plutôt dans les business.

Conseil #8 : le CDO et le CEO doivent être très proches. Le CEO doit avoir une volonté réelle de transformer l’organisation et donner un mandat fort à son CDO. Il doit soutenir régulièrement les divers projets liés à la DT. Dans l’autre sens, le CDO doit avoir une parfaite compréhension de la vision de son CEO afin de pouvoir choisir ses batailles.

Conseil #9 : le CDO doit veiller à un excellent data management même si ce n’est pas un sujet très sexy. Il s’agit en réalité de l’un des points les plus critiques. En effet, trouver la bonne start-up avec le bon algorithme qui permettra de résoudre tel problème est relativement aisé. En revanche, être ordonné, et ainsi avoir à sa disposition un jeu de données exploitables par les algorithmes est une autre paire de manche. Un sujet semble-t-il souvent négligé dans les phases amonts de la DT.