Noël approche, tout comme la perspective d’un repos mérité de quelques jours. Finis, les business plans, analyses budgétaires et autres préparatifs de l’année 2017. Et si cette période devenait propice à une pause réflexive ? Et si, plus que des ouvrages de management ou des revues spécialisées, quelques grands films alimentaient un moment d’introspection chez les managers ? De nombreuses œuvres cinématographiques offrent, sans traiter directement du thème, une matière riche et aisément transposable au quotidien des entreprises. J’ai constitué pour vous une DVDthèque sélective de belles œuvres du cinéma français et vous en propose une lecture inhabituelle. Joyeux Noël cinématographique à tous !

Œuvre la plus populaire du cinéma français, La Grande Vadrouille (1966) retrace les aventures de deux Français devenant involontairement des héros de la Résistance. L’étude du comportement du tandem Stanislas Lefort (Louis de Funès) / Augustin Bouvet (Bourvil) s’avère intéressante, tant on y détecte des profils et des modes de relation maintes fois constatés dans les relations au travail. Pour aller au pire, Stanislas Lefort montre, sur certaines dimensions de sa personnalité, un profil proche de celui du manipulateur ou du pervers narcissique qui gère à la fois sa propre immunité et reporte ses frustrations sur Augustin Bouvet. S’instaure un rapport hiérarchique malsain, mais drôle dans ce film, entre les deux principaux protagonistes. Les déboires entre nos héros s’en suivent. Certes, le trait de personnalité que je suggère est un peu exagéré, mais c’est la force et l’ambition du cinéma que d’offrir des personnages nous offrant des visages marquants.

Marquant, comme celui de Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs  (1963) également. Ce film illustre un thème récemment traité dans les sciences de gestion qu’est le faux-pas managérial. Dans le contexte de la transmission d’entreprise, le faux pas prend la forme d’une décision inappropriée liée à une mauvaise appréhension du contexte de transmission. Dit différemment, Fernand Naudin (Lino Ventura), lorsqu’il reprend les activités du Mexicain, lance une guerre des gangs inappropriée en pensant que ses ennemis sont les frères Volfoni (Bernard Blier et Jean Lefebvre). On mesure ainsi, à l’aide des silencieux qui sifflent tout au long du film, les effets néfastes d’une analyse erronée, même lorsque les protagonistes sont des amis de longue date.

En évoquant le thème de la fraternité, et de l’amitié, vient immédiatement l’envie d’évoquer le Père Noel est une ordure (1982). L’équipe du Splendid nous offre un portrait acide d’une association d’aide aux personnes en difficultés, SOS Détresse Amitié. Des scènes mémorables de désordre collectif, je retiens un enseignement managérial fort, celui de l’impact d’un déficit de gouvernance. Madame Musquin (Josiane Balasko) s’avère être, très tôt dans le film, en impossibilité de manager, de par son emprisonnement dans un ascenseur panne. En découle une forme de laisser-aller dans une équipe en mal d’autonomie et soumise à un environnement très turbulent. Pierre Mortez (Thierry Lhermitte) et Thérèse de Monsou (Anémone) constatent avec désarroi et résignation que la situation dépasse les simples bénévoles qu’ils incarnent et les mènent à des errements dans les rues de Paris au petit matin de Noël.


D’errements, il en est question également à la fin de Tandem (1987). La folie a gagné Michel Mortez (Jean Rochefort), star déchue de la radio. Les dernières images suivent le personnage divaguant dans une décharge. Pourtant, le film est magnifique dans sa capacité à évoquer la bienveillance, notamment d’un technicien (Gérard Jugnot) vis-à-vis de la star Mortez, son patron. Le film traite également de l’inversion des rôles au sein d’une organisation ou le managé devient le manager, des relations humaines dans l’entreprise et de l’esprit éthique. Tout au long du film, on perçoit notamment le cynisme de la direction de la radio qui communique par lettre uniquement avec Mortez.

Parler d’Entreprise nécessite également d’évoquer la question de l’intégration des nouveaux et de leur apprentissage du métier. Dans ce registre, Les Ripoux (1984) nous offrent un portrait fascinant quoique peu reluisant. Le film oppose l’apprentissage expérientiel qu’incarne à merveille l’inspecteur René Boisron (Philippe Noiret) et son opposition à un apprentissage purement théorique, code pénal à l’appui, porté par François Lesbuche (Thierry Lhermitte). L’œuvre donne la faveur à l’apprentissage par l’expérience, en montrant à quel point la pratique policière de terrain est loin des bases acquises au sein de l’école de police. Les Ripoux illustrent également le concept d’agilité individuelle ou organisationnelle. Chaque nouvel événement sur le terrain déclenche chez René Boisron une réponse adaptée et imaginée sur le vif. Le film témoigne enfin des effets pervers de l’expertise. A trop se reposer sur son expérience, et sans remise en cause, les cadres peuvent rapidement devenir hors-jeu. Lesbuche et Boison finissent ainsi en prison.

A l’opposé, on peut rentrer dans le jeu par déterminisme. François Perrin (Pierre Richard) le prouve dans Le Grand Blond avec une chaussure noire (1972). Ce film montre en effet que le succès d’une série d’opérations et de son porteur peut parfois être le fait de causes externes, subies par l’entreprise. Le hasard peut bien faire les choses, pour l’exprimer plus communément, quitte à rendre suspectes les victoires qu’on en tire. Ce scepticisme est merveilleusement incarné par Maurice Lefebvre (Jean Carmet) !

Pour terminer, laissons la place à l’optimisme et à la part de rêve en chacun de nous. L’envie d’une année encore meilleure, d’un rôle de manager encore plus simple, d’aspirations encore mieux concrétisées. Le grand bleu (1988) me semble imager merveilleusement cette ambition. Ne serions-nous pas, au fond, tous un peu des Jacques Mayol ?