Après le choc sanitaire du COVID-19 et les mesures de distanciation sociale mises en place pour endiguer l’épidémie, un deuxième choc, économique celui-là, se confirme. Pour le contrer, le modèle de l’abonnement semble offrir quelques pistes intéressantes.

Le COVID-19 a bouleversé des centaines de millions de vies. Et comme si ce (tragique) bilan sanitaire ne suffisait pas, la pandémie nous promet un choc économique inédit. En France, Bercy table sur un recul du PIB de 8% cette année et l’Insee n’hésite pas à parler d’une économie nationale en réanimation. Au niveau mondial le FMI prédit même la plus forte récession depuis les années 1930.


Alors que les citoyens appellent de leur vœux l’émergence d’un « monde d’après » plus humain et solidaire et recentré sur l’essentiel, cette crise impose aux entreprises de repenser leur modèle. A cet égard l’économie de l’abonnement constitue une voie d’avenir. Car, à l’opposé du modèle par transaction, celle-ci est fondée sur le retour à des relations personnelles et personnalisées.

De la transaction à la relation – un changement de philosophie

Les modèles transactionnels sur lesquels notre économie est encore fondée ne sont pas aussi anciens que l’on pourrait le croire. Par exemple, l’anonymité des producteurs est un processus récent qui date d’il y a moins d’un siècle. Si ce modèle a pu porter ses fruits lors des vagues d’industrialisation successives, il est en train de perdre sa pertinence à un moment de l’histoire où la valorisation des chaînes courtes et des communautés revient en force. D’ailleurs, il y a quelques jours, un quotidien régional n’hésitait pas à titrer « Le commerce local sert de lien social face à la crise ».

A l’ère du digital, ces relations revêtent un nouveau visage et vont jouer un rôle déterminant. Et dans les prochains mois, à la faveur des temps économiquement incertains qui nous attendent, les liens entre les organisations et les individus sont appelés à s’intensifier : seuls les services apportant une plus-value sociale et une contribution à la communauté seront valorisés, pérennisés. Dans la période d’incertitude économique qui s’ouvre, les relations – et la confiance qu’elles apportent sur la valeur d’un service – sont appelées à redevenir la base de toute activité.

L’économie de l’abonnement, outil de stabilisation

C’est un fait : toutes les entreprises n’ont pas pris le virage de l’économie de l’abonnement. Cependant, tous, dans la société, et dans notre économie, faisons déjà partie, à des degrés divers, d’une économie de l’abonnement très développée. Ce modèle économique qui s’étend de plus en plus, possède un atout de taille : la stabilité du revenu.

Si ce dernier peut paraître frugal dans les périodes prospères, sa stabilité est ô combien salvatrice lors des périodes de vaches maigres, vers lesquelles malheureusement nous nous dirigeons.

Pour les entreprises ayant déjà adopté le modèle de l’abonnement, et qui ne seraient que peu affectées par les difficultés économiques, il serait tentant de se satisfaire d’avoir pris les devants au moment où la crise ne guettait pas. Un peu comme le personnage de Lucrèce, dans l’ouverture du deuxième livre de la Nature des Choses, qui « se plaisait à voir quels maux l’épargnaient ». Toutefois cela serait une erreur car l’heure n’est pas à l’autosatisfaction mais plutôt à la proximité avec les clients.

A cet égard de nombreuses entreprises constituent une source d’inspiration : Zoom, qui met son service de visio-conférence à la disposition des écoles affectées par le COVID-19 ; l’assureur espagnol Mapfre qui a ouvert sa plateforme digitale afin de permettre à ses médecins partenaires de réaliser des consultations médicales gratuites à distance ; Gaia, la plateforme de streaming vidéo de yoga qui dispense des séances de relaxation gratuites pour tous les habitants du Colorado ; ou Fender, la marque américaine de guitare, qui a offert trois mois de cours de guitare, basse ou ukulélé aux 500 000 premiers participants. Ces innombrables élans de solidarité – j’aurais également pu citer GitHub, Resy ou eMoney – créent une proximité nouvelle entre les entreprises et leurs publics : elles ancrent les entreprises dans leur communauté. Et le moment venu, croyez-moi, elle saura leur rendre.

Du point de vue des individus, cette crise covid-19 est à la fois un test de loyauté et une opportunité pour choisir les services dont ils souhaitent la pérennité. Peut-être même est-il temps de faire des donations caritatives de manière mensuelle : les organisations humanitaires bénéficient tout autant que les entreprises de la sécurité financière que représente un don régulier.

Enfin, concernant les entreprises n’ayant pas encore franchi le pas, une seule question se pose : alors que la crise économique se profile, vont-elles fermer les yeux devant le changement à venir, ou bien profiter de ce moment pour se préparer au mieux au redémarrage de l’économie ?

Assurément, les formules d’abonnement, pour les entreprises de tous types et de toutes tailles, offrent des bénéfices qui, s’ils avaient été compris avant la crise sanitaire, leur auraient conféré une plus grande résilience grâce à la stabilité des revenus…