La colère est une émotion tout comme la joie, la tristesse … Elle est juste une émotion qui permet de nous mettre en mouvement. En effet, le postulat est d’aborder la colère en évacuant le fait de savoir si elle est positive ou négative. Elle est, c’est tout. Parce que, ce sont les connotations qui teintent l’émotion. Le sujet de la colère en entreprise est un sujet délicat. Et dans le même temps, c’est un « non-sujet » puisque, de fait, lors d’un entretien, aucun recruteur opinera du chef en se disant « ah parfait il/elle se met souvent en colère ! ».

 

La colère fait peur en entreprise

La colère fait peur parce qu’elle bouscule le calme de l’entreprise, le fameux « pas de vague ». La colère n’est pas bien vue. Elle effraie. Un point de vigilance tout de même : il faut comprendre que la colère traitée ici n’est ni la violence, qui bien évidemment est inacceptable et inexcusable, ni l’agressivité. La colère a une large palette de couleurs qui va du simple petit agacement jusqu’à la fureur. La vraie question est donc de savoir si, dans ce monde d’hyper contrôle et d’hyper « personal branding », la colère tient sa place en entreprise et en quoi, bien exprimée, elle peut s’avérer devenir un élément productif et constructif.

 

Un mécanisme ancestral qui perdure

Son origine est primitive. Elle mobilise des zones du cerveau qui permettaient (et permettent encore), de tenir à distance l’interlocuteur potentiellement dangereux. Cependant, quand la colère arrive, des signaux sont envoyés au corps par le cerveau. Ainsi, des hormones sont sécrétées comme l’adrénaline, la noradrénaline, la dopamine, le cortisol… afin de permettre au corps d’affronter l’ennemi. Ce qui se traduit physiquement par une accélération cardiaque et l’augmentation du flux sanguin…

 

Identifier sa colère

Notons ici que la colère est souvent tournée contre les autres. Rarement contre soi-même. La vraie question à se poser est quelles sont ses origines ? La question offre de multiples réponses. Ce peut être l’orgueil, le piétinement des valeurs, l’injustice, la frustration, le manque de reconnaissance, la menace, la suspicion, les non-dits, le manque de respect…Par expérience et lors des séances d’accompagnement, ces sujets sont récurrents et ce sont quasiment toujours eux qui provoquent la colère en entreprise.

 

Refouler sa colère n’est pas la solution

Alors faut-il sous prétexte du sacro-saint « tout est sous contrôle, tout est beau et calme », refouler sa colère. Je crois que non. En effet, plus une personne va refouler sa colère, plus il y a de chance que potentiellement tout explose en vol. Alors manifester sa colère parce que l’on pense que cela en vaut la peine aurait du sens. En effet, on peut supposer que nombre de personnes se retrouvant à ne rien dire, à contenir, à taire … s’exposeraient à des risques pyscho-sociaux.

 

La colère, sans agressivité !

De nos jours, il est communément admis qu’il faille « gérer » ses émotions. Plus que “gérer l’émotion”, l’idée est surtout d’accueillir l’émotion lorsqu’elle pointe le bout de son nez. Puis, d’envisager qu’il faille l’identifier et ensuite l’accepter. L’émotion ressemble à une vague. Elle vient gronder puis repart. L’émotion ne représente qu’un instant T. Elle ne perdure pas. Dès que l’on a pris conscience de cela, la donne change puisque cela permet de comprendre que ce qui nous envahit n’est que transitoire.

 

A chacun sa colère

Il est intéressant de constater que chacun a un rapport différent à la colère avec des conséquences différentes sur le plan comportemental. Certains que cela gêne, certains que cela paralyse, certains que cela traumatise, certains que cela booste … C’est pourquoi, il est nécessaire de comprendre que celui qui se met en colère ne peut prévoir la réaction de l’autre en face. D’où l’importance d’être en colère dans le respect de soi et de l’autre. Cela peut faire sourire mais c’est une des clefs pour rendre cette émotion constructive. Se mettre en colère, c’est aussi une façon de dire « j’existe ». Il est possible de se mettre en colère. Dans certaines situations, on a le droit de se mettre en colère.

 

Exprimer calmement sa colère

Alors pourquoi ne pas donner une chance à cette émotion tant décriée ? La condition sine-qua-non est que cette colère soit exprimée sans agressivité, c’est-à-dire sans peur. En effet, on observe que la peur est l’élément moteur de l’agressivité. Pour exprimer sa colère, il est utile, même en situation d’urgence, de marquer un temps, une sorte d’arrêt. Durant cette période, même courte, il est possible de se taire et d’observer. Certes difficile quand le cœur semble sortir de la poitrine ou que les oreilles bourdonnent. Intérieurement, se poser la question de ce qui se passe et décrypter la situation. Qu’est ce qui se joue ? et pour quoi ? (en deux mots).

 

“Je suis en colère”

Ce qui va être juste dans des situations de colère, c’est d’être en capacité d’exprimer sa colère afin qu’elle devienne productive. Parce que faire passer un message en hurlant et perdant le contrôle ne fonctionne pas. Il est utile de se remettre en question et de dire les choses. Mais comment ? En utilisant la méthode du « Je » appuyée par une demande forte. Par exemple, un collaborateur détourne les ventes de ses collègues. En qualité de Manager, cela vous met en colère. On pourrait imaginer une réponse comme cela, sachant qu’il n’y a pas de réponse idéale et que ceci n’a qu’une valeur d’exemple : « Je suis en colère. En effet, je n’admets pas la situation par rapport à vos collègues. J’ai besoin que l’esprit d’équipe reste en place. Aussi, je vous demande de mettre fin au détournement des ventes ». Le besoin est exprimé et le discours reste factuel. On comprend bien au travers de cet exemple quasi caricatural que la fermeté n’est pas l’agressivité. Le message est passé.

 

Le vrai défi lié à la colère c’est apprendre à dire les choses. Plutôt que d’être un frein, la colère doit être une mise en mouvement et être une source de créativité. De plus, on sait bien que la colère est temporaire. Elle repartira aussitôt le problème évacué. L’idée est de trouver des solutions échappant ainsi à la culpabilité d’avoir débordé ou d’être allé trop loin. L’autre point, c’est aussi d’avoir conscience de qui l’on est et de son fonctionnement. En creux, se dessine aussi le potentiel de chacun à se remettre en question en se disant que ce n’est pas toujours la faute de l’autre. Dire sa colère, c’est aussi choisir la voie de l’assertivité. C’est aussi une bonne manière d’avancer et de grandir.