Captiver son auditoire un vrai challenge, mais aussi une vraie difficulté. De réunions en réunions, d’interlocuteurs en interlocuteurs, de publics en publics, nous portons notre parole, disséminons nos idées, égrenons nos mots sans vraiment faire mouche. Discours soporifiques ou présentations narcoleptiques, yeux blancs, soupirs déchirants ou ronflements étouffés, que ceux qui n’ont pas compté les slides désespérément en attendant la fin d’une réunion lèvent le doigt.

Asséner des litanies longues comme un jour sans pain n’a jamais réveillé les consciences endormies. Si captiver n’est pas l’apanage de tous, loin s’en faut, nous gagnons à faire vivre nos discours et notre parole à condition toutefois d’y ajouter une dimension qui est plus de l’ordre charismatique que de la simple communication et qui met l’accent sur le charme, le cœur, le ressenti.

Voyons comment nous pouvons emmener notre auditoire et le captiver en actionnant 8 leviers très opérants :

  • Préparez vos interventions car c’est 90 % de votre succès. Inspirez-vous de Grace Kelly, qui tout à l’idée de convaincre sur un sujet qui lui tenait à cœur, se piqua de lire toute l’œuvre du Général de Gaulle afin de mieux l’interpeller lors d’un diner sur le rocher de Monaco. Ainsi elle réussit le tour de force de l’influencer sur un dossier délicat, celui du maintien de la principauté dans son statut de paradis fiscal. En préparant vos notes, attachez-vous à utiliser l’hexamètre de Quintilien, aide précieuse, le CQQCOQP vous aidera à vous poser les bonnes questions pour mieux cibler et mieux anticiper l’événement à venir (comment, qui, quoi, combien, où, quand et pourquoi). Qui sera mon interlocuteur ? Qu’attend-il de moi ? Comment vais-je le convaincre ?…
  • Marquez les esprits en cultivant votre différence car l’objectif est de laisser une empreinte indélébile dans la tête de vos interlocuteurs. Le défi : envoyer une image qu’ils capteront et dont ils se rappelleront à tous les coups. Car captiver c’est bel et bien attirer l’attention. Rien de tel qu’un « gimmick », qu’il soit vestimentaire, comportemental ou idéatif. Une spécificité qui sera votre label. Une allure travaillée ou pas, un col de chemise différent, une coupe de veste étonnante, un simple pull over, un jean et un t-shirt, une barbe finement taillée, des lunettes spéciales, une écharpe rouge ou que sais-je ?… Ce ne sont pas Mark Zuckerberg, Jacques Attali ou Christophe Barbier qui vous diront le contraire. Trouver son style et l’assumer, un prérequis incontournable pour vous présenter comme singulier.
  • Travaillez votre présence en vous donnant de l’importance sans hubris*, (tout ce qui dans la conduite de l’homme est considéré par les Dieux grecs comme démesure et orgueil et qui appelle leur vengeance). Vous renoncerez à jouer les doublures ou les modestes, les sous-inclus, les gris ou les rabougris, vous prendrez votre place en veillant à ne pas être surplombant. Pas facile, alors en attendant, occupez l’espace et dotez-vous d’une posture assurée qui vous donne des racines et des ailes et qui soit le reflet d’une présence à Soi et d’une présence aux autres, sans confondre arrogance et confiance en soi. Cela passe par un ancrage au sol un peu comme si vous étiez un arbre profondément enraciné et par une posture très droite, comme si vous étiez relié au ciel par un fil invisible.
aiguiser son regard
Aiguiser son regard
  • Aiguisez votre magnétisme en soignant votre regard car il est non seulement un lien, une force et l’expression mutique de vos sentiments mais surtout un pont jeté vers l’autre pour lui signifier qu’il est digne d’intérêt. Posez un regard sur ceux à qui vous parlez, pas un regard d’acier mécanique et bien rodé, mais plutôt une attention toute spéciale. Quand vous regardez l’autre au fond des yeux c’est une façon de lui dire « je suis crédible, tu peux me faire confiance. » Au fait : êtes-vous capable de vous remémorer la couleur du regard de la personne avec qui vous venez de converser ? Pas facile, tant il est vrai que la plupart du temps, nous regardons sans regarder.  La fascination et la séduction passent en premier lieu par le regard. 
  • Expérimentez le registre de la simplicité. Léonard de Vinci l’appelait « la sophistication suprême » et Steve Job « le summum de l’élégance ». Présentez-vous aux autres de façon simple et souvenez-vous que les gens aiment ceux qui ressemblent à Monsieur tout le monde et apprécient ceux qui sont d’un abord facile. Votre démarche de simplicité s’incarne dans le verbe que vous aurez soin de condenser, de toiletter en vous obligeant à la règle des 4C : court, concis, clair et compréhensible. Vous veillerez également à instaurer un vrai dialogue et non pas un monologue, en alternant le je, le vous et le nous : une triangulaire nécessaire au vrai dialogue.
  • Racontez une histoire à vos auditeurs avec des « Il était une fois ». Faites les vibrer avec une parole vivante où les mots et les idées virevoltent. Emmenez-les dans votre univers pour leur faire vivre vos projets. Roger Schank, chercheur en sciences et en intelligence artificielle, nous dit : « Les êtres humains ne sont pas faits pour comprendre la logique, mais les histoires. ». Le “storytelling” est le meilleur des moyens pour offrir à vos auditeurs une aventure inspirante. Savoir conter pour captiver en architecturant vos propos autour du triptyque : docere, placer, movere (démontrer, plaire, émouvoir).
  • Optez pour le registre du suspens et parsemez votre discours de questions pour mieux vous poser en apporteur de solutions. Plongez vos auditeurs dans le doute, utilisez le « comment faire ? » et maniez l’aporie, cette figure de style qui s’écrit comme une situation sans issue, un embarras extrême ou un paradoxe étonnant, que bien évidemment vous saurez résoudre in fine. Exemple : La vertu est un savoir mais elle ne s’enseigne pas…Steve Jobs a utilisé cet effet lorsqu’il a présenté le nouvel iPhone : « Utiliser un stylet… Qui veut se servir d’un stylet ? » Il critique les claviers pour apporter sa solution : « Nous allons vous débarrasser de ces boutons. »
  • Renouez avec votre côté animal, instinctif voire épidermique ou reptilien. Quand vous prenez la parole tentez de vous mettre dans la peau du lion qui bondit sur ce qui va nourrir son besoin en faisant preuve d’intérêt, de vigueur et de gourmandise. Autorisez-vous à traduire cette part de vous-même qui vient de l’émotionnel et du ressenti profond, sans pathos ni affectivité. 

Communiquer ce n’est pas seulement maîtriser les arcanes de la langue, c’est surtout apporter un supplément d’âme à son discours et se souvenir que pour captiver le verbe doit se faire chair.