A l’heure du “M’as-tu vu ?” et du “L’ai-je bien descendu ?”, à l’heure de l’égotisme et du narcissisme, cette habileté nous apporte des pistes de réflexion, en particulier dans notre quête d’image, toujours plus valorisante ou différenciante.

La Sprezzatura n’est pas seulement style, pas simplement élégance, elle est aussi nonchalance et désinvolture, ou ébauche de négligé savamment orchestré. Au sens propre comme au sens figuré, elle nous enjoint de réviser les codes avec un air de ne pas y toucher.

 


Elle est un art, une subtilité presque élitiste que très peu connaissent et dont certains se targuent. Ce raffinement extrême et confidentiel reste l’apanage “d’happy few” qui refusent l’ordinaire et s’entichent d’extraordinaire sans ostentation tout en gardant une maîtrise bien singulière, panachée de style, de classe et de décontraction.

A ce jour, le mystère de la Sprezzatura continue de planer sur la “fashion sphère” et reste insaisissable pour le vulgum pecus, tant il y a de l’exquis et du déroutant dans ce concept-là. Les non-initiés prendront ces accès de distinction pour une frivolité inappropriée ou pour quelques bizarreries émanant de coquetteries de Dandys ou d’improbables “crétins gominés”. 


Il n’en est rien, je vous le dis !

 

 

De “Bel Ami” à la cohorte d’arrivistes en voie de propulsion, tous s’imaginent qu’à suivre la mode et les codes, ils se protègent de tout faux pas. Leur panoplie adoptée, leur uniforme endossé, ils se plaisent même à penser que si leur tailleur est un bon faiseur, ils possèdent le viatique de la marque de fabrique et l’indispensable sésame pour crever l’écran et faire illusion en toutes occasions. Et là, patatras ! Spectacle incongru de pingouins sur une banquise : veston de mise et cravate souvent mal ficelée, à moins que ce ne soit une manche un peu trop relevée… Les détails tuent et trahissent immanquablement ce que nous refusons de donner à voir justement.

 N’est pas gentilhomme qui veut !

 

#La Sprezzatura c’est quoi exactement ?

Ce mot intraduisible reflète non seulement une manière de se vêtir mais surtout une manière d’être. Le terme est apparu pour la première fois dans le Livre Du Courtisan (1528) de l’italien Baldassare Castiglione. Il y décrit “la capacité à user en toutes choses d’une certaine nonchalance qui cache l’artifice et montre ce qu’on fait comme si cela était venu sans peine et pratiquement sans y prêter attention.”  Il nous dit également que c’est le “blason de tous ceux qui ont au centre de leur pensée la beauté…” (p.120). Quant à Cristina Campo dans Les Impardonnables, Editions L’Arpenteur, elle parle de “rythme moral, d’une nonchalance maîtrisée, une “bella negligenza”, une certaine forme d’élégance alliée à une certaine hauteur. L’absolu contraire de l’ostentation.”

Alors incubez !

 

#Qui symbolise le mieux la Sprezzatura ?

Pas la peine de vous échiner à trouver des spécimens dans votre herbier, ils sont presque aussi rares que les charismatiques.  Tournez-vous du côté de l’avvocato Gianni Agnelli, feu le Président de Fiat, qui en son temps, incarna mieux que quiconque cette subtilité vestimentaire et cette noblesse d’esprit. A moins que vous ne vous mettiez dans les pas de son petit fils Lapo Elkann, “trend setter” et icône de la Sprezzatura : ce plus indéfinissable, mêlé de provocation,  d’esthétisme et de ce “je ne sais quoi.” Du côté des femmes et de l’hexagone, parité et chauvinisme obligent, vous épinglerez Ines de La Fressange, pour son style, sa décontraction, sa légèreté, son côté aristocratique et infiniment dégagé.

Alors modélisez !

 

#Quelles sont les caractéristiques de cette habileté ?

Pour ce qui est des signes extérieurs, cette disposition d’esprit pousse à casser les codes un peu comme une provocation faite à l’autre. Il s’agit bien de lui suggérer en langage subliminal un message du style : “Bonne chance si tu comprends ce que je veux signifier…”, ou encore “Nous ne sommes pas du même clan et tu ne peux pas tout comprendre…”. Une façon de se différencier et de se mettre hors de portée. Vous cultiverez ce côté mouton noir, en vous amusant :

  • Des chaussures inattendues (les Repetto blanches de Gainsbourg)
  • Un bracelet montre attaché sur un poignet de chemise (Gianni Agnelli)
  • Des poignets mousquetaires flottants sans boutons de manchettes
  • Continuez la liste… 

Alors disruptez !

 

#Sur quoi tabler pour en capter le sens ?

Au diable l’affectation, à vous de capter cet indéfinissable qui convoque créativité et singularité en jonglant avec les codes, les totems et les tabous.

  • Employez-vous à observer cette distance travaillée, cette désinvolture assumée
  • Attachez-vous à masquer tous les efforts que vous déploierez pour parfaire votre élégance
  • Travaillez votre naturel sans le rendre artificiel
  • Référez-vous aux jardins anglais, savamment ébouriffés
  • Rappelez-vous que ces désordres floraux sont le fruit d’une réflexion esthétique poussée

Alors composez !

 

#Comment s’y prendre ?

  • Récusez toute tentative de perfection
  • Fuyez  le total look et le tout assorti
  • Jonglez entre carreaux, fleurs, pois et rayures,
  • Échappez à la pochette clonée sur votre cravate
  • Arrachez-vous définitivement au trop neuf, trop clinquant, trop rutilant
  • Imaginez un détail improbable et disruptif
  • Renoncez à vous endimancher
  • Faites porter vos vêtements par vos butlers !

Prenez garde ! : “L’ombre du zèbre n’a pas de rayures…” Proverbe africain

 

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