Traversant les siècles grâce à sa signature reconnaissable entre mille (clair-obscur, “flou net”, halo de lumière, regard évanescent), Harcourt propulse les stars et les anonymes au même Panthéon, celui d’un “Dieu au repos” comme le disait Roland Barthes. 

“En France, on n’est pas acteur si l’on n’a pas été photographié par les Studios Harcourt”

 


 

Erigés au rang de Mythologie par Roland Barthes en 1957, les Studios Harcourt ont largement dépassé les 80 bougies sur le gâteau et semblent pourtant ne jamais avoir été aussi à la mode. Imposant leur esthétique glamour et surannée dans un monde numérique submergé par l’instantané, passé aux filtres d’Instagram, les studios s’offrent même royalement à présent un retour triomphal dans le 16ème, arrondissement qui les a vus naître à cette époque ou le tout Paris défilait avenue Iena. Et pourtant l’histoire n’a pas toujours été simple depuis la création des studios et de leur légende par une femme Cosette Harcourt (de son vrai nom Germaine Hirschefeld) et deux frères Jacques et Jean Lacroix en 1934. Les connaissances en photo des deux frères étaient certes maigres, les autres studios périclitaient mais Harcourt a su prospérer grâce au génie de sa créatrice !

Une commerciale et une visionnaire hors pair

 

 

Car Cosette Harcourt a compris deux choses fondamentales : il faut créer le mythe en immortalisant les plus grandes stars dans un “style Harcourt ” derrière lequel s’effacent les photographes. Surtout, il faut s’appuyer sur l’aura des stars, artistes et intellectuels (de Salvador Dali à Edith Piaf en passant par Brigitte Bardot, Marlène Dietrich et Jean Cocteau) pour mieux immortaliser les bourgeois anonymes dans un sceau hiératique qui assurera la prospérité des studios. Elle démarche la clientèle privée par téléphone et s’assure un flux continu de célébrités grâce à l’Agence France Presse. Reste à orchestrer dans ses moindres détails la séance photographique et le mythe est né !

Et la lumière fut !

 

 

Ah la lumière… tout est là ! Fascinée par le cinéma et la peinture flamande, Cosette Harcourt a calqué les codes de la photographie sur ceux de la peinture, inventant une lumière unique, un halo religieux, un savant jeu de clair-obscur sur un fond quasi inexistant. Regard qui s’évapore comme plongé dans ses pensées, flou net (réalisé à l’époque à grand renfort de bas de soie Dior) pour mieux accentuer la bouche et le regard, teint diaphane, attitude travaillée… Harcourt impose une esthétique nouvelle qui magnifie le sujet. Forme de sculpture de lumière. “ L’acteur d’Harcourt est un dieu ; il ne fait jamais rien : il est saisi au repos” relève Roland Barthes. On ne saurait le dire mieux.

De nouveau the “place-to-be”

 

 

Comme tout mythe, Harcourt a connu ses heures sombres pendant la guerre et après la mort de Cosette Harcourt en 1976. Jacques Lacroix liquide alors rapidement le studio en 1980. Changeant de main régulièrement, hésitant entre tradition et modernité, vendant son fonds à l’état sous l’impulsion de Jack Lang, Harcourt renaît de ses cendres en 2007 grâce au rachat de Francis Dagnan et à la direction inspirée de Catherine Renard. Fidèles au style Harcourt, les photographes s’éclipsent derrière la griffe, et les studios mènent de nouveau de concert sanctification des stars (de Julien Doré à Jean Dujardin) et des particuliers. Les objets font désormais leur apparition sous les projecteurs Fresne, preuve que la marque ne manque guère d’humour. Tandis que le Studio Ephémère se déplace en événementiel et le Café Harcourt ancre les studios en lieu de vie, Harcourt continue bel et bien à nous faire rêver…

 

STUDIO HARCOURT
6 rue de Lota
75016 PARIS
studio-harcourt.eu

Le luxe vous intéresse ? Abonnez-vous à notre newsletter www.luxe-magazine.com et suivez-nous sur les réseaux sociaux ! Instagram, Facebook, Twitter et Linkedin