La monarchie saoudienne répète depuis 2016 qu’elle travaille à sevrer le royaume de sa dépendance à la production de pétrole. Dirigé par le prince héritier, Mohammed bin Salman, le gouvernement vise à diversifier l’économie de l’Arabie Saoudite vers le tourisme. Lundi 26 août, les média ont eu connaissance de la tentative du royaume de devenir une destination touristique, ce qui était censé être une célébration, mais qui s’est plutôt révélé être un avertissement de l’infaisabilité du plan de diversification.

La diversification économique générale de l’Arabie Saoudite est conduite par un programme du nom de Vision 2030, qui vise à créer une nouvelle industrie et de nouveaux emplois dans le royaume. Au printemps 2016, le prince Mohammed avait déclaré : « Je pense que d’ici 2020, si le pétrole disparaît, nous pouvons survivre ». Alors qu’il ne reste plus que quatre mois jusqu’en 2020, la société nationale du pétrole, Aramco, est encore le principal contributeur à l’économie saoudienne et au budget du gouvernement. Aramco représentait 63 % des recettes du gouvernement il y a deux ans, mais selon KPMG, il était estimé que l’industrie pétrolière contribuerait à hauteur de 68 % des recettes de 2019. Le gouvernement a instauré de nouvelles taxes non-pétrolières, telles qu’une taxe sur la valeur ajoutée, mais le PIB non-pétrolier ne s’est pas amélioré.


À présent, le gouvernement vante ses plans pour une nouvelle industrie touristique avec une déclaration aux côtés du PDG de Six Flags, ainsi qu’une annonce exclusive pour CNBC. Le royaume a présenté un projet visionnaire, mais sans aucune substance, et des objectifs irréalistes. Six Flags sera le point névralgique – pour le moment – d’un projet de centre de divertissement à l’extérieur de Riyadh du nom de Qiddiya. Six Flags est le premier grand locataire annoncé pour Qiddiya, bien que l’idée derrière ce projet, incluant des maquettes élaborées, est connue depuis plusieurs mois. Pour d’autres méga-projets, le royaume compte attirer des hôtels et autres complexes touristiques, bien que cela n’ait encore rien de concret.

Selon CNBC, l’Arabie Saoudite s’attend à devenir l’une des cinq premières destinations mondiales du tourisme. Elle espère que le tourisme contribuera à 10 % de son PIB (soit probablement plus de 100 milliards de dollars) d’ici 2030. Et pourtant, le royaume ne délivre actuellement aucun visa de tourisme. Presque tous les voyages « touristiques » vers l’Arabie Saoudite s’effectuent dans le cadre des pèlerinages musulmans. Le gouvernement a indiqué à CNBC qu’il commencerait à délivrer des visas touristiques le mois prochain, mais ce devait déjà être le cas en avril 2018, et la mesure a depuis été repoussée à maintes reprises.

Il pourrait s’avérer utile de comparer certains de ces objectifs à l’industrie touristique de Floride. La Floride possède une population d’une taille équivalente à celle de l’Arabie Saoudite occupant moins d’un dixième de sa zone géographique. La Floride a de plus un bien meilleur climat. La plupart du territoire saoudien subit d’extrêmes chaleurs durant les mois estivaux, avec une moyenne des températures de près de 43 °C. La Floride faisant partie des États-Unis, elle est donc une destination facile pour plus de 300 millions d’Américains. La Floride autorise l’alcool, les jeux d’argents (notamment avec les casinos amérindiens), et elle autorise les hommes et les femmes à se vêtir et à interagir librement. La Floride autorise les églises, les synagogues et la liberté de culte. La Floride protège également la liberté d’expression, les droits civils, et les procès équitables. En Floride, il y a aussi Miami, Key West, Disney World, Universal Studios, des terrains de golf mondialement célèbres, des compétitions sportives universitaires, des sports professionnels, et un secteur des croisières florissant. Et pourtant, en 2017, les dépenses totales en tourisme en Floride s’élevaient seulement à 88,6 milliards de dollars.

 

Tourisme
Une photo prise le 11 février 2019 montrant une vue aérienne du rocher de l’Éléphant dans le désert Ula, près de la ville saoudienne de al-Ula, dans le nord-ouest du pays. (Photo de FAYEZ NURELDINE/AFP/Getty Images)

 

Alors comment l’Arabie Saoudite pourrait-elle créer plus de 100 milliards $ de dépenses de tourisme d’ici 2030, alors qu’elle part de pratiquement rien ? L’ensemble des parcs de Six Flags n’ont enregistré que 1,5 milliards $ de recettes en 2018, selon le rapport annuel de l’entreprise. CNBC rapporte que l’Arabie Saoudite compte également sur « l’éco-tourisme ». En effet, Amr AlMadani, le PDG de Al-Ula (un site de l’UNESCO), aurait déclaré que « les tendances montrent que les gens voyagent maintenant dans une recherche d’interaction intime avec la nature, discrète et à faible densité ». Excepté que les sites touristiques discrets et à faible densité ne sont pas très lucratifs. Le Mont Rushmore est une expérience incroyable, mais il ne possède pas l’impact économique de Las Vegas. Petra, attraction antique la plus célèbre à laquelle sont comparés les meilleurs sites historiques de l’Arabie Saoudite, avait seulement attiré quelques 400 000 visiteurs en 2014.

L’Arabie Saoudite projette d’ouvrir des complexes touristiques sur la côte de la Mer Rouge, mais le projet reste très flou. Nous ignorons quelles entreprises pourraient construire à cet endroit. Nous ignorons si de l’alcool sera servi, si les femmes pourront porter ce qu’elles souhaitent, si des hommes et des femmes non mariés seront autorisés à partager des chambres et à interagir librement, si les boîtes de nuit serviront les hommes et les femmes ensemble, ou si la liberté de culte sera permise. Il semble nécessaire d’avoir ces libertés au sein d’un complexe touristique moderne. Bien que le concept de ces hôtels soit connu depuis des années, il n’existe toujours pas de réponses claires à ces questions.

L’année 2020 approche à grands pas, et le pétrole est plus important que jamais pour la solvabilité financière de l’Arabie Saoudite. Si ce plan touristique est un indicateur du progrès général de Vision 2030, alors on y voit toujours plus d’enthousiasme que d’action pour l’instant. Cela signifie que le pétrole continuera à être de la plus haute importance pour le royaume dans les années à venir – malgré les dires du prince.