Alors qu’une nouvelle fois un dessin d’Hergé pour Tintin vient d’atteindre des sommets (près de 150 000 euros) lors d’une vente aux enchères organisée par Daniel Maghen, comme tous les deux ans, le BDM, encyclopédie des trésors de la bande dessinée, parait pour faciliter les repères entre collectionneurs et vendeurs en proposant des côtes et références sur 130 000 albums.

 

Argus réalisé par des professionnels, il est le complément des sites en ligne référençant les bandes dessinées comme la Bedetheque. Le marché des bandes dessinées est vaste, matérialisé par les ventes d’albums, de dessins orignaux ou de produits dérivés il ne cesse de prendre de l’importance. Voici quelques clés pour  l’appréhender plus facilement.


 

Les albums

Le marché de la collection des albums repose principalement sur les éditions originales et les tirages de têtes, de luxes ou limités. En effet, à l’exception de Tintin ou de quelques autres séries, peu de rééditions sont référencées, recherchées et cotées. Pour reconnaitre une édition originale, la mention d’une première édition, d’une date d’impression et d’édition, la page de titres ou d’autres particularités facilitent l’identification. Il est impératif d’y veiller car la différence de cote entre une édition originale et une réédition peu aller de quelques dizaines d’euros à des milliers ! D’ailleurs, pour faciliter l’identification des albums Tintin, le BDM y consacre un chapitre entier. Le BDM et la Bedetheque proposent des descriptions assez précises de tous les albums, les deux sont complémentaires.

Pour les tirages limités, l’investigation est plus simple car, généralement, ils sont numérotés, souvent signés et dans un format différent des éditions originales. Tendance récente de cette partie du marché, ils peuvent être accompagnés d’un dessin de l’auteur ou d’un rehaut ce qui en accentue la prix puis l’éventuelle valeur. Les principaux éditeurs de ce type d’ouvrage sont BDMust, Black and White, Bruno Graff, Golden Creek, Khani, Laurent Hennebelle, Les Sculpteurs de Bulles ou les éditeurs traditionnels qui proposent ce type de produit. Certains titres, souscrits via les librairies ou directement sur leurs sites, sont épuisés avant même leur sortie officielle.

Plusieurs critères peuvent guider la constitution d’une collection d’albums. La recherche de tous les albums d’une série, d’un auteur, d’un style de dessin (par exemple la ligne claire), d’un éditeur, d’une collection ou d’une période. Pour les trouver, des librairies spécialisées proposent une large sélection de livres neufs, d’occasion ou de collection, des sites internet spécialisés ou de ventes ou enchères permettent de compléter. Face à une offre plus ou moins large, il faut être vigilant pour trouver la bonne affaire au juste prix. La patience est une qualité indispensable pour un collectionneur car très peu d’œuvres sont réellement introuvables. Attention, selon le vendeur et le site, pour un même ouvrage les prix peuvent aller du simple au double !

Au cours des dernières années, le marché est devenu de plus en plus qualitatif en privilégiant l’état neuf. Certains albums, notamment quelques tirages de têtes, voient leurs côtes s’envoler quelques jours après leur sortie du fait de leur rareté. Pour le reste des albums neufs, à quelques exceptions près, il faut souvent attendre des années avant de voir les cotes réellement croitre et uniquement pour des séries ou auteurs recherchés. Etonnement, dans certains cas, les derniers titres de quelques séries ont des valeurs bien supérieures aux premiers du fait de tirages en forte diminution au fil des années.

 

Les originaux

Depuis quelques années, le marché des originaux de bandes dessinées (planches, couvertures, illustrations) est devenu un segment très surveillé de l’art moderne. De plus en plus présent dans les grands salons européens, comme Art Paris ou la Brafa, il bénéficie de la mise en avant de certains musées via des grandes expositions temporaires (Hergé ou Jacobs à Paris et tous les ans à Angoulême), au musée de la BD à Bruxelles ou au musée Hergé.

A Paris, Bruxelles et en Suisse, de nombreuses galeries, comme 9emeArt, Barbier, Bulle au Mans, Champaka, Daniel Maghen, Glénat, Huberty Breyne, Napoleon, OPA, ou PerspectivesArt9 sont spécialisées et proposent régulièrement des expositions ventes rencontrant du succès. Il est également possible d’acquérir des œuvres dans certaines librairies spécialisées, sur internet ou via des ventes aux enchères proposées par  Artcurial, Bdencheres, Cornette de Saint Cyr, Coutau Begarie, Christie’s, Daniel Maghen, Kahn & Associés, Millon, Septimus ou uniquement sur internet par Catawiki. Le rythme est devenu effréné car il ne se passe plus une semaine sans qu’une vente ne soit organisée. Les particuliers peuvent aussi s’échanger directement des œuvres sur un site comme 2dgalleries où de nombreuses collections sont exposées.

Crayonnés, planches, couvertures ou illustrations de nombreux types et formats se découvrent réalisés à partir de techniques plus ou moins traditionnelles. Certains privilégient le noir et blanc, d’autres la couleur directe, et même certaines toiles sont proposées. Les rendus peuvent être incroyables et souvent bien plus précis que les œuvres reproduites. Dans le choix d’une œuvre, il est primordial de privilégier le coup de cœur à une éventuelle, et très hypothétique,  plus-value lors d’une revente future. Le prix d’un original peut aller de quelques dizaines d’euros à des centaines de milliers ou des millions d’euros pour Hergé. Une collection se bâtit dans le temps et avec beaucoup de patience. Il faut éviter les effets de modes car tous les auteurs ne sont pas les pépites de demain. Ce marché demande beaucoup de vigilance et de savoir se projeter.

 

Les objets et produits dérivés

Par des objets ou de reproductions (portfolios, sérigraphies, lithographies, impressions pigmentaires, …), le marché de la bande dessinée s’est depuis longtemps diversifié en proposant de nombreux produits dérivés des albums. Souvent numérotés et signés, il est possible de les trouver dans les librairies spécialisées, sur internet ou via les ventes aux enchères. Les produits dérivés de Tintin et de quelques blockbusters sont les plus présents sur ce segment. Attention, plus le tirage sera important moins l’objet sera ensuite recherché par des collectionneurs. Les objets peuvent être en résine, plomb, porcelaine ou bronze et avoir une taille très variable (de quelques centimètres à plus de 2 mètres pour certains modèles de fusées). Fariboles ou Pixi proposent régulièrement de nouvelles réalisations et le forum Objectible permet de se tenir informé. Très à la mode au cours des années 80 et 90, le marché des lithographies et sérigraphies s’est beaucoup amenuisé depuis car de nombreux collectionneurs privilégient dorénavant la recherche d’originaux. Les principaux auteurs de l’époque restent néanmoins recherchés en salle des ventes. Tous ces produits dérivés viennent souvent décorer les bibliothèques des collectionneurs et compléter la présence d’albums.

 

Comme pour tous les marchés de collection, il faut être extrêmement vigilant avant de s’y lancer. Des krachs peuvent survenir et certaines séries ou auteurs devenir de moins en moins recherchés au fil du temps. Au-delà de l’achat coup de cœur, il est primordial de se fixer des limites et de s’y tenir tout en sachant que comme pour tout marché d’œuvre d’art le plaisir des yeux et de la lecture n’a pas de prix. La passion doit primer avant tout.

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