On a accroché une boule à facettes à la plus haute branche du pin parasol. A la nuit tombante, l’exposition prend toute sa dimension. L’ultra–moderne villa construite dans les années 20 par l’architecte Robert Mallet-Stevens pour le Vicomte et la Vicomtesse de Noailles, mécènes et collectionneurs d’art, se transforme pour l’occasion en boite de nuit à ciel ouvert.

Par la magie du dispositif technique, des milliers de points argentés courent sur les murs et le gazon : l’architecture de Robert Mallet-Stevens s’efface pour réaliser le principe même de la boite de nuit : un lieu d’émancipation et d’exacerbation sensorielle qui efface toute référence au monde matériel.

Le Palace, les Bains Douches, chez Régine, le Queens à Paris, le Zoom à Bandol, le Limelight à New York… Leurs noms voyagent dans l’inconscient collectif, tels des vaisseaux fantômes dans la nuit sidérale. Leur souvenir les emporte vers l’infini que ces lieux de plaisir et d’émancipation rêvaient de fabriquer : une fête sans fin dans une architecture abolie où la musique, l’expérimentation, l’expérience intérieure fixe l’espace à investir au-delà des murs, des portes et des fenêtres. C’est un nouveau vocabulaire que les architectes ont dû inventer pour créer de toutes pièces les premières discothèques dans les années 60.

Dans ces lieux s’improvisaient les nouvelles relations entre les hommes et les femmes, un nouveau rapport libéré à son propre corps. Selon Pol Esteve, chercheur et architecte à l’Association d’Architecture à Londres, « le point commun entre tous ces lieux, quel que soit le contexte, c’est l’usage de la technologie : la lumière, le son, les psychotropes, la combinaison des trois affectant la perception de l’espace et produisant un nouvel espace. ». Ces technologies élaborées dans les laboratoires universitaires ou de l’armée sont ensuite passées dans le domaine public directement dans les boites de nuit, et ont permis l’émergence de la culture dance à la fin des années 60. Même si les boites de nuit ont des formes, des contenus, des styles très différents (des Piper – du nom du célèbre Club Piper ouvert à Rome en 1965 – aux boites disco new-yorkaises jusqu’aux chantiers de tunnels pour raves), cela n’affecte pas le type d’expérience spatiale de la culture dance. Tout se passe dans la tête… et dans le corps !
 
La lumière stroboscopique par exemple, mise au point vers 1940 dans les laboratoires universitaires, s’est avérée modifier les fonctions cérébrales : stimulant les ondes alpha, – celles-là même qui augmentent quand on ferme les yeux et cesse de réfléchir ou que l’on expérimente la sensation de plaisir – les stroboscopes sont arrivés dans les années 60 dans les discothèques.
 
 
A l’intérieur de la villa, au premier étage, le squash, la piscine, la galerie accueillent des photos, des maquettes, des installations. Dans le gymnase, l’architecte Nicolas Dorval Bory a définit l’espace de la discothèque éphémère qui fermera avec l’exposition, mais fonctionnera tous les vendredis de 18h à 20h en before before!!
 
 
Au rez-de-chaussée, dans le cadre d’une proposition annuelle sur les architectures remarquables du Var, et en complément de la première, une autre exposition présente La Batterie, un dancing dessiné et construit par l’architecte Pierre Barbe en 1933 à Roquebrune-sur-Argens. Photographié par Vincent Flouret, le bâtiment ovale est situé sur une pointe terminant la plage du Val d’Esquières. Son plan imite l’ovale de la baie. L’un de ses murs est translucide grâce aux briques de verre Nevada de Saint-Gobain, les mêmes utilisées deux ans plus tôt par Pierre Chareau pour les façades de sa célèbre Maison de Verre à Paris, située au 31 rue Saint Guillaume dans le 7ème arrondissement.
 
Exposition La Boite de Nuit du 19 février au 19 mars 2017
 
Commissariat : Audrey Teichmann, Benjamin Lafore, Sébastien Martinez-Barat.
 
Catalogue
Deux catalogues bilingues et couleur sont édités par l’association villa Noailles à l’occasion des expositions : La Boîte de Nuit et La Batterie, Pierre Barbe.
 
Disponibles à la villa Noailles (aussi par correspondance) et dans un réseau de librairies en France et en Europe
 
 
Texte et Photographies de la villa Noailles en situation par Françoise Spiekermeier pour PLUME VOYAGE MAGAZINE
 

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