La Formule 1, un sport à émission neutre en carbone d’ici dix ans, c’est l’objectif de la Fédération Internationale Automobile. Son président, Jean Todt, était présent au Forum Économique pour adresser deux grandes causes : l’environnement et la sécurité routière.

Jean Todt : Je suis le président de la Fédération Internationale Automobile, mais également envoyé spécial du Secrétariat général des Nations Unies pour la sécurité routière. À ce titre, le Forum Économique Mondial est une belle plaque stratégique pour parler de mes préoccupations, à savoir la sécurité routière et l’environnement. C’est un cadre parfait pour faciliter les rencontres à travers les panels et les bilatérales avec les grands décideurs. C’est l’occasion de rencontrer de gens qui peuvent nous aider à progresser dans les causes que l’on défend.


L’une des causes qui est le fer de lance de cette année, c’est le changement climatique, cause qui a fait l’objet d’une intervention de Greta Thunberg. Comment voyez-vous les choses ?

J.T. : Je crois qu’il faut rester à son niveau de responsabilité. Je considère que la FIA tient un rôle extrêmement important, puisque qu’elle est le régulateur et le législateur du sport automobile à l’échelle mondiale. Elle anime des clubs d’utilisateurs de la route qui nous représentent dans 150 pays. C’est une plateforme qui nous permet d’avoir une certaine influence. Nous avons créé la formule électrique et nous avons mis en œuvre un moteur hybride pour la formule 1. Nous travaillons actuellement sur le développement d’un biocarburant ou essence verte avec pour objectif de ne pas créer quelque chose de négatif pour l’environnement. Cela fait bien sûr partie de nos responsabilités. Nous nous devons d’être un laboratoire mais également une vitrine pour la société. 

 

Jean Todt, président de la Fédération Internationale Automobile. (Photo : Arnold Jerocki via Getty Images)

 

Avec la formule E, vous montrez que l’on peut faire de la course automobile avec zéro émission de CO2. Vous favorisez également la recherche de carburants les plus verts possible. Quel est votre credo quant à l’automobile et son rapport à l’environnement ? 

J.T. : La formule E est une jeune discipline. C’est la discipline où il y a le plus grand nombre de constructeurs présents et engagés. Notre démarche est plus large, puisque je parle d’un moteur hybride en formule 1 et de recherche sur une essence neutre. En rallye, à partir de 2022, nous allons aussi intégrer des nouvelles technologies. La notion de respect de l’environnement est donc très présente dans toutes les disciplines que nous gérons. La voiture électrique, c’est un moyen de se déplacer qui a des limites d’autonomie. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons implanté la formule E dans les villes, parce que les distances parcourues sont petites et que l’on peut charger la voiture un peu partout. Aujourd’hui on ne peut pas envisager de faire des grandes distances facilement avec une voiture électrique. On se tourne donc vers l’hydrogène. Je considère que la compétition automobile doit être un laboratoire pour parler de ces nouvelles technologies et les essayer.

 

Pouvez-vous faire un bilan d’étape par rapport à votre engagement sur la sécurité routière ?

J.T. : Il y aura un bilan officiel à Stockholm à l’occasion de la réunion interministérielle. Ce sera la réunion conclusive de la première des séries d’actions pour la sécurité routière, qui avait débuté en 2010 à Moscou avec une réunion intermédiaire à Brasilia et cette réunion avec les États membres mi-février. La situation n’est pas bonne avec plus de 1,4 million de morts l’an dernier sur les routes du monde entier, et entre 30 et 50 millions de blessés avec séquelles. Il faut agir. Contrairement à d’autres pandémies comme la tuberculose, la malaria ou le sida, nous avons la prescription pour la route. C’est en termes d’éducation, d’application des lois, de qualité des véhicules, des routes et des secours en cas d’accident dans tous les pays en voie de développement que cela se joue. Cela suit des modèles extrêmement simples : le respect des limitations, le port de la ceinture de sécurité, la non-consommation d’alcool ou de drogue avant de conduire et bien sûr, ne pas téléphoner. Si on respectait ces règles d’or pourtant évidentes, on réduirait immédiatement par deux le nombre de victimes sur les routes dans les pays en voie de développement. Cela passe par la communication via les campagnes de sensibilisation. Nous avons organisé la plus grande campagne de sensibilisation jamais réalisé avec JCDecaux, intitulée 3500 vies. Dix-huit ambassadeurs de grande notoriété nous accompagnent et c’est quelque chose que nous avons réalisé dans plus de 1000 villes dans 90 pays depuis maintenant trois ans. Il y a beaucoup de travail à faire dans ce sens, mais il y a aujourd’hui beaucoup de chantiers engagés, beaucoup de leaders mobilisés aussi bien au niveau des gouvernements que de la société privée. Les choses sont en train de bouger.

 

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