Figure de proue dans le domaine de l’hôtellerie de Luxe, avec plus de 40 ans d’expérience en France et à l’International auprès de groupes prestigieux dont celui de Four Seasons, de la famille Oetker ou bien de la Réserve, Didier le Calvez est aujourd’hui à la tête de Ré-Management depuis février 2017.

Une société qui propose un accompagnement stratégique dans la gestion de crise et le management à destination d’hôteliers indépendants ainsi qu’Héloise’s Choice, une société de représentation Sales & Marketing.


La date du 11 mai a été décidée par le gouvernement pour le déconfinement et certaines réouvertures. Qu’en est-il de vos hôtels et hôtels membres ?

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Villa Beaulieu

Didier le Calvez : Nous allons rouvrir tout doucement nos hôtels courant mai, même si l’un de nos hôtels (le Chais Monnet à Cognac) était resté ouvert sous perfusion, avec room-service bien entendu.

Les hôtels concernés vont être la Villa Clarisse le 20 mai, le Domaine du Gouverneur avec ses 300 hectares où nous allons à priori rouvrir les golfs petit à petit, puis les Prés d’Eugénie, le Mirage à Tanger, enfin La Villa Beaulieu, avec des protocoles sanitaires très stricts.

Le mois de juin s’annonce bien ! Il faut donc nous laisser nous rôder courant mai et nous demanderons au gouvernement de pouvoir, avec les mesures adéquates, rouvrir les restaurants pour servir nos clients .

Cela nous permettra de nous accoutumer aux nouvelles règles et de gérer le virus plus efficacement tout en enlevant le chômage partiel.

A votre avis, comment le gouvernement a-t-il géré la crise ?

Didier le Calvez : Je suis très nuancé. En effet, préalablement au confinement, il n’y a pas eu réellement d’anticipation et de préparation de la crise par le gouvernement. Nous avons eu par exemple, une course caritative pour l’hôtellerie avec 1500 personnes qui couraient, 8 jours avant le confinement, et que dire du match de football à Lyon avec l’arrivée des fans italiens en bus ?

Par contre, globalement la décision du confinement et des mesures prises par le ministère du travail et de l’économie ont été exceptionnelles. Ils ont réagi avec vigueur et efficacité permettant à des entreprises saines de tenir le choc.

Concernant la fermeture des plages, je suis un peu dubitatif, car je trouve qu’elle n’a pas de sens. Nous devons réapprendre à vivre.

A mon sens, il faut avoir l’humilité de voir ce qui a été fait chez nos voisins comme à Hong Kong par exemple.

Quelles sont les mesures et les protocoles que vous allez prendre afin de leur donner envie de venir ou revenir dans vos établissements ?

Didier le Calvez : Pour être très concret, nous allons bien entendu faire porter des masques à notre personnel et à notre clientèle, mettre du gel hydroalcoolique à disposition, respecter la distanciation entre clients et personnel, prendre systématiquement et quotidiennement la température de chaque client et personnel, enlever les dessus de lit dans les chambres…

Je réfléchis également à des protocoles de nettoyage des chambres, à savoir les nettoyer tous les deux jours, pour éviter contact et contamination. C’est en réflexion.

Nous nous devons bien entendu de communiquer positivement à nos clients, leur confirmant que nous respectons totalement les décisions et nouvelles règles prises par le gouvernement, afin de les sécuriser.

Qu’en est-il des restaurants ?

Les Prés d’Eugénie

Didier le Calvez : Je suis pour la réouverture des restaurants avec des règles de distanciation bien entendu, car il nous faut apprendre à cohabiter avec ce virus, permettre aux clients de tout doucement revivre, même avec des nouveaux protocoles.

Notre clientèle est essentiellement française, puisque nos établissements sont situés dans différentes régions de France, et je sais que les Français sont des personnes sérieuses, capables de prendre leurs responsabilités. Nous en avons d’ailleurs eu la preuve durant le confinement.

On parle beaucoup d’« overtourism » et dans ce nouveau contexte, il prend une autre dimension. En tant que chef d’entreprise, allez-vous préconiser à vos hôtels membres d’être plus vigilants pour créer un tourisme plus responsable ?

Didier le Calvez : Il faut l’appréhender d’une manière plus intelligente et arrêter de construire des hôtels dans tous les coins de la planète. Nous devons beaucoup plus nous tourner vers le tourisme régional.

A mes yeux, le voyage lointain doit être une exception et non un dû !

J’ai une certaine expérience dans l’hôtellerie (sourire) et je dois reconnaître que certains groupes ont su se développer d’une manière intelligente avec un concept de tourisme plus responsable et plus privé. Je pense notamment au groupe Aman mais, malheureusement, d’autres qui ont souhaité le copier n’ont pas eu la même réussite.

Prenons l’exemple de l’Ile de Ré que je connais très bien. La gestion de sa préservation a été bien contrôlée et environ 80% de son territoire est resté sauvage. Cette attitude responsable a restreint la construction. Ce mode de développement est extrêmement judicieux et nous devrions l’appliquer d’une manière plus large. 
Idem, Singita, une société sud-africaine (1993) qui place au cœur de ses projets le respect de l’environnement, la conservation de la faune et une activité responsable vis-à-vis des populations locales, a su préserver son territoire et son écologie et surtout créer des emplois au sein de son peuple.

A mon humble avis, nous allons trop loin et il faudrait créer plus de sites classés. Moi-même je caresse le rêve d’aller visiter le Tibet et la Mongolie. Mais je le ferais d’une manière différente en respect avec l’environnement et l’écologie. Je regarde avec beaucoup d’admiration tous les petits hôtels au bout du monde. Ma seule interrogation : Est- ce vraiment nécessaire ?

Etes-vous pour une régulation des flux comme à Barcelone, les Cinque Terre, Venise, Dubrovnik, l’Islande ?

Didier le Calvez : Oui absolument ! Il faut apprendre à regarder, à prendre le temps de jouir des choses et des paysages.

La crise du coronavirus peut bouleverser les pratiques et permettre d’accélérer la transformation d’une industrie encore très conservatrice. A votre avis, quelles sont les points positifs qui peuvent en ressortir ?

Didier le Calvez : Pour la pollution par exemple, nous avons pu remarquer très rapidement que la nature avait repris ses droits ; il y a donc matière à réflexion, entre autres sur les transports.

Quant aux constructions, comme je vous le disais, il serait bon de stopper les gros projets d’hôtels avec trop de clés, notamment en province, à la campagne ou près des plages car en matière d’impact écologique, c’est loin d’être neutre. Par contre cela ne me choque pas d’avoir de grosses unités dans les cités, comme par exemple Las Vegas, New York, Dubaï, Delhi… qui se justifient.

Nous concernant, nous sommes sur un projet hôtelier à Rabat au Maroc qui ouvrira au sein de la ville, mais nous serons en adéquation avec la taille de la ville et respectueux de l’environnement.

Vous avez un vignoble, Château Clarisse à Puisseguin dans le Bordelais, face au prestigieux St Emilion. Vous vous êtes tourné vers l’oenotourisme. Pouvez -vous nous en toucher deux mots ?

Château Clarisse

Didier le Calvez : Oui, ce vignoble acquis en 2009 est un joli projet que nous avions, mon épouse Olivia et moi, et qui s’inscrit dans la lignée des grands Bordeaux tout en préservant une démarche respectueuse du terroir. Le travail des vignes est réalisé dans le respect de la nature, cultivées selon les principes de l’agriculture biologique depuis 2015 et certifiées bio depuis 2019. Nous visons la certification en biodynamie en 2021 selon les préceptes du professeur Rudolf Steiner. Je me suis d’ailleurs beaucoup inspiré de la Vallée de Napa.

Je souhaite reconquérir nos marchés, exprimer notre passion et la faire partager par le plus grand nombre en organisant aux visiteurs un tour des vignes, la visite de nos chais… Nous le pratiquons déjà et nos clients sont ravis.

Par contre, nous sommes toujours dans un classement aberrant de 1855, mis en place à la demande Napoléon III à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris en 1855. Heureusement le monde a changé.

L’oeunotourisme représente une très jolie carte de visite pour relancer le vignoble bordelais et attirer une clientèle française et internationale. Il représente bien l’esprit convivial français, notre accueil ainsi que notre Art de Vivre !

Votre mot de la fin ?

Didier le Calvez : Nous avons une responsabilité sociale et il faut faire preuve de bon sens et relancer la machine. Plus tôt nous pourrons le faire, plus tôt nous sauverons la saison estivale, permettant d’éviter le chômage à beaucoup d’employés, avec toutes les mesures de précaution préconisées.

Bien entendu il va falloir prendre de nouveaux comportements, contraires à notre mode de fonctionnement, mais nécessaires. Il ne faut pas avoir peur également de prendre les exemples de nos voisins asiatiques qui ont déjà vécu plusieurs épidémies. Nous avons donc une carte à jouer avec beaucoup de bon sens et en agissant de sorte qu’il n’y ait pas de deuxième vague.

 

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