Ses tapisseries finement ouvragées réinventent avec volupté les décors de l’Egypte antique. Célébrant le plaisir et la liberté, le styliste Louis Barthélémy apporte un nouveau souffle à l’artisanat traditionnel égyptien. 

Tapisserie brodée main au Caire
Les dieux du Nil -Appliqué textile brodé main – réalisé au Caire – 2019 – Edition unique – crédit : Louis Barthélémy

Fresques gaies et colorées peuplées de pharaons aux corps sculptés posant au milieu des paysages du Nil, les réjouissantes tapisseries de Louis invitent à des voyages hédonistes où les frontières entre les genres et les identités tendent à disparaître. Quand on l’interroge sur ce qui l’a conduit à vivre en Egypte où ses ouvrages sont réalisés, Louis Barthélémy, créateur textile et illustrateur français de 30 ans, cite l’inspiration, les rencontres et le besoin de retisser, en perpétuant des savoir-faire ancestraux, des liens sociaux et humains dans un monde globalisé. 


Diplômé de Central St Martin, ressentant la nécessité d’une existence plus itinérante après ses années chez Dior, Louis s’installe entre Paris et Marrakech où il poursuit en indépendant la création d’imprimés pour la mode. Il y a cinq ans, lors d’un séjour à Tanger, il tombe sur le livre Mères et Fils” du photographe Denis Dailleux, artiste amoureux du peuple égyptien. Cette série de portraits poignants et sensuels de bodybuilders posant aux côtés de leurs mères le marque profondément et l’incite à se rendre au Caire. La ville est un choc : son chaos le fascine, ses contrastes le captivent. Il s’y établit quelque temps plus tard. 

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Un jour, errant près de l’antique Bab Zoweila – porte du XIXe siècle qui ouvre le marché couvert – il voit un artisan broder à la main des étoffes multicolores sur une toile de coton brut et confectionner un délicat patchwork. Celui-ci – nommé Tarek- lui précise que l’appliqué qu’il réalise appelé “khayamiya” résulte d’un art millénaire qui remonterait à l’époque des pharaons. Utilisés à l’origine par les soldats pour orner leurs tentes et transmettre des messages lors des campagnes militaires, popularisés sous la dynastie des Fatimides, ils servent depuis de décoration pour les mariages et autres célébrations. La baisse du tourisme dans les années 90 et la concurrence des textiles bon marché ont fait chuter la demande. Les plus jeunes ont déserté un métier menacé aujourd’hui de disparition. Louis propose à l’artisan de collaborer pour créer un modèle inédit, de son inspiration  “Je voulais utiliser ces techniques traditionnelles tout en les détournant avec légèreté”. Laissant parler son imaginaire et ses fantasmes , il dessine une scène naïve composée d’athlètes à la fois sublimes et loufoques s’exerçant avec leurs haltères dans la luxuriante nature du Nil. Après le choix des combinaisons d’étoffes de couleurs, l’artisan commence son minutieux travail de broderie. Le précieux ouvrage est acquis par Philomena Schurer Merckoll, collectionneuse et amie de Louis pour décorer son élégant riad à Marrakech. Il suscite une collaboration avec l’architecte d’intérieur Fabrizio Casiraghi afin de réaliser des banquettes présentées au salon AD intérieurs. “C’était très touchant de voir le travail d’artisans, peu considéré en Egypte, exposé au même titre que celui de grandes maisons comme Pierre Frey ou Loro Piana” se rappelle Louis. Les commandes affluent du monde entier et trois autres maîtres brodeurs le rejoignent pour confectionner de nouvelles pièces uniques présentées à Beyrouth. En parallèle, il initie une collaboration avec des tisserands rencontrés dans un village du Delta sur la route d’Alexandrie. Un métier à tisser est construit. Louis poursuit l’exploration de ses rêveries sensuelles et de ses utopies verdoyantes pour composer les maquettes de ces Kilims inédits. 

illustration egypte tapis
Maquette et Khayamiya – Louis Barthélémy – Egypte 2019

Si sa créativité peut s’exprimer plus facilement en Egypte qu’ailleurs – “la représentation humaine interdite par l’Islam est inscrite ici dans la tradition” explique-t-il – Louis Barthélémy évoque aussi les interdits qui oppressent les femmes ou les homosexuels. Sous leur apparente légèreté, ses illustrations questionnent les carcans qui pèsent sur une société, invitant chacun à naviguer plus librement d’un univers à l’autre. 

le styliste devant le métier a tisser
Louis Barthélémy devant le métier a tisser à Fowa – Egypte

Au delà de ses inspirations créatives, former des communautés où se transmettent les savoir-faire artisanaux est au coeur de sa démarche artistique. Il dit son admiration pour l’architecte égyptien Wissa Wassef (1911-1974), fondateur d’un centre culturel où les enfants défavorisés sont formés aux métiers du tissage et incités à exprimer leur créativité. “J’aime rassembler des personnes qui n’ont pas accès aux circuits du luxe pour ouvrir ensembles de nouvelles perspectives. Cette émotion, je l’éprouve véritablement en Afrique du Nord où les disparités sont importantes. C’est là où mon travail prend tout son sens” confie-t-il. 

atelier de broderie en egypte
Les Khayamiyas de Louis Barthélémy confectionnés au Caire – Egypte
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Tissage des Kilims de Louis Barthélémy à Fowa – Egypte

La petite dizaine d’artisans qui travaillent désormais avec lui en Egypte, ainsi qu’au Maroc – il y crée d’élégantes sandales en cuir tressé qui ont accessoirisé le dernier défilé couture de Rabih Kayrouz – reflète la dynamique de son projet autant que sa vision du luxe fondée dans le partage de valeurs et d’expériences.  

http://www.louisbarthelemy.com/

Instagram : @louisbarthelemy

Les chercheurs d or – Appliqué textile brodé main – fait au Caire – Egypte – 2019 – crédit : Louis Barthélémy